Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

communisme (suite)

• Deux conceptions de la société socialiste. L’U. R. S. S., installée dans sa politique de coexistence pacifique, s’attache pour l’essentiel, à l’intérieur, à des objectifs économiques. Le but est l’élévation du niveau de vie, ce qui, concrètement, signifie produire et produire davantage, organiser la société en fonction du développement économique. Plus frappant encore est ce mot d’ordre : rattraper les États-Unis. Au nom de l’efficacité, on n’hésite pas à revenir sur les dogmes de la tradition, on rétablit la notion de profit, on fait un large emploi des stimulants matériels, comme dans les pays capitalistes.

Les dirigeants chinois condamnent radicalement cette orientation. Il ne s’agit ni plus ni moins pour eux que de la « restauration du capitalisme », une évolution vers une sorte de capitalisme d’État, sans propriété privée des grands moyens de production et très centralisé, régénérateur des maux du capitalisme : anarchie de la production, chômage, crises. Socialement, une telle évolution correspond à leurs yeux à l’accaparement des pouvoirs réels, politique, économique et administratif, par une couche sociale privilégiée, la « nouvelle bourgeoisie », formée par les cadres du parti, les directeurs d’entreprise, les cadres de l’économie et de l’administration en général, couche embourgeoisée et minoritaire, gérant le pays en fonction de ses intérêts particuliers de groupe, jaloux des avantages qu’ils ont acquis et bien décidés à les défendre, fût-ce aux dépens de la collectivité. Fondamentalement, des rapports sociaux d’exploitation auraient été restaurés en U. R. S. S.


Le polycentrisme dans le « camp soviétique »

Si le communisme contemporain est marqué par le schisme chinois, tout ne va pas sans contradictions ni séparations dans le « camp soviétique ». L’attitude de rébellion de Pékin à l’égard de la direction soviétique du mouvement communiste, sans faire de très nombreux fidèles, a ouvert une brèche. Ainsi peut-on dresser à grands traits le tableau des tendances centrifuges qui sont apparues dans le mouvement communiste. Toutes ne sont pas issues du conflit sino-soviétique. Certaines prennent racine dans un passé moins proche : ainsi la dissidence yougoslave, ainsi les tendances libérales de tel ou tel parti. Il est d’ailleurs vain de rechercher une origine commune à tous ces séparatismes. Chacun se développe sur des bases politiques qui lui sont propres.

• Les libéraux. Dans les pays de démocratie populaire, c’est la Tchécoslovaquie qui a poussé le plus loin sa volonté de changement et de libéralisation. Elle a payé cette orientation d’une invasion, d’une occupation et d’une « normalisation » soviétiques (1968). Sa politique audacieuse et la répression brutale par Moscou lui ont valu des sympathies en Roumanie et en Yougoslavie, diversement affranchies de la tutelle soviétique, et dans quelques partis européens (en Italie et en Espagne). Le parti communiste français lui-même s’est désolidarisé aussitôt du parti de l’U. R. S. S. sur ce point. Sans que le reflet en apparaisse dans les bureaux politiques, il n’est pas douteux que d’autres partis sont touchés dans leur base militante, a fortiori dans la masse des gens qu’ils influencent, par ce courant libéral, conséquence du XXe Congrès du parti communiste d’Union soviétique et de la déstalinisation.

• Les combattants. Il s’agit de ceux qui combattent directement et violemment l’impérialisme. La plupart, parmi les plus importants (à l’exception des partis communistes thaïlandais et birman), n’ont pas pris parti officiellement dans la querelle sino-soviétique et ont proclamé leur refus de s’aligner sur une position ou sur l’autre. C’est le cas au Viêt-nam, au Laos, en Corée. Mais l’intervention américaine au Cambodge et le ralliement du prince Sihanouk au mouvement révolutionnaire ont orienté les partis communistes indochinois dans un sens favorable à la Chine.

Des mouvements de libération nationale nouveaux, comme celui du Dhofar ou les Panthères noires aux États-Unis, ne cachent pas non plus leurs sympathies pour la Chine populaire.

Enfin, en Amérique latine, où le castrisme, sous sa forme combattante, le guévarisme, a régné en maître dans l’extrême gauche, les partis « prosoviétiques » sont de plus en plus déchirés et contestés au profit de mouvements plus radicaux de guérilla urbaine et paysanne.

• La nouvelle gauche. Dans les pays occidentaux, les partis communistes, là où ils sont une réalité politique, soit en France et en Italie, n’ont plus le monopole des forces révolutionnaires. Dans la jeunesse étudiante et dans la jeunesse ouvrière secondairement, sont nés des mouvements « gauchistes ». Trotskistes ou maoïstes, parfois teintés d’anarchisme, ils concentrent, sinon dans leurs organisations du moins dans leur influence, une part de la jeunesse révolutionnaire.

B. B. K.

➙ Babeuf (G.) / Chine / Engels (F.) / Gauchisme / Internationales / Lénine / Mao Tsö-tong / Marx (K.) / Révolution de 1917 / Social-démocratie / Socialisme / Staline / Trotski (L.) / U. R. S. S.

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