Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Albanie (suite)

L’économie

Le développement économique a été d’autant plus rapide que l’exploitation des ressources était inexistante avant la Seconde Guerre mondiale. Il repose : sur une force de travail nombreuse, jeune, soumise à une rude discipline ; sur une collectivisation totale des moyens de production, en particulier dans l’agriculture et les mines ; sur une planification centralisée ambitieuse, marquée par l’application de programmes quinquennaux, dont le quatrième, achevé en 1970, accorde toujours la priorité à l’industrie.

Les grands travaux ont porté avant tout sur l’accroissement des superficies agricoles et l’amélioration des techniques agronomiques. Les exploitations d’État ont assaini les marais littoraux, notamment les plaines de Fieri (le Myzeqeja), conquises à l’irrigation, et le Vivari de Delvina. L’érosion des sols sur les pentes a été arrêtée par la construction de terrassettes. Les bassins intramontagnards et les vallées capables d’assurer une production fourragère ont été défrichés. Des surfaces autrefois incultes sont consacrées aux vignobles et à l’arboriculture. La production de céréales a été intensifiée grâce à la diffusion d’engrais chimiques, désormais fournis par des usines nationales. Il semble que la superficie cultivable ait pu s’accroître de 60 p. 100 et les rendements moyens de 20 à 40 p. 100. Mais le dixième seulement du territoire est cultivé, et le rendement du blé à l’hectare est encore bien peu élevé.

La mise en valeur des ressources minérales a fait les plus grands progrès. On exploite un bitume de bonne qualité à Selenica, dans le Sud. Des minerais de cuivre, aux réserves abondantes sur le plan européen, sont extraits dans les montagnes du Centre et du Nord, notamment autour de Rubiku ; du ferro-nickel est extrait dans la vallée supérieure du Drini, et du chrome autour de Kukësi. Trop disséminés pour que leur production soit rentable, les gisements de lignite, en particulier ceux de Kraba, de Memaliaj et de la région de Korça, servent à alimenter des centrales thermiques. Le potentiel hydro-électrique, évalué à 3 TWh, est loin d’être équipé : les premières centrales, l’une près de Tirana, l’autre dans le bassin du Mati, n’assurent qu’une production très faible. On attend beaucoup de l’équipement de la vallée du Drini et de la construction d’une centrale de plus grande puissance dans le district de Shkodra.

Les hydrocarbures font la relative richesse du pays. Aux gisements exploités dès l’occupation italienne s’ajoutent les forages productifs de pétrole et de gaz naturel, tous concentrés dans les plaines entre Berati et le littoral. Une partie de la production est raffinée à Cërriku et l’autre partie est exportée par oléoduc vers le port de Vlora.

La construction de gros combinats à l’échelle du pays, employant chacun plusieurs milliers de salariés et équipés de matériels étrangers divers, demeure la préoccupation majeure du gouvernement, soucieux de limiter les importations de produits finis. Parmi les réalisations les plus spectaculaires, il faut citer les combinats textiles Staline à Tirana et Mao Zedong (Mao Tsö-tong) à Berati, les usines d’engrais chimiques ammoniacaux à Fieri et d’engrais phosphatés à Laçi, et les complexes minéraliers (nickel à Pishkashi, cuivre à Rubiku, tréfilerie de cuivre de Shkodra). On projette la construction à Elbasani d’une usine sidérurgique traitant le ferro-nickel et utilisant le gaz naturel. En fait, les industries dites « légères » représentent encore près des trois quarts de la valeur globale de la production industrielle. Elles transforment les produits bruts fournis par l’élevage et l’agriculture (cuir, tabac, conserveries, etc.) dans des usines réparties à proximité des exploitations d’État de la plaine littorale et dans toutes les villes. On peut encore citer la construction navale et les industries liées à la pêche dans les deux seuls ports d’importance, Durrësi et Vlora, ainsi qu’un gros combinat de bois à Elbasani.

L’Albanie offre donc un curieux exemple de développement rapide à partir du néant. La croissance annuelle du revenu national se situe aux environs de 12 p. 100.

Mais ce développement repose sur des atouts assez minces, sur l’absence de tout contact, même touristique, avec le reste de l’Europe et sur l’espoir d’une continuité de l’aide d’une puissance lointaine, la Chine, à laquelle le pays n’est relié que par quelques cargos effectuant le trajet par Gibraltar et le cap de Bonne-Espérance. On estime qu’environ les deux tiers du commerce extérieur s’effectuent avec la Chine : si l’aide de cette dernière prenait fin, l’Albanie serait au bord de la catastrophe.

A. B.

➙ Balkans / Communisme / Illyrie / Ottoman (Empire) / Tirana.

 J. Bourcart, l’Albanie et les Albanais (Bossard, 1921). / R. Bernard, Essai sur l’histoire de l’Albanie moderne (Domat-Montchrestien, 1935). / T. Zavalani, Histoire de l’Albanie (en albanais, Tirana, 1957). / A. Blanc, Géographie des Balkans (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1965 ; 2e éd., 1971). / T. Schreiber, l’Évolution politique et économique de la république populaire d’Albanie (Notes et études documentaires, 1969). / G. Mury, Albanie, terre de l’homme nouveau (Maspéro, 1970). / Histoire de l’Albanie, des origines à nos jours (Horvath, Roanne, 1973).


La littérature albanaise

La littérature albanaise est assez compartimentée, chaque compartiment ressortissant à une source d’inspiration bien définie : propagande religieuse, nationale ou patriotique, amour de la liberté, conquête des droits sociaux et, actuellement, construction du socialisme.

Nous ignorons tout du contenu de la littérature ancienne, dont nous savons seulement qu’elle a existé et s’écrivait en caractères latins. Le premier livre date de 1555 : c’est le Missel de Gjon Buzuku, qui inaugure une littérature de propagande catholique, avec Scutari (Shkodra) pour centre. Les écrivains qui s’y rattachent eurent aussi des préoccupations patriotiques et nationales : Pjetër Budi (né en 1566) a laissé des relations sur la situation misérable du pays ; Frang Bardhi (1605-1643) a joint à son dictionnaire latin-albanais de 5 000 mots (1635) des proverbes et des dictons populaires ; Pjetër Bogdani (1630-1689) écrit une langue plus souple dans son Cuneus prophetarum (1685).