Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

communication (suite)

C’est aux États-Unis, à la fin des années 1940, qu’ont été publiés les premiers travaux concernant la théorie de la communication (Claude Elwood Shannon, Warren Weaver). Très vite, de multiples applications sont apparues dans le domaine des sciences humaines, tandis que se développait un champ scientifique nouveau : la cybernétique*, dont les caractéristiques essentielles ont été décrites par Norbert Wiener.


Le schéma général de la communication

Tout processus de communication suppose la transmission d’un message entre un émetteur et un récepteur qui possèdent en commun, au moins partiellement, le code nécessaire à la transcription de ce message.

• Le code. Il représente l’ensemble des règles de combinaison propres à un système de signaux spécifiques les langues naturelles possèdent un certain nombre de phonèmes, de morphèmes, de règles de combinaison de ces éléments entre eux : c’est le code par opposition à la parole, constituée par les énoncés réalisés (ou messages). Le code morse représente l’ensemble des conventions réglant la correspondance des signaux (lumineux, sonores, électriques) aux lettres de l’alphabet écrit. Un code peut avoir un très petit nombre de signaux et de règles de combinaison, ou au contraire un grand nombre ; il peut être commun à un grand nombre d’émetteurs et de récepteurs ou être restreint à un petit nombre (deux au minimum). C’est toujours une potentialité, et sa réalisation sous forme de message en est la seule manifestation possible.

• Le canal. C’est le support physique nécessaire à la manifestation du code sous forme de message : l’air pour la communication verbale ou la radiophonie, les câbles électriques pour la télégraphie ou la téléphonie...

• L’émetteur. On comprend souvent sous ce même terme la source du message, c’est-à-dire le lieu d’élaboration du message (par exemple le cerveau humain pour le langage parlé ou écrit, la parole humaine pour le téléphone ou la radio) et l’émetteur proprement dit qui comporte les mécanismes de codage du message et l’appareil émetteur lui-même (les organes de la parole pour le langage parlé, le microphone et l’émetteur-radio pour la radiophonie). C’est au niveau source-émetteur que s’effectue l’opération d’encodage, c’est-à-dire la sélection d’un certain nombre de signaux appartenant au code et permettant à l’émetteur de transmettre le message.

• Le récepteur. Ce terme recouvre souvent l’ensemble des mécanismes de réception du message : l’appareil récepteur-décodeur (l’oreille pour le langage parlé, le récepteur radio et le haut-parleur pour la radio) et le destinataire proprement dit, qui reçoit le message (le cerveau humain pour le langage parlé, l’auditeur pour la radio). Le processus de décodage s’effectue au niveau récepteur-destinataire par la « recherche en mémoire » des éléments appartenant au code sélectionnés pour la transcription du message.

Souvent, le récepteur-destinataire peut à son tour tenir le rôle de source-émetteur en utilisant le même canal : c’est le cas lors de la communication verbale. Par ailleurs, un même message peut être transmis par un système de relais avec différents canaux successifs, nécessitant alors plusieurs opérations de décodage et d’encodage : ainsi, dans un message en morse, les signaux sont transmis par les câbles électriques, puis retranscrits en signaux graphiques, qui peuvent eux-mêmes être décodés et recodés sous forme de séquences sonores. Il peut alors se produire des erreurs dans le message, dues au nombre des opérations successives accumulées. Mais, même en utilisant un seul canal, il est rare qu’un système de communication soit parfait, c’est-à-dire que le message élaboré au niveau de la source parvienne intégralement au destinataire. Les trois phases essentielles (émission, transmission, réception) sont susceptibles de subir diverses distorsions dues à la défectuosité des appareils récepteurs ou émetteurs, à des perturbations le long du canal, etc. Ces distorsions influent sur la qualité du message transmis, dont une partie peut être perdue au cours du processus de communication. Toutes ces perturbations, qui interviennent de façon aléatoire, sont appelées bruits dans la théorie de la communication. L’étude des bruits a éclairé certains aspects de la communication linguistique, où la transmission des messages s’effectue souvent avec un degré élevé de bruit.


Information, bruit et redondance

Pour les théoriciens de la communication, le terme de message n’a pas d’autre sens que celui d’une séquence de signaux transmise entre un émetteur et un récepteur par l’intermédiaire d’un canal qui sert de support physique à la transmission. La signification du message (pas plus que son signifié) n’est pas considérée comme un élément pertinent. La théorie de la communication se limite à l’étude de variables telles que : « Étant donné un code, quel est le nombre de messages possibles ? quel est le temps exigé pour la transmission des signaux ? quelles sont les conditions d’efficacité maximale de la transmission ?... » ; c’est dire que la notion d’information dans son acception courante, qui est toujours liée à la signification de ce qui est transmis, n’a que peu de rapport avec la notion d’information au sens technique précis qui lui est attribué dans la théorie de la communication. Le premier problème traité par celle-ci est le suivant : peut-on définir le débit d’information d’une source ? La réponse est affirmative si l’on fait certaines hypothèses sur cette source (v. information). Cette quantité d’information débitée, mesurée en bits par seconde, est extrêmement variable, pouvant aller de 50 bits par seconde pour le télégraphe à 6 mégabits par seconde pour le visiophone. Elle diminue du fait des erreurs tout le long de la chaîne de transmission. Pour limiter cette dégradation, on utilise deux méthodes complémentaires :
— on essaie d’adapter le message en fonction des qualités de la chaîne de transmission ;
— on essaie de mettre en jeu des dispositifs détectant ou corrigeant les erreurs.