Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

communauté (suite)

Enfin, pour être complète, l’étude passe de la connaissance de l’histoire et des structures sociales de la société observée à celle de la manière dont le jeu social est conduit dans la réalité quotidienne. L’étude vise alors à saisir la totalité des rapports sociaux qui s’établissent au sein de la communauté ou, si l’on préfère, elle inclut l’ensemble des systèmes de relations interpersonnelles.

La double étude qu’a subie le village de Tepoztlán, proche de Mexico, demeure un exemple célèbre d’étude de communauté. Ce village fut étudié une première fois par l’anthropologue américain Robert Redfield (1897-1958) [Tepoztlan : A Mexico Village, 1930], puis revisité vingt ans plus tard par son confrère Oscar Lewis (Life in a Mexican Village : Tepoztlan Restudied). Redfield avait insisté sur les aspects rituels et formalistes de la société villageoise plutôt que sur ses aspects quotidiens et vécus. Lewis s’est surtout intéressé à ces derniers.

De même, dans un ouvrage concernant un village du midi de la France (Village in the Vaucluse, 1957), Laurence Wylie étudie fort minutieusement, dans une perspective culturaliste, les composantes de la personnalité locale ainsi que quelques aspects des relations interpersonnelles entretenues par les membres de la communauté, mais il conduit son enquête au détriment des structures sociales et de la stratification sociale villageoise ainsi que des rapports de la communauté villageoise avec la société globale, qui constituent autant de points traités trop rapidement. Aussi certains phénomènes demeurent-ils en partie inexpliqués, telles les causes du changement à Peyrane, le village étudié.

C’est justement pour rendre compte à la fois de la permanence et du changement qu’Edgar Morin a prôné, dans son ouvrage Commune en France. La métamorphose de Plodémet (1967), une démarche multidimensionnelle articulée sur les deux thèmes d’archaïsme et de modernité, encore qu’il ait lui-même privilégié en dernière analyse l’étude du changement sur celle de la permanence de la structure, ainsi que le titre de son ouvrage le souligne. L’objet de la recherche est alors à la fois perçu comme une unité sociale fondamentale et comme un élément de la société globale. L’étude du premier aspect nous dévoile la structure de la communauté étudiée : rapport avec l’environnement, organisation sociale, communauté d’origine et de croyance pour les sociétés archaïques ; celle du second concerne les changements, subis par l’objet de la recherche, qui sont le plus souvent relatifs à son insertion dans une réalité plus vaste. Elle introduit également à l’observation des conflits dont la communauté est le théâtre et qui naissent fréquemment de ses contacts avec l’extérieur sous la pression en particulier de faits économiques ; c’est le cas à Plodémet du problème de la modernisation de l’agriculture, avec d’une part le remembrement des terres, de l’autre les rapports avec les acheteurs de produits, qu’il s’agisse des organismes coopératifs ou des personnes privées.

Les études de communautés permettent sans doute de mieux comprendre au niveau d’un village les phénomènes qui caractérisent la société globale, dont la communauté observée, lorsqu’elle a été convenablement choisie, devient le microcosme. On expérimente ainsi à une échelle réduite une méthode et des techniques qui introduisent à l’étude d’ensembles sociaux infiniment plus vastes.

H. T.

 F. Tönnies, Gemeinschaft und Gesellschaft (Leipzig, 1887 ; trad. fr. Communauté et société, P. U. F., 1946). / R. M. Maclver, Community, a Sociological Study (Londres, 1917 ; 3e éd., 1924) ; Society, a Textbook of Sociology (Londres, 1937). / F. Perroux, Communauté (P. U. F., 1942). / G. Gurvitch, la Vocation actuelle de la sociologie (P. U. F., 1957 ; 3e éd., 1963).

Commune (la)

Tentative à implications révolutionnaires faite par les milieux ouvriers — à Paris principalement (18 mars - 27 mai 1871) — pour assurer, dans un cadre municipal et sans recours à l’État, la gestion des affaires publiques.



Origines de la Commune

Édouard Vaillant l’affirmera souvent : « La Commune ne fut pas une génération spontanée jaillie le 18 mars 1871. »

En toile de fond, il y a le second Empire, régime qui s’est libéralisé dans ses habitudes parlementaires, tout en restant fondé sur l’ordre, le profit, l’industrialisation et le paupérisme de la masse des travailleurs. Les dernières années de l’Empire sont marquées par des grèves violentes qui manifestent la prise de conscience de la classe ouvrière, par une grande flambée de l’opposition libérale, dont l’intelligentsia se réclame du positivisme, de l’anticléricalisme et de la république, par la formation de la Ire Internationale, creuset d’une nouvelle force à l’échelle de l’univers.

À Paris, derrière la brillante façade construite par Haussmann grouille une foule où bourgeois libéraux, étudiants et ouvriers se mêlent et qui manifeste son opposition lors du plébiscite de mai 1870 et des obsèques de Victor Noir.

Puis éclate la « guerre folle », la guerre franco-prussienne (juill. 1870), dans laquelle, sans préparation, le gouvernement de Napoléon III jette le pays. Les désastres inévitables précipitent la chute de l’Empire ; mais la république du 4 septembre 1870 est une république bourgeoise, devant laquelle, par souci de défense nationale, les révolutionnaires parisiens — jacobins et blanquistes en majorité — commencent par s’incliner. Très vite, le peuple de Paris (600 000 prolétaires sur 1850 000 hab.) accuse les Trochu, les Favre, les Ferry de mollesse devant un ennemi qui, dès le 19 septembre, a investi la capitale. Élément déterminant : ce peuple est armé, car la guerre et le siège ont réalisé l’armement de la garde nationale ; 254 bataillons totalisent 384 000 hommes, c’est-à-dire pratiquement toute la population valide de Paris. Ces bataillons se sont dotés d’une organisation propre : un comité central formé des délégués élus des vingt arrondissements parisiens. Parmi ces délégués figurent nombre de futurs membres de la Commune : Cluseret, Charles Longuet, Lefrançais, Vaillant, Vallès... Leur programme est déjà, en partie, celui de la Commune ; il est subordonné à des élections municipales.