Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

commerce international (suite)

À l’heure actuelle, les pays développés assurent à peu près 68 p. 100 des échanges mondiaux ; les pays sous-développés, 20 p. 100 ; les pays socialistes, 12 p. 100. La part qui revient aux pays de l’Est est encore faible, très inférieure à leur poids démographique dans le monde, mais l’expansion de leurs échanges se fait à un taux double de la moyenne mondiale ; celui-ci oscille entre 10 et 12 p. 100 par an. Le niveau de départ était très bas, puisqu’il y a vingt ans, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pays de l’Est ne comptaient encore que pour 7 p. 100 du total.

La part des pays sous-développés était naguère plus forte qu’aujourd’hui : aussitôt après la Seconde Guerre mondiale, ils assuraient à peu près 30 p. 100 du montant global des relations, contre 20 p. 100 maintenant.

Les pays développés, qui ne groupent guère que le cinquième de l’humanité, assuraient déjà 60 p. 100 des relations il y a vingt ans : ils ont non seulement maintenu leur position, mais ils l’ont encore améliorée puisqu’ils reçoivent ou expédient environ 68 p. 100 des produits qui font l’objet du commerce entre les nations.

Le déséquilibre entre pays développés et pays sous-développés s’accentue ainsi de manière sensible. Si l’on tenait compte non seulement des biens, mais aussi des services, la situation serait plus préoccupante encore : les grands fournisseurs de transports, d’assurances, de services techniques se trouvent en Europe occidentale, au Japon, aux États-Unis. Le tourisme échappe cependant à la règle : il correspond souvent à des services rendus par une économie moins avancée à un pays plus industrialisé ; le démarrage de l’économie des nations méditerranéennes doit beaucoup à cela. Certaines nations d’Amérique centrale font aujourd’hui la même expérience. Les effets du tourisme sont malgré tout limités dans l’espace et ne suffisent pas à corriger le déclin relatif des pays du tiers monde dans l’échange mondial.

Les pays développés entretiennent entre eux des relations très actives. C’était déjà vrai avant la Seconde Guerre mondiale ou immédiatement après. Ce l’est plus encore aujourd’hui. En vingt ans, le pourcentage des transactions qu’ils effectuent entre eux est passé de 64 à 75 p. 100, cependant que les échanges avec les pays de l’Est, toujours très faibles en valeur absolue, croissaient à peu près au rythme général. Ce sont donc les échanges avec le tiers monde qui se sont contractés, en valeur relative.

Les pays d’économie socialiste ont surtout multiplié leurs échanges intérieurs : la part des relations qui s’effectuaient à l’intérieur du bloc était voisine du quart après la guerre. Elle dépasse aujourd’hui 60 p. 100. La structure des économies socialistes ressemble en cela à celle des pays développés d’économie libérale. Les progrès des échanges que les pays socialistes entretiennent avec le tiers monde sont notables, mais le taux d’expansion demeure voisin du taux mondial. Les importations reçues du monde en voie de développement ont crû moins vite que les exportations. Au début de l’après-guerre, les pays socialistes ne pouvaient guère offrir aux pays du monde tropical les produits d’équipement ou de consommation que ceux-ci réclamaient : l’U. R. S. S. et les pays de l’Est achetaient plus qu’ils ne vendaient. La situation est inverse aujourd’hui, ce qui traduit l’industrialisation des économies socialistes et leurs efforts pour pénétrer dans le tiers monde en pratiquant une politique d’aide à la croissance.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le quart du commerce des pays sous-développés, au moins, se dénouait entre eux ; aujourd’hui, la proportion n’est plus guère que de 20 p. 100. On sent à cela combien leur dépendance s’est aggravée. Une analyse plus fine montrerait cependant que ce déclin n’est pas universel. En Amérique latine, en particulier, certaines solidarités régionales se manifestent.


La régionalisation du commerce mondial

Ainsi, à l’intérieur même de l’ensemble dont la solidarité est la plus faible, on voit progresser les échanges à courte distance. Dans le monde socialiste et dans le monde industrialisé, l’évolution va dans le même sens. La progression rapide du commerce international s’explique dans une large mesure par la multiplication des transactions entre pays proches. En Amérique du Nord, l’intégration de l’économie canadienne et de celle des États-Unis est profonde. En Europe occidentale, le Marché commun (C. E. E.) surtout et la petite zone de libre-échange (A. E. L. E.) ont fourni un cadre très favorable à ce genre d’évolution, mais les statistiques montrent clairement que les dispositions institutionnelles ne peuvent tout expliquer : les flux entre la C. E. E. et l’A. E. L. E. ont augmenté presque aussi vite que les transactions au sein du Marché commun.

Dans les pays de l’Est, l’intégration régionale des économies nationales a d’abord été vue d’un œil assez défavorable. À l’époque stalinienne, chaque État cherchait à se doter d’une économie autarcique. Il a fallu attendre le Comecon* pour que la spécialisation internationale du travail devienne un objectif des nations socialistes : dans la pratique, l’accroissement des échanges s’est heurté à l’absence de système général des prix et à la difficile coordination des plans.

Le trait qui frappe donc le plus, c’est le progrès de la régionalisation. Les échanges à longue distance n’en demeurent pas moins très importants : ils le sont plus encore en volume qu’en valeur, puisque le pétrole et les minerais voyagent aujourd’hui sur de longs itinéraires.


La géographie des flux

Une carte mondiale des flux fait apparaître une image d’ensemble assez simple. Les transactions s’ordonnent par rapport à trois pôles : l’Amérique du Nord, l’Europe (l’Europe occidentale plus particulièrement) et le Japon. Le rôle de l’Amérique du Nord dans le commerce international est considérable, mais moindre que celui de l’Europe occidentale : il ne l’emporte que de peu sur le pôle japonais, dans le domaine des échanges. Cela tient à la dimension même de l’économie américaine : le marché dont celle-ci dispose est suffisant pour que toutes les fabrications y soient possibles. La diversité des activités a été favorisée par le protectionnisme : bon nombre d’industries ont pu se développer, au xixe s. comme au xxe s., derrière un cordon douanier. Les besoins de matières premières ont imposé l’ouverture de l’économie bien davantage que ne l’a fait la recherche de débouchés.