Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

colonisation (suite)

L’impérialisme de l’époque contemporaine

• La période de transition. La crise des empires coloniaux engendre le doute dans l’avenir de l’expansion coloniale ; d’où hostilité et hésitations au cours d’une période de transition qui s’étend jusque vers 1870-1873 et qui précède les manifestations de l’impérialisme militant.

En Angleterre, les mouvements humanitaires, qui ont fait supprimer la traite dès 1807, obtiennent l’abolition de l’esclavage en 1833. Les doctrinaires de l’école de Manchester, avec Richard Cobden, répandent l’idée que les colonies sont une charge et qu’il faut admettre leur émancipation (ils ne songent, il est vrai, qu’aux colonies « blanches » et non aux peuples de couleur), ce qui acheminera les esprits vers la création du premier dominion, au Canada, en 1867. En France, on trouve aussi des défenseurs des positions humanitaires, comme Tocqueville ou Victor Schœlcher (ce dernier obtiendra l’abolition de l’esclavage en 1848), et des adversaires de la colonisation, comme A. Desjobert, qui combattent les « algéristes », mais leur audience est moins étendue.

Malgré ce fort courant hostile à la colonisation, celle-ci s’est poursuivie, et on a pu parler de « colonisation anticolonialiste » (H. Brunschwig). Cela s’explique, dans tous les cas, par l’impossibilité d’abandonner l’action entreprise : « Nous sommes coincés dans le chêne que nous avons fendu » (G. Smith). S’ajoutent : pour l’Angleterre, les nécessités démographiques, les initiatives commerciales, l’action des philanthropes et des missionnaires ; pour la France, outre les préoccupations religieuses et la détermination de quelques marins et militaires, le souci politique de ne pas s’effacer (la grandeur nationale) et la croyance à la supériorité de notre civilisation (le thème de la « mission civilisatrice »).

Le résultat sera que l’Angleterre entreprendra la colonisation de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, fera pénétrer son influence dans les territoires intérieurs de l’Afrique du Sud, implantera ses missionnaires et ses commerçants en Afrique occidentale, défendra énergiquement l’Inde contre la révolte des cipayes (1857). La France achèvera la conquête de l’Algérie, poussant son action vers le Sahara, s’établira solidement en Afrique noire (Faidherbe au Sénégal), obtiendra des bases dans l’océan Indien, et surtout en Océanie, occupera par la force la Cochinchine (1867). L’heure de l’impérialisme agressif allait sonner.

• L’expansion impérialiste. Les thèmes de l’impérialisme militant ont été longuement développés par des écrivains comme Charles Dilke (1843-1911), John Seeley (1834-1895), Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916), Jules Harmand (1845-1921), par les publicistes au service des associations préconisant l’expansion (Royal Colonial Institute, Primrose League, Comité de l’Afrique française, Kolonialverein...) et par les hommes d’État qui dirigèrent le mouvement, tels Disraeli*, Joseph Chamberlain*, Jules Ferry*, Eugène Étienne (1844-1921), Crispi*, Léopold II*, Théodore Roosevelt*. Il s’agit de « civiliser les races inférieures » (J. Ferry) en assumant le « fardeau de l’homme blanc » (R. Kipling), mais aussi d’éviter toute politique de « recueillement » qui serait le chemin de la décadence, de se ménager des points d’appui pour la flotte, de trouver des débouchés et des fournisseurs de matières premières, de placer des capitaux ou de favoriser l’émigration.

Les méthodes les plus diverses seront employées. Les grandes compagnies réapparaissent sous des formes diverses : sociétés d’exploitation du Congo français, compagnies à charte britanniques (comme la Royal Niger Company ou la British South Africa Chartered), sociétés du Cameroun et du Sud-Ouest africain allemands, l’Association internationale du Congo. La pratique de l’Indirect Rule par les Britanniques implique le concours des chefs indigènes, mais toutes les puissances coloniales rivalisent dans la signature de traités de protectorat, en Afrique noire surtout. Souvent, cependant, dans les colonies françaises en particulier, l’administration directe l’emporte avec un contrôle étroit de l’État, qu’il s’agisse de la politique dite « d’assimilation » (de caractère essentiellement administratif) ou « d’association ». Dans certains cas, l’impérialisme ne s’accompagne pas d’une prise de possession, mais d’une domination indirecte (Chine, Iran, Amérique du Sud).

Il n’est pas question d’évoquer ici les multiples rivalités qui, en moins d’un demi-siècle, aboutirent au partage de l’Afrique et de l’Asie, et que marquèrent notamment la conférence de Berlin (1884-85), les accords franco-anglais de 1904, les accords anglo-russes de 1907, l’accord franco-allemand de 1911. En 1914, les jeux paraissent faits. Avec l’éviction de l’Allemagne de son domaine colonial et le démembrement de l’Empire turc, une nouvelle distribution, sous la forme de mandats contrôlés par la Société des Nations, s’opérera après la guerre au profit notamment de l’Angleterre et de la France. La révolution de 1917 incorporera l’Empire colonial russe à l’U. R. S. S.

• L’apogée entre les deux guerres mondiales. À vrai dire, entre 1920 et 1930, « le problème colonial [...] semble se conclure en apothéose » (J. Tramond) : tous les empires paraissent des constructions solides, bien que d’importance et d’ancienneté très différentes.

Parmi ceux dont l’origine remonte à l’époque moderne, certains ne comprennent que des vestiges et d’autres forment d’immenses ensembles. Le Portugal et l’Espagne sont dans le premier cas. Le Portugal ne possède plus que quelques épaves en Asie (Diu et Goa, la moitié de Timor, Macao) et un domaine africain encore notable avec les îles du Cap-Vert, la Guinée et surtout l’Angola et le Mozambique ; de son ancienne splendeur, l’Espagne conserve le Rio de Oro, les îles de Fernando Póo et d’Annobón, la Guinée, auxquels elle a ajouté le protectorat du nord du Maroc. On mettra à part le Danemark, qui, outre les îles Féroé, dispose, depuis le début du xviiie s., des immensités du Groenland et maintient des liens avec l’Islande.

Trois empires d’origine ancienne en imposent par leur étendue et leur population.