Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Colombie britannique (suite)

Le développement économique, qui a commencé après les premières découvertes minières (chercheurs d’or du Fraser en 1858), a été stimulé par l’arrivée du C. P. R. (Canadian Pacific Railway) à Vancouver en 1886 puis par l’ouverture du canal de Panamá en 1914. Aujourd’hui, l’économie est entièrement dirigée par Vancouver*, qui concentre les pouvoirs de décision, les services et la plupart des industries de transformation. Le reste de la province exploite directement les ressources naturelles. Dans le sud-est, on extrait or, molybdène, minerais de plomb-zinc-argent (à Kimberley), charbon (à Fernie, pour le Japon), cuivre (à Merritt et Ashcroft, pour le Japon encore). Le nord produit de l’amiante (Cassiar), le centre, du molybdène (Endako, Boss Mountain), le nord-est, du gaz et du pétrole. La forêt pacifique est surexploitée ; les opérations y sont très mécanisées ; les fjords servent de voies d’expédition vers les scieries et papeteries du détroit de Géorgie et de la côte ouest de l’île de Vancouver. Dans l’intérieur, Prince George est le centre principal d’exploitation et de première transformation du bois.

La pêche (500 000 t par an, flétan et surtout saumon), pratiquée jadis dans de nombreux petits ports, est aujourd’hui géographiquement et financièrement concentrée dans les deux seuls ports de Prince Rupert et Vancouver. Elle est menacée par la pollution et la concurrence étrangère (les pêcheurs du Japon, d’Alaska, de Californie et d’U. R. S. S. opèrent parfois près des côtes de la province).

La production hydro-électrique (13 TWh, venant après le Québec et l’Ontario) jouit de conditions naturelles favorables, dénivellations considérables (centrale de Kemano alimentant Kitimat) ou débits énormes (Portage Mountain sur la rivière de la Paix). Un projet canado-américain concerne l’équipement complet du fleuve Columbia (52 TWh, ce serait le plus puissant système hydro-électrique du monde). L’élevage extensif se pratique encore sur les plateaux. Le bas Fraser (Lower Mainland) a des cultures maraîchères (introduites par les Japonais) ; la vallée Okanagan est célèbre pour ses vergers irrigués (pommes de Vernon, abricots, cerises, pêches). La fonte et l’affinage des minerais de Kimberley à Trail, la fabrication de produits chimiques à Trail, d’aluminium à Kitimat, de produits chimiques et de dérivés du bois à Prince George, Prince Rupert, Castlegar, Ocean Falls représentent les principales industries de transformation situées en dehors de la région de Vancouver. Le tourisme est une ressource importante (Rocheuses, chaîne côtière, ville de Vancouver). De 50 000 habitants en 1881, la population s’est élevée à 1 million vers 1949 et à près de 2,2 millions en 1971 (accroissement de plus des trois quarts depuis 1951). Les trois quarts se rassemblent dans le sud-ouest (bas Fraser et rives du détroit de Géorgie), autour de Victoria (capitale politique et ville de retraités ; 160 000 hab. pour l’agglomération) et surtout de Vancouver. Le reste se répartit entre le sud-est minier et agricole (Okanagan, Kootenays), le sillon forestier et minier le long de la ligne de Prince George à Prince Rupert, la plaine tramontane, agricole et pétrolifère, et quelques localités côtières (Kitimat). La population urbaine représente 73 p. 100 du total, et même plus avec les petits centres urbanisés (mines, exploitation forestière).

La Colombie est reliée aux autres provinces par trois transcontinentaux : deux au sud (C. P. R.) partent de Vancouver, le troisième, au nord (Canadian National Railway, C. N. R.), de Prince Rupert.

P. B.

➙ Vancouver.


Les Indiens de Colombie britannique

Les Indiens de Colombie britannique ont acquis par les formes singulières de leur organisation sociale leurs titres à la célébrité, et leurs titres à la gloire par un style graphique aussi caractérisé que celui de l’Égypte ou du Sepik (Nouvelle-Guinée). Leur territoire s’étend tout au long de la côte occidentale du Canada, et vers le sud se prolonge jusqu’au voisinage de la Californie. Pays dominé par de très hautes montagnes couvertes de forêts de conifères et tombant à pic dans l’océan, pays de fjords découpé en îles et en îlots par des torrents glacés, qu’occupe un peuple de marins et de pêcheurs, aussi peu que possible paysan et n’utilisant les produits de la végétation que parce qu’ils sont aussi gratuitement fournis par la nature que les saumons des fleuves ou les cétacés de l’océan.

On attribue fréquemment aux richesses de cet habitat une valeur déterminante : c’est l’abondance des pêches qui aurait encouragé le luxe, le jeu, la dépense gratuite et inutile, le sacrifice d’un excédent économique dans des activités artistiques et cérémonielles. À cette causalité supposée, on a pu opposer un déterminisme exactement inverse : les Indiens de la côte nord-ouest s’y seraient établis, durant les migrations qui les amenaient de l’Asie septentrionale, parce qu’ils y trouvaient réunies les conditions nécessaires au mode d’existence qu’ils cherchaient, celles qui répondaient à leur finalité propre.

Découverts par les explorateurs russes, puis par Cook au xviiie s., utilisés au cours du xixe s. dans de lucratifs trafics de fourrures, étudiés avec circonspection par les premiers ethnographes de terrain, réduits dans la suite au rôle de sculpteurs pour touristes, puis de figurants pour casinos folkloriques, les Indiens du nord-ouest n’ont rien conservé, après deux siècles de colonisation, de leur civilisation millénaire. L’archéologie a permis d’établir qu’elle procédait de très anciennes cultures établies sur les rives septentrionales du Pacifique, dans le bassin de l’Amour, dans le Kamtchatka et en Alaska. Mais sans même recourir à une généalogie des cultures du Pacifique septentrional, on constate la parenté stylistique qui unit l’art du masque chez les Esquimaux* du Yukon et chez les Tlingits, leurs voisins, de même que les grandes similitudes entre le mode de vie des premiers et celui des Nootkas, qui furent d’émérites chasseurs de baleines. Ces mêmes Nootkas se singularisent parmi tous les Indiens du nord-ouest par les formes démocratiques de leur existence sociale et par le mépris des privilèges de rang.