Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Colombie (suite)

L’indépendance

Lorsque la monarchie espagnole s’effondre sous les coups des Français, l’ordre colonial vacille : en 1809, le vice-roi accepte d’être flanqué d’une junte consultative. Le calme relatif de la région lui permet cependant d’écraser les rebelles de Quito.

• 1812 : les royalistes reprennent le Venezuela.

• 1813 : deuxième révolution vénézuélienne et révolution de Nouvelle-Grenade, où Bolívar* joue un rôle.

• 1815 : Pablo Morillo (1777-1837) donne le coup de grâce aux insurgés affaiblis par leurs divisions et incapables de dominer le Sud, toujours resté aux mains des loyalistes.

• 1817-18 : Bolívar reprend la lutte.

• 1819 : il s’empare de la Nouvelle-Grenade en traversant les Andes avec 3 000 hommes. Victoire de Boyacá. La Colombie voit le jour au congrès d’Angostura ; selon Bolívar, elle doit rassembler en un État fédéral tout le nord de l’Amérique du Sud.

• 1821 : congrès de Cúcuta ; le Venezuela, la Colombie et Quito perdent leur autonomie dans une Grande Colombie divisée en départements.


De la Grande Colombie à la Colombie

Les forces séparatistes font échouer le projet de Bolívar ; à l’intérieur même de ce qui a été la Nouvelle-Grenade, l’unité est loin d’être acquise, et conservateurs et libéraux s’opposent. Après avoir libéré le Pérou, Bolívar revient en Colombie (1826), remplaçant Francisco de Paula Santander (1792-1840), déposé par un coup d’État. À propos de la Bolivie et de l’Équateur, une guerre éclate entre la Colombie et le Pérou ; c’est la ruine du rêve bolivarien unitaire. En 1830, le Venezuela et l’Équateur se séparent de la république ; Bolívar meurt peu de temps après, désespéré.


Le xixe siècle

La dissolution de la Grande Colombie provoque quelque temps après le retour au pouvoir de Santander.


Libéraux et conservateurs

Les conservateurs s’appuient sur le Sud montagneux, la région d’Antioquia, tandis que les libéraux ont l’accord des commerçants de la côte atlantique, lésés par le système traditionnel, et aussi celui des mécontents de Bogotá : plèbe d’employés misérables, d’artisans turbulents et de révolutionnaires, fils de bonne famille. Ces agités s’unissent dans une opposition qui se dit libérale, bien qu’elle ne se sépare des conservateurs que sur le problème religieux. Cette opposition, surtout tactique, remonte à la division entre oligarques créoles et caudillos, plus populaires et fédéralistes.


Le gouvernement conservateur 1830-1849

L’administration de Santander (président de 1832 à 1837) se caractérise par un autoritarisme sans bornes et la volonté d’exercer sur l’Église le contrôle des rois d’Espagne. Les conservateurs arrivant au pouvoir, l’Église collabore à leur œuvre de modernisation en se chargeant de l’enseignement. Pendant cette brève période, la Colombie jouit de la paix, condition du développement économique. L’agriculture fournit les principaux articles exportés ; on commence à construire des chemins de fer, et la navigation à vapeur anime le Cauca et le Magdalena. Cette stabilité s’explique par la faiblesse de l’armée colombienne et par le monopole de fait que les oligarchies locales ont du pouvoir politique. Comme le gouvernement n’intervient pas dans leurs fiefs, elles ne se mêlent pas à la politique nationale.


Les guerres civiles

En Colombie, la population rurale métisse n’est pas passive comme dans le Pérou ou la Bolivie, et sa mobilisation par les clans oligarchiques locaux, dans la seconde moitié du siècle, explique la férocité des guerres civiles et le chiffre très élevé des pertes en vies humaines.

Les révolutions de 1848 ont des échos en Colombie : les libéraux parviennent au pouvoir, grâce il est vrai à l’appui du conservateur Tomás Cipriano de Mosquera (1798-1878), président de 1845 à 1849. Ils travaillent à réaliser leur programme : libération des esclaves, expulsion des Jésuites, liberté des cultes, fédéralisme et libre-échange. Mais ils s’entre-déchirent : aux extrémistes « Gólgotas » de la côte du Nord s’opposent les modérés « draconiens », forts de la plèbe de Bogotá, hostile au libre-échange. Après une dictature militaire « draconienne », les « Gólgotas » l’emportent et installent Mosquera à la présidence.

La seconde présidence de Mosquera (de 1861 à 1864) est marquée par la confiscation des biens de l’Église et le vote d’une Constitution fédéraliste qui consacre le triomphe des libéraux et qui régira la Colombie jusqu’à la Constitution unitaire de 1886.

C’est une dissidence à l’intérieur du parti libéral qui ramène les conservateurs au pouvoir, après plusieurs insurrections, toutes écrasées. De 1850 à 1886, tandis que la Colombie entre dans l’ère du café, les gouvernements provinciaux luttent entre eux et succombent à de violentes luttes locales. Le libéral dissident Rafael Nuñez (1825-1894), président de 1880 à 1882, de 1884 à 1886 et de 1887 à 1888, nouvel arbitre de la Colombie, met fin au fédéralisme anarchique et renoue avec l’Église (concordat de 1883) ; les insurrections libérales de 1895 et de 1899 sont écrasées. La solution imposée par Nuñez est appelée à durer parce qu’elle consolide un ordre apprécié par les propriétaires et les commerçants, qui se partagent le pouvoir et constitueront après sa mort la république oligarchique. Constitution de 1886 et concordat de 1883 sont toujours en vigueur aujourd’hui.


Le xxe siècle

La république oligarchique conserve sa pureté, et le parti conservateur, à qui Nuñez a donné un chef et un programme, reste au pouvoir jusqu’en 1930.


1899-1930

De 1899 à 1903, une guerre civile épouvantable, celle des « mille jours », ravage le pays et fait des milliers de victimes. Les partis oligarchiques font une fois encore la preuve de leur capacité à mobiliser les masses. Le gouvernement autoritaire de Rafael Reyes (1904-1909) tire la leçon du désastre et accorde aux libéraux une représentation parlementaire. Pendant cette période d’hégémonie conservatrice, le pays est obligé d’abandonner Panamá (1903). Mais l’indemnisation versée par les États-Unis sera un facteur d’expansion. Le boom du café, après la Première Guerre mondiale, servira à financer l’industrialisation de Medellín. Par ailleurs, le pays conserve ses vieilles caractéristiques : compartimentage régional d’est en ouest, prédominance du secteur rural, faible intégration au marché international.