Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Cologne (suite)

Monument grandiose entrepris en 1248, l’actuelle cathédrale enflamma l’imagination des romantiques nationalistes du début du xixe s., bien qu’elle restât encore inachevée à cette époque et que son chœur, consacré seul en 1322, fût une imitation de ceux d’Amiens et de Beauvais, rompant avec les traditions architecturales de la Rhénanie. Dans le chœur, œuvres du xive s. : vitraux des Rois aux fenêtres hautes, statues des Apôtres aux piliers. Dans les chapelles rayonnantes, vitraux des xiiie et xive s., tombeaux et reliquaires (châsse des Rois mages par Nicolas de Verdun), triptyques de l’Adoration des Mages, par Stefan Lochner (v. 1440), et de la Crucifixion, par le Colonais Barthel Bruyn (1548).

Le musée Wallraf-Richartz conserve de nombreuses peintures de cette école colonaise des xiv-xve s., à l’élégante douceur, dont Stephan Lochner, originaire de Souabe, est le représentant le plus brillant. Au xve s., en outre, la région de Cologne commence à être réputée pour ses fabrications de grès. Le musée des Arts décoratifs en possède dans ses collections, installées pour partie dans l’Eigelsteintorburg, l’une des portes monumentales (xiiie s.) subsistant de l’enceinte médiévale, pour le reste dans l’Overstolzenhaus, maison du début du xiiie s. à pignon redenté.

La ville possède peu de monuments de la Renaissance : Arsenal (musée historique), jolie loggia (1569) de l’ancien hôtel de ville, à beffroi du xve s. Le quartier qui entoure celui-ci, quartier central qui est aussi celui de Gross Sankt Martin, de la place du Vieux-Marché et du Gürzenich — salle des fêtes construite au xve s. et rebâtie en 1955 — conserve encore quelques belles maisons anciennes.

Sankt Maria im Frieden, église des carmélites (1643-1716), représente l’art baroque à Cologne. À Brühl, distante de 16 km, s’élève le plus beau monument du xviiie s., le château d’Augustusburg, résidence des archevêques électeurs.

Le milieu du xixe s. voit la fondation du musée Wallraf-Richartz, le plus important musée des beaux-arts de Rhénanie. Il abrite, outre les primitifs colonais et des œuvres appartenant aux différentes écoles européennes, celles de deux grands peintres originaires de la ville, Wilhelm Leibl (meilleur réaliste allemand du xixe s., qui travailla à Munich) et Max Ernst* (grâce à qui Cologne fut, en 1919-1921, un foyer du mouvement international dada) ; des œuvres des expressionnistes allemands ; une collection d’art contemporain qui inclut les dernières avant-gardes.

Dans le domaine de l’art sacré, des œuvres modernes sont venues compléter les édifices anciens : vitraux, sculptures dues à Ernst Barlach, Käthe Kollwitz (les Parents en deuil, dans les ruines de l’église Sankt Alban — ensemble commémoratif qu’une paroi de verre sépare du grand foyer du Gürzenich), Ewald Mataré (portes en bronze de la cathédrale, 1948-1953). Par ailleurs, un grand nombre d’églises modernes ont été construites avant et surtout depuis la guerre ; les architectes en sont Dominikus Böhm (1880-1955) et son fils Gottfried, Rudolf Schwarz (1897-1961), Karl Band, etc., qui comptent parmi les meilleurs spécialistes allemands dans ce domaine.

G. G.

Colomb (Christophe)

En esp. Cristóbal Colón, navigateur génois, découvreur de l’Amérique (Gênes v. 1451 - Valladolid 1506).


En un temps où la chrétienté repousse les derniers musulmans des terres qu’ils occupent encore dans le sud-ouest de l’Europe, la pensée d’agrandir le royaume de Dieu va guider constamment le découvreur du Nouveau Monde. Pour lui, l’apothéose sera la libération de Jérusalem. Auparavant, l’accès direct aux terres mystérieuses de l’Asie orientale, où les toits de Cipango, comme l’a conté Marco Polo, sont couverts d’or, donnera aux souverains chrétiens les richesses qui leur permettront l’effort ultime vers les Lieux saints. Cette quête de l’or, qui semblera parfois obsessionnelle chez Colomb, n’effacera jamais en lui l’aspect profondément mystique de sa recherche.


La jeunesse de Colomb

Colomb est persuadé d’être un envoyé de Dieu, ce qui contribue sans doute à la discrétion de ses écrits sur ses origines, dont la modestie ne lui apparaît peut-être pas correspondre à la grandeur de son destin. Cette discrétion a engendré les hypothèses les plus variées, voire les plus fantaisistes, quant à son lieu de naissance : diverses villes italiennes, la Corse avec Calvi, la Catalogne ont été sur les rangs.

Aujourd’hui, il n’y a plus de doute : Colomb, Cristoforo Colombo, est bien né à Gênes, vers 1451, comme le prouve le recoupement de plusieurs documents. Il est certainement apprenti chez son père, un tisserand, mais commence sans doute très tôt à s’initier aux choses de la mer, à la cartographie en particulier. Puis, son père s’étant établi marchand de vin à Savone, Cristoforo le seconde probablement dans son commerce en voyageant sur des caboteurs du golfe de Gênes. Il perfectionne sa connaissance de la navigation et affirmera même que le roi René d’Anjou, soutenu par les Génois dans ses prétentions sur le royaume de Naples, lui aurait confié vers 1472 un navire avec lequel il se serait emparé d’une galère de son rival, le roi d’Aragon. Il est certain en tout cas que le jeune homme se lie aux grandes maisons de commerce génoises, les Centurione en particulier : il va jusqu’à Chio, en 1474, pour y acheter de la gomme.

Deux ans plus tard (1476), un épisodé assez obscur de la vie de Colomb intéresse cette fois les rives de l’Atlantique : en route pour l’Angleterre, une expédition commerciale génoise à laquelle il participe est attaquée par des corsaires français. Près du cap Saint-Vincent, son navire sombre et il réussit à gagner le littoral à la nage, soutenu par un aviron. Colomb se rend à Lisbonne, où ses patrons possèdent un important comptoir. Avec deux navires génois rescapés du désastre, il repart dès février 1477 pour l’Irlande et aurait poussé même jusqu’à l’Islande (« Thilé »), qu’il situe au nord de la « Thulé » de Ptolémée : il serait ainsi parvenu déjà aux ultimes limites du monde connu et, pour certains, aurait même été en vue du Groenland, sur la voie ouverte par les Islandais vers l’an mille mais à peu près oubliée alors.