Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

colloïde (suite)

Préparation des sols

Un certain nombre de substances naturelles des règnes minéral, végétal, animal peuvent prendre l’état colloïdal par contact et agitation avec un liquide convenable. : silice, argiles, caoutchouc, cellulose, amidon, protéines... La dispersion est facilitée par broyage, par emploi d’un peptisant, par action d’ultrasons ou encore, dans le cas des métaux, par jaillissement d’un arc électrique au sein du liquide entre électrodes du métal à disperser. Mais on peut aussi opérer par réaction chimique : on obtient un sol de silice par action de HCl sur le silicate de sodium en solution.

Les sols sont moins stables que les solutions vraies. Peuvent en effet se produire : la sédimentation — dépôt du corps dispersé sous l’action de la pesanteur —, accélérée par centrifugation ; la coagulation, prise en masse de la solution avec formation d’un gel ; la floculation de solutions plus diluées, sous l’action d’un électrolyte ; la coacervation, séparation en deux couches de concentrations différentes.

Mais on peut stabiliser un colloïde micellaire par addition d’un colloïde moléculaire, dit « protecteur », et pour lequel on caractérise cette protection par un indice d’or.


Propriétés des sols

• La viscosité. Elle est peu supérieure à celle du liquide dispersant dans les suspensoïdes ou colloïdes lyophobes (hydrophobes si le liquide est l’eau), dont font partie des colloïdes minéraux, métaux ou sulfures ; la viscosité est par contre beaucoup plus élevée pour les émulsoïdes ou colloïdes lyophiles, dont font partie les colloïdes organiques.

• La pression osmotique. Elle est faible, en raison de la grosseur des granules ; sa mesure est utilisée pour déterminer la masse molaire, réelle ou moyenne, du produit dispersé.

• Les propriétés optiques. Invisibles dans le microscope ordinaire, les granules sont souvent décelés à l’ultramicroscope : le sol est éclairé latéralement, de façon que seule pénètre dans l’objectif la lumière diffractée par les granules, qu’on voit comme les étoiles dans le ciel nocturne. Subissant les chocs nombreux et désordonnés des molécules du liquide, ces granules sont animés du mouvement brownien. Lorsqu’un sol, limpide par transparence, est traversé par un faisceau de lumière blanche et observé latéralement à l’œil nu, il paraît trouble ; c’est l’effet Tyndall, dû à la diffusion de la lumière par les granules. Suivant la loi de Rayleigh, la diffusion est plus importante sur les courtes longueurs d’onde, ce qui explique la couleur bleutée observée pour de nombreux sols.

• Les propriétés électriques. Beaucoup de sols sont conducteurs : comme les électrolytes ordinaires, le sol donne naissance à des ions des deux signes ; l’un est très gros et de valence électrochimique élevée (plusieurs milliers), les autres sont de petits ions ordinaires. Un champ électrique déplace les ions vers les électrodes (électrophorèse) ; si le gros ion va à la cathode, on dit que le colloïde est positif ; il est négatif dans le cas contraire ; ce signe peut d’ailleurs s’inverser pour un colloïde donné, car l’ionisation dépend du milieu, en particulier du pH ; c’est le cas des aminoacides, positifs en milieu de pH élevé ; le pH d’inversion définit le point isoélectrique.

R. D.

 J. Duclaux, les Colloïdes (Gauthier-Villars, 1920 ; 3e éd., 1925) ; Colloïdes et gels (Gauthier-Villars, 1953). / A. Boutaric, les Colloïdes et l’état colloïdal (Alcan, 1924). / M. Bonnemay, les Colloïdes (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1957 ; 2e éd., 1967).


Quelques savants qui étudièrent les colloïdes


Alexandre Édouard Baudrimont,

chimiste français (Compiègne 1806 - Bordeaux 1880). Il fut le premier à étudier les colloïdes, qu’il considérait comme formés par l’assemblage de nombreuses molécules ; il expliqua le phénomène d’adsorption par action capillaire.


Georg Bredig,

physico-chimiste allemand (Glogau 1868 - New York 1944). Il a obtenu en 1898 les métaux colloïdaux en faisant éclater l’arc électrique dans une solution et étudié les catalyses obtenues grâce à ces produits.


Robert Brown,

botaniste écossais (Montrose 1773 - Londres 1858). Il découvrit en 1827 le mouvement désordonné des particules ultramicroscopiques d’une solution colloïdale (mouvement brownien).


Thomas Graham,

chimiste écossais (Glasgow 1805 - Londres 1869). Il a énoncé en 1846 la loi donnant la vitesse d’effusion des gaz à travers les petites ouvertures et, grâce à son dialyseur à parchemin, il a établi en 1850 la distinction entre colloïdes et cristalloïdes.


Theodor Svedberg,

chimiste suédois (près de Valbo 1884 - Stockholm 1971). Ses travaux sur les colloïdes et les solutions de masses moléculaires élevées lui ont valu le prix Nobel de chimie en 1926.


John Tyndall,

physicien irlandais (Leighlin-Bridge 1820 - Hindhead, Surrey, 1893). Il a découvert en 1871 le phénomène de regel de la glace et observé la diffusion de la lumière par les particules solides en suspension dans les liquides.

Colmar

Ch.-l. du départ. du Haut-Rhin ; 67 410 hab. (Colmariens).


Située en moyenne Alsace, Colmar est une ville de contact entre la plaine rhénane proprement dite, les collines sous-vosgiennes et le massif vosgien. Par là elle occupe une situation stratégique importante.

Localisée au débouché de la vallée de la Fecht, elle contrôle la route qui mène par le col de la Schlucht vers Gérardmer et le Bassin parisien. Un peu moins directement, plus au nord, le col du Bonhomme, situé sur la route Saint-Dié - Nancy, est également contrôlé par Colmar. Cette situation géographique favorable a été en partie stérilisée par la fonction militaire qui s’est greffée sur celle-ci, notamment à l’époque de l’antagonisme franco-allemand, qui fit du Rhin, coulant à 15 km à vol d’oiseau, une frontière répulsive.

Le site est quelconque, à cheval sur la petite rivière Lauch, adossé mollement à l’Ill, qui coule plus à l’est ; la topographie urbaine est peu différenciée. Le noyau urbain s’est constitué au Moyen Âge, car le passé romain est insignifiant. Abbayes, chapitres et instituts religieux ont construit de nombreux bâtiments et édifices qui donnent à la vieille ville un cachet médiéval caractéristique. En 1353, la ville fit partie de la Décapole, qui groupait dix villes d’Alsace à l’initiative de l’empereur Charles IV. Cette alliance dura pratiquement jusqu’à la Révolution. Ville d’importance moyenne, Colmar vit se développer, à partir du xie s., une bourgeoisie qui ne cessa de s’enrichir et de devenir plus nombreuse : en 1262, Jean Roesselmann libéra la ville du joug de l’évêque de Strasbourg. Jusqu’à la réunion de l’Alsace à la France, en 1648, la bourgeoisie colmarienne garda des liens étroits avec les pays rhénans. Le conseil supérieur de Brisach, issu de la Régence autrichienne d’Ensisheim et institué après le rattachement à la France, fut réorganisé comme Cour souveraine. Strasbourg ne devenant française qu’en 1681 et Mulhouse qu’en 1798, Colmar fut pendant un certain temps la ville française la plus importante d’Alsace. La consécration lui vint en 1698 lorsque le roi décida de transférer à Colmar la Cour souveraine. De ce passé, il reste des traces : la préfecture du Haut-Rhin ne se trouve pas à Mulhouse, mais à Colmar, ainsi que la cour d’appel pour l’Alsace ; deux siècles et demi de fonction administrative ont contribué à faire de Colmar une ville bourgeoise où les magistrats ont joué un rôle déterminant.