Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Akinari (suite)

Dans cette suite de neuf Contes fantastiques de jadis et de naguère, l’auteur reprend des thèmes japonais ou chinois ; ces derniers sont si parfaitement transposés que leur origine n’apparaît qu’aux connaisseurs. On reconnaît au passage l’histoire de l’empereur Sutoku, empruntée à la chronique épique du Hōgen-monogatari et déjà traitée dans un nō (Shiramine), la populaire légende chinoise du grand serpent blanc qui avait pris l’aspect d’une femme (l’Impure Passion d’un serpent), l’horrible vengeance de la femme jalouse dont le spectre met en pièces un époux infidèle (le Chaudron de Kibitsu), le moine qui aimait tant peindre les carpes qu’il se vit en rêve transformé en poisson (Carpes telles qu’en songe...). Si la plupart des Contes se veulent simplement distrayants, encore que la morale n’en soit jamais absente, le goût d’Akinari pour la réflexion philosophique, voire politique, apparaît cependant dans la dernière pièce du recueil, la Controverse sur la misère et la fortune, où l’on voit l’esprit de l’or discuter du bon usage des richesses avec un homme de guerre austère et sagace.

Ces contes avaient été en leur temps une sorte de manifeste littéraire, où l’auteur montrait par l’exemple que la prose élégante et limpide de l’an mille n’avait pas de secrets pour lui. C’est ce qu’y virent avant tout les romanciers — tel Bakin —, qui, après sa mort, le voulurent pour leur maître en l’art d’écrire.

R. S.

 Ueda Akinari Zenshū (œuvres complètes) [Tōkyō, 1918] ; Akinari Ibun (œuvres posthumes) [Tōkyō, 1919]. / R. Sieffert, Contes de pluie et de lune (trad., Gallimard-Unesco, 1956 ; coll. « Livre de poche classique », 1970). / K. Sakai, Cuentos de lluvia y de luna (trad., Mexico, 1969).

Akkad

Région, cité et empire de la basse Mésopotamie.


Akkad vient du sémitique Akkadou ; les spécialistes employaient autrefois la forme sumérienne Agadé, qui est le nom de la capitale d’un empire d’Asie occidentale (v. 2325-2200 av. J.-C.) et aussi de la partie septentrionale de la basse Mésopotamie, cœur de cette domination. Le terme d’akkadien désigne à la fois les réalisations de la dynastie d’Akkad (v. 2230-2160), la population sémitique qui vivait alors en basse Mésopotamie et sa langue, qui est à l’origine de l’assyrien et du babylonien.

L’époque de la dynastie d’Akkad, phase essentiellement de l’évolution culturelle du pays du Tigre et de l’Euphrate, est encore assez mal connue. Les spécialistes ne disposent que de courtes inscriptions provenant de centres provinciaux et de textes d’allure légendaire (fragments épiques et présages copiés au IIe ou au Ier millénaire av. J.-C.). C’est peu de chose à côté des documents que fournirait peut-être la ville d’Akkad, dont on cherche encore le tell dans la région de Sippar.


Les conquêtes et les guerres défensives

L’empire d’Akkad a été constitué par Sargon (en akkadien, Sharrou-kîn, « le Roi est juste » — un nom de règne). Des légendes qui entourent l’origine de Sargon, on peut retenir qu’il attribuera sa fortune à la protection particulière de la grande déesse sémitique Ishtar. Officier à la cour de Kish, il rompt avec son maître et, ayant rassemblé sans doute une bande de ces Sémites faméliques qui ne cessaient d’arriver des steppes du désert de Syrie vers la basse Mésopotamie, il va fonder une cité-État, Akkad. Le jeune aventurier accède ainsi au rang de « vicaire » (de la divinité locale), titre que porte le prince de chacune des villes du domaine culturel mésopotamien, qui s’étend de Mari, sur l’Euphrate, aux montagnes d’Élam. Bientôt (v. 2325), Sargon renverse Lougal-zaggesi, le Sumérien d’Oumma, qui avait pris le titre royal et imposé brutalement sa domination de la Méditerranée au golfe Persique. Le maître d’Akkad, qui s’est proclamé roi (c’est-à-dire supérieur à tous les vicaires), va, avec l’appui des Sémites du nord de la basse Mésopotamie (que l’on nomme désormais pays d’Akkad), se consacrer à une triple tâche : soumettre durablement les villes du bassin de l’Euphrate et du Tigre ; protéger cette riche région contre les Barbares des monts Zagros, du Kurdistān et des steppes du désert de Syrie ; contrôler les routes commerciales qui permettent aux cités mésopotamiennes d’exporter leurs denrées agricoles et les produits de leur artisanat, et d’importer les matières premières (bois, métaux, pierres de toutes qualités) qui manquent dans leur pays.

Du côté de l’Arabie, Sargon assiège Dilmoun (auj. île Bahreïn), entrepôt du trafic des riverains du golfe Persique et de la mer d’Oman, par où passent l’ivoire, la cornaline et les bois précieux de la vallée de l’Indus ; poursuivant sa campagne, il fait venir au port d’Akkad les bateaux de Dilmoun, de Magan et de Melouhha (pays de l’Arabie orientale qui fournissent du cuivre et de la diorite). À l’est, l’Akkadien soumet au tribut les peuples belliqueux des monts Zagros (Élamites, Gouti, Loulloubi), qui menaçaient et les routes commerciales de l’Iran, riche en métaux, et les trésors des cités mésopotamiennes : la dynastie élamite, qui, de ses montagnes, contrôlait le grand marché de Suse, reconnaît la prédominance de Sargon. Au nord, au débouché du Kurdistān, autre pays du cuivre, c’est le Soubarou, ou haute Mésopotamie, aux populations mêlées : Sémites (comme ceux de la ville d’Assour), sortis à différentes dates de la steppe originelle et qui acceptent vite la domination de l’Akkadien ; Hourrites, qui seront sévèrement battus. Les besoins en bois pour la toiture des temples et des palais sont à l’origine de la campagne de Sargon dans la « Forêt du cèdre » (l’Amanus, à l’est du golfe d’Iskenderun). Puis, sollicité par les marchands mésopotamiens qui trafiquaient au « Pays de l’argent » (le Hatti, dans le bassin du Halys), Sargon passe le Taurus et intervient dans la région de l’actuelle Konya.