Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Coléoptères (suite)

Les eaux douces

Les espèces aquatiques forment des familles entières dans l’ordre des Coléoptères. Parmi les principales, nous citerons les Dytiscidés, les Gyrinidés, les Hydrophilidés, les Hydrænidés. Mais des espèces aquatiques se rencontrent également dans des familles telles que les Chrysomélidés (Donacia) et les Curculionidés (Bagous). Toute cette faune est essentiellement liée aux eaux douces, et, s’il n’existe pas d’espèces franchement marines, certaines, cependant, survivent dans les eaux sursalées des régions désertiques, où la salinité peut atteindre un taux comparable à celui de l’eau de mer. On connaît également quelques espèces qui vivent dans les eaux thermales, où la température s’élève à 40 °C et plus. Toutes ces espèces sont aquatiques, mais les Gyrins ne fréquentent que la surface des eaux à faible courant. Les Coléoptères aquatiques ont en commun, en plus d’une structure hydrodynamique, de respirer l’air à l’état gazeux. On distingue parmi les espèces aquatiques des limnicoles et des torrenticoles. Les limnicoles vivent dans les eaux stagnantes et les rivières sans courant à riche végétation. Les torrenticoles, qui recherchent les eaux riches en oxygène, habitent les rivières à courant rapide. Ils sont munis de griffes fortement développées (Dryopidés), et, parfois chez les larves, la forme déprimée s’accompagne d’une certaine hypertrophie des boucliers dorsaux (Psephenoides). Les larves respirent quelquefois l’air dissous à travers le tégument. Mais, le plus souvent, la respiration s’effectue à l’aide de branchies. La proximité des eaux douces attire également toute une faune de ripicoles, attirés par l’humidité constante qui se maintient à la faveur d’une riche végétation et de ses débris. On rencontre ainsi au bord des mares, sous toutes les latitudes, de nombreux Carabiques et des Staphylinidés, deux groupes prédateurs de toute une faune de phytophages et de détritivores. Sur les sables, les graviers et sur les vases, à découvert, une autre faunule s’installe : des Carabiques (Omophrons, Perileptus, Agonum, Chlænus, Dyschirius), des Staphylinidés (Bledius, Stenus Pæderus), des Hétérocéridés (Heterocerus).


Le bord de mer

Il existe dans la zone de balancement des marées une faunule particulière de Coléoptères qui peuple les sables, les vases et les roches ou bien encore les argiles. Parmi les éléments les plus caractéristiques, nous citerons les Æpus et les Æpopsis (Carabiques), qui vivent sous les pierres, dans les fentes de rochers, biotopes recouverts à marée haute. En dehors de cette zone, vers l’intérieur, une faune également particulière, mais plus importante, tout en recherchant la proximité de la mer, échappe à l’influence maritime directe. Ces espèces, essentiellement halophiles, sont surtout des terricoles : Bledius, Troglophlœus, parmi les Staphylinidés, et, parmi les Carabiques, Dyschirius, Pogonus, Eurynebria. Les Phaléries (Ténébrionidés) peuplent les sables littoraux du monde entier. Les vases marines et fluvio-marines, en faciès aérien, hébergent encore des Hétérocéridés, hôtes habituels de ce type de biotope, aussi bien au bord de la mer que dans l’intérieur des terres.


Les sables désertiques et les dunes du littoral

Les sables des déserts donnent asile à une riche faune de Coléoptères, que caractérisent de nombreuses particularités évolutives. Cette faune se retrouve également dans les sables de la steppe et dans ceux des savanes appauvries de type sahélien (sud du Sahara).

Les dunes du littoral abritent aussi de nombreux Coléoptères, faune souvent distincte, mais cependant comparable à celle des dunes continentales, parfois géographiquement peu éloignées. On remarque parmi les Coléoptères psammophiles des Ténébrionidés, des Scarabéidés, des Histéridés, des Dermestidés, des Anthicidés, quelques Carabiques. De nombreux psammophiles sont dépigmentés. La cavité sous-élytrale, où s’ouvrent les stigmates, est plus grande. Les dispositifs sensoriels externes sont développés à l’extrême. Les pattes présentent de nombreuses modifications, qui interviennent au cours du fouissage : élargissement des tibias antérieurs, ciliation tarsale latérale ou plantaire, étirement des griffes, hypertrophie des éperons. Dans l’ensemble, ces particularités sont d’autant plus marquées que l’aridité est plus grande. Cette faune est exclusivement constituée d’espèces xérophiles, c’est-à-dire recherchant le sable sec.


Coprophages et nécrophages. Les terriers et les nids. Myrmécophiles et termitophiles. Les Coléoptères parasites

De nombreux Coléoptères vivent dans les excréments de Vertébrés. La plupart des espèces y accomplissent la totalité de leur développement. Les Scarabéidés sont dans ce cas. Mais beaucoup d’espèces ne s’installent là que temporairement : ce sont des prédateurs attirés par les larves de Diptères ou de Scarabéidés entrant dans leur alimentation (Staphinilidés, Histéridés, Hydrophilodés). On note chez les coprophages une certaine spécificité. Ainsi, Trox perlatus est inféodé au Renard, Onthophagus drescheri au Tigre, Aphodius cervorum aux Cervidés ou, à défaut, aux Lapins. Les aptitudes au fouissage des Scarabéidés coprophages facilitent beaucoup l’exploitation des ressources alimentaires, en particulier au moment de la construction du nid.

Il n’existe pas de limite absolue entre coprophages et nécrophages. En Amérique du Sud, les Phanæus (Scarabéidés), coprophages par nature, sont devenus nécrophages après la disparition des grands herbivores. On observe d’ailleurs sur les cadavres, au début, la même succession de faune. Les Staphylinidés et les Histéridés prédateurs suivent également là l’arrivée des premiers nécrophages. Au début, cette faune de nécrophages rigoureusement inféodés comprend surtout des Silphidés (Necrophorus, Necrodes). Les ultimes débris attirent une tout autre faune, notamment des Nécrobies (Cléridés) et des Dermestidés.

Une faunule de Coléoptères hante les terriers de Vertébrés et les nids d’Oiseaux. Ces Insectes sont en majeure partie des saproxylophages. Quelques prédateurs sont attirés par les précédents. On distingue dans cette faune : 1o des pholéoxènes, hôtes accidentels ; 2o des pholéophiles, qui vivent dans les terriers, mais que l’on rencontre aussi à l’extérieur ; 3o des pholéobies, dont l’entier développement s’accomplit à l’intérieur du terrier. Il semble que des facteurs physiques (température, humidité) et des facteurs propres (ammoniac, ressources alimentaires) soient à l’origine de ce peuplement (hôtes des terriers de Marmottes, des nids souterrains de l’Hirondelle de rivage, des terriers de Rongeurs des steppes et des déserts). Certains Insectes, tels que les Blaps (Ténébrionidés), sont attirés dans les terriers de Rongeurs des régions désertiques et steppiques par l’obscurité, des conditions de température et d’humidité qui leur conviennent ainsi que par des ressources alimentaires résultant de la présence de l’hôte. Beaucoup de pholéophiles sont en effet de mœurs nocturnes et coprophages. Les larves de ces Ténébrionidés accomplissent d’ailleurs leur entier développement dans ce milieu. Il ne paraît pas y avoir de spécificité très nette pour ce qui est du choix de l’hôte, les conditions écologiques offertes par le terrier important davantage. Les particularités évolutives de cette faune, à peine marquées, sont peu comparables à celles qui s’observent chez les cavernicoles, bien que l’on connaisse un Ténébrionidé dépigmenté et aveugle des terriers du Rat-Taupe en Afrique orientale. Quelques Coléoptères, enfin, sont strictement inféodés aux nids d’Oiseaux. Nous pouvons citer Microglotta nidicola, Quedius brevicornis (Staphylinidés), Gnathoncus nidicola (Mistéridé), Trox Perrisi (Scarabéidé). Les nids souterrains des Insectes sociaux tels que ceux des bourdons abritent aussi quelques pholéophiles.