Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Coléoptères (suite)

• L’appareil respiratoire est essentiellement formé par les trachées. Celles-ci s’ouvrent dans les chambres atriales, situées immédiatement après les stigmates. L’atrium peut être efficacement obturé par un péritrème. On remarque sur le trajet des trachées de beaucoup d’espèces, voire chez certaines larves, la formation de dilatations membraneuses, ou sacs aériens. Les ultimes ramifications des trachées se terminent par des trachéoles, au niveau desquelles s’effectuent les échanges gazeux. On a enfin signalé chez le Hanneton la présence de poumons trachéens, minuscules troncs trachéens très ramifiés s’ouvrant directement dans la chambre atriale. Il importe encore de noter que les formes aquatiques ont développé de curieux dispositifs respiratoires : antennes respiratoires des Gyrins, stigmates perforants des larves de Donacia et trachéobranchies apparaissant chez les larves de divers groupes (Haliplidés, Hydrophilidés, Hygrobiidés). Quelques cas de respiration de l’air dissous à travers le tégument sont également connus chez les larves d’aquatiques.

• La chaîne ganglionnaire, élément principal du système nerveux des Coléoptères, est formée, à l’origine, de deux ganglions cérébroïdes, d’un ganglion sous-œsophagien, de trois ganglions thoraciques et de huit ganglions abdominaux. Ce dispositif classique se retrouve chez certaines larves. Mais, en général, il tend à se déplacer et à s’accroître vers la partie antérieure. Un système sympathique viscéral en relation avec les ganglions cérébroïdes existe chez les Coléoptères.

• Les glandes du complexe endocrine semblent assez variables. D’une façon générale, on distingue : 1o les corpora allata ; 2o les corpora cardiaca ; 3o les cellules neurosécrétrices des ganglions cérébroïdes.

• Dans l’ordre des Coléoptères, les sexes sont toujours séparés. Les organes génitaux comprennent chez le mâle deux testicules, des conduits évacuateurs (canal éjaculateur, organe copulateur) et des glandes annexes. On retrouve des organes similaires chez la femelle : deux ovaires, des conduits (calice ovarien, oviducte, chambre génitale, réceptacle séminal) et des glandes accessoires. Dans de nombreux groupes, il y a formation d’un spermatophore.

La plupart des espèces de Coléoptères ne présentent pas de caractères sexuels secondaires bien nets. Il existe tout au plus une différence dans l’aspect général (mâles plus étroits, femelles plus larges) ou bien d’infimes détails dans la sculpture ou la forme de segments abdominaux ou d’appendices. Mais, dans certains groupes, les caractères sexuels secondaires sont au contraire fort accentués. Chez les Carabiques, la dilatation des tarses antérieurs du mâle est un caractère presque constant. Le mâle des Cérambycidés possède des antennes plus longues que celles de la femelle. Chez les Lucanidés, ce sont les mandibules des mâles qui s’allongent d’une façon excessive. Ces caractères mâles peuvent encore se traduire, suivant les groupes, par un étirement du cou (le Curculionidé Apoderinæ), par la présence d’une corne céphalique (Scarabéidés) ou de protubérances ou appendices thoraciques (Dynastidés, Bledius), par l’allongement ou la modification des tibias antérieurs, etc. L’aptérisme (Lampyridés) et l’asymétrie céphalique (Languriidés) sont des caractères qui, inversement, n’existent que chez les femelles. Dans certains groupes de Scarabéidés, la femelle seule est totalement dépourvue d’ailes et d’élytres (Pachypus candidæ Pet.).

René Jeannel un grand spécialiste des Coléoptères

(Toulouse 1879 - Paris 1965). Fils et petit-fils de médecin, il effectue ses études à la faculté de médecine de Toulouse. Interne des hôpitaux à Paris, il s’intéresse déjà, plus qu’en amateur, à l’entomologie. À cette époque, il rencontre le biologiste Alfred Giard (1846-1908). Il renonce à la chirurgie et s’inscrit à la faculté des sciences de Paris pour préparer une licence et soutenir ensuite un doctorat. En 1908, en poste au laboratoire Arago, à Banyuls-sur-Mer, il utilise les quelques loisirs que lui laisse l’océanographie pour explorer les grottes des Pyrénées et récolter des Insectes. En 1911, il effectue une première mission en Afrique orientale en compagnie de son ami Ch. Alluaud et rassemble de nombreux matériaux entomologiques. À son retour, boursier de l’Institut Pasteur, il travaille pendant trois ans au Muséum. De 1914 à 1918, il est mobilisé comme médecin militaire. En 1919, il est maître de conférences de zoologie à Toulouse, puis, en 1920, il collabore en Roumanie à la fondation de l’institut de spéléologie de Cluj, visitant les innombrables cavernes des Carpates et recueillant d’importantes collections d’Insectes. En 1927, le Muséum lui confie la création du vivarium. En 1931, R. Jeannel est nommé professeur d’entomologie au Muséum ; il demeurera à ce poste jusqu’en 1951. Au cours de ces vingt années, il effectue de nombreuses missions qui lui permettent d’avoir une bonne connaissance écologique des groupes qu’il étudie. En plus d’une œuvre scientifique considérable (plus de 500 publications), on lui doit l’organisation d’un laboratoire riche de nombreuses collections et d’une bibliothèque importante. L’œuvre de R. Jeannel, presque entièrement consacrée à l’étude des Coléoptères, repose en grande partie sur une bonne interprétation des particularités anatomiques et morphologiques de ces Insectes. Ces recherches sont essentiellement fondées sur l’étude des génitalia, étude qui permet, dans de nombreux groupes, d’entrevoir comment s’est effectuée l’évolution des différentes lignées et, par conséquent, d’en dégager l’histoire. Certains travaux de R. Jeannel (monographie des Trechinæ), notamment, sont considérés par beaucoup comme des chefs-d’œuvre de littérature entomologique.


Le développement

Il existe normalement chez les Coléoptères quatre stades distincts : l’œuf, la larve, la nymphe et l’imago (adulte). Mais des cas d’hypermétamorphose sont connus. Le premier stade, la larvule, est alors morphologiquement différent de la larve. Ce phénomène d’hypermétamorphose s’observe chez les Micromalthidés, chez certains Carabiques et Staphylinidés, les Malacodermes, les Méloïdés et les Rhipiphoridés. Le phénomène est particulièrement remarquable chez les Méloïdés et les Micromalthidés ; on observe, dans les deux cas, une dizaine de stades larvaires distincts s’accompagnant de modifications biologiques importantes. On a noté d’ailleurs chez les Coléoptères bien d’autres particularités de développement, telles que viviparité, fœtométamorphose, néoténie, parthénogenèse. Mais il s’agit d’exceptions.