Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Cohl (Émile) (suite)

De 1912 à 1914, il représenta aux États-Unis la maison Éclair, collaborant notamment à son journal d’actualités. À Fort Lee (New Jersey), il anima une série dont le retentissement fut grand à travers le monde : celle des Snookums (contant les aventures d’un bébé insupportable qui s’appellera en Europe Zozor, Petit Ange ou Cirillino). Mais la concurrence étant déjà très vive aux États-Unis, où l’animation commençait à s’industrialiser, Cohl dut revenir en France. Avec Benjamin Rabier, il réalisa les Pieds nickelés en 1917-18. Désormais, son activité se limita à quelques essais (l’Oreille, 1924 ; la Conquête de l’Angleterre, 1935, inachevé) et, comme Émile Reynaud vingt ans auparavant, il mourut dans l’oubli et la misère.

J.-L. P.

➙ Animation.

Colbert (Jean-Baptiste)

Homme d’État français (Reims 1619 - Paris 1683).



Le colbertisme

Le système économique préconisé par Colbert et fondé sur le protectionnisme n’est que la forme française d’un plus vaste ensemble de théories économiques connues sous le nom général de mercantilisme ; et ce mercantilisme lui-même est plus ancien que le xviie s.


Le mercantilisme

Il faut remonter au Moyen Âge pour en trouver les premières traces. L’organisation communale de cette époque léguera aux États du xviie s. un solide exemple d’interventions dans la vie économique et sociale.

C’est l’Angleterre d’Edouard II, au début du xive s., qui, la première, songe à interdire l’importation de draps étrangers. Dès 1381, on promulgue un acte réservant l’approvisionnement du pays aux seuls navires anglais, mesure qui sera reprise en 1651 par Cromwell sous le nom fameux d’Acte de navigation. Les premiers règlements vraiment positifs seront édictés au xve s. avec la prohibition des tissus de soie (1455) ou des draps (1464) du continent, ou l’interdiction pour les étrangers d’exporter des laines (1463).

De telles lois provoquent la réciproque de la part des pays touchés par elles. Aux Pays-Bas, Philippe le Bon proscrit la draperie anglaise. En France, Louis XI exprime ses craintes devant les sorties de numéraire du royaume, « d’où peut s’ensuivre la totale ruine et destruction ». Il essaie aussi bien d’instaurer le travail des étoffes de soie à Tours, pour pallier les achats de luxe à l’étranger, que de contrôler les sommes transférées de France à la cour de Rome. Il encourage la production minière comme celle des manufactures de textiles. Cette politique favorise à la fois les intérêts des grands marchands et les besoins financiers du Prince, et lie la puissance monarchique à la prospérité nationale.

Louis XI crée ainsi en France une si solide tradition que, tout au long du xvie s., les assemblées d’états réclameront la poursuite de cette politique économique. Il n’est que de lire les cahiers de doléances des successifs états généraux pour s’en convaincre. Ce sont toujours les mêmes souhaits qui reviennent : ils concernent les mouvements monétaires, le commerce, l’accroissement de la marine marchande ou les manufactures. En résumé, tout ce qui présuppose une grande politique mercantiliste.

Tout un ensemble de doctrines vont alors dans le même sens : accroître la puissance de l’État par la pratique d’une rigoureuse autarcie économique. Toutefois, il faut remarquer que le but premier est non pas la prospérité de l’État et des particuliers en vue d’une finalité purement économique, mais la grandeur et la gloire du Prince, c’est-à-dire de l’État. La politique prime donc l’économie, et la richesse ne sera qu’une des conséquences de la puissance de l’État.

Ces tendances se résolvent en dernier ressort dans le contrôle du mouvement des monnaies. Mais ce sont des souhaits utopiques, les gouvernements n’ayant pas, au xvie s., les moyens de leur politique (impossibilité de surveiller les frontières à cause du petit nombre d’officiers et des difficultés des communications). En outre, des produits indispensables aux fabrications françaises doivent être importés de l’étranger, puisqu’ils n’existent pas dans le royaume (par exemple l’alun de Tolfa, en Italie, est nécessaire pour préparer les draps, afin qu’ils puissent recevoir la teinture). Dès le xvie s. aussi, et tout particulièrement en France, l’intervention directe du gouvernement se fait sentir vigoureusement.

En fait, cette politique ne doit pas faire illusion quant à son efficacité : au xvie s., aucun État n’est assez fort pour assurer à sa pratique économique la continuité sans laquelle elle ne pourrait être menée à terme. Tout cela se limite donc à un empirisme de circonstance, mais n’en est pas moins révélateur de ce que sera la politique économique des grands États aux siècles suivants. En résumé, ce mercantilisme est, jusqu’à l’aurore du xviie s., plutôt un état d’esprit qu’une doctrine cohérente.


Les précurseurs immédiats de Colbert

Ainsi que l’écrit Pierre Goubert : « Presque toutes les idées dont on fait honneur à Colbert étaient banales depuis un siècle. Il y a plus de trente ans que Hauser a étudié le colbertisme avant Colbert, s’est amusé à en relever les grands traits supposés dans telle délibération d’états généraux, d’assemblées de notables en 1614 et 1596, en 1588, en 1576, en 1538, voire en 1485 et 1471 [...], à montrer sans peine que l’essentiel du colbertisme tenait dans la politique de W. Cecil, le ministre d’Elisabeth [...]. Les dernières pages qu’écrivit Henri Hauser ont prouvé à quel point Colbert, dans ses formules les plus souvent citées, copie simplement les formules mêmes de Richelieu, dont il a manié les papiers et qu’il cite inlassablement. »

Mais Richelieu lui-même avait été précédé dans la pratique par Barthélémy de Laffemas (1545-v. 1612) et dans la théorie par Antoine de Montchrestien (v. 1575-1621).

Laffemas, le premier, veut pourfendre l’oisiveté, génératrice de stagnation économique, et prône l’esprit d’initiative en matière manufacturière et commerciale. Contrôleur général du commerce (1602), il obtient la création d’un Conseil de commerce, qu’il anime. Soutenu par Sully, il fait adopter des mesures favorables aux manufactures de soieries et met sur pied une Compagnie des Indes orientales. Ses idées sont vulgarisées par l’Histoire du commerce de France, éditée par son fils, et surtout par un ouvrage célèbre, le Traité de l’économie politique d’Antoine de Montchrestien, publié en 1615.

Montchrestien souligne bien le rapport étroit qui existe dans la mentalité de l’époque entre économie et politique, l’économie n’étant que l’humble servante de la politique. « Il est impossible, écrit-il, de faire la guerre sans hommes, d’entretenir des hommes sans solde, de fournir à leur solde sans tributs, de lever des tributs sans commerce. »