Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cœur (suite)

• La cardiopathie par vice ou absence de cloisonnement du tronc artériel. Elle engendre le plus souvent une cyanose. Rappelons que le tronc artériel se cloisonne en artère pulmonaire et en aorte. À l’étage du tronc artériel, l’anomalie embryologique détermine des malformations de gros vaisseaux, dont les deux plus importantes sont la transposition commune de gros vaisseaux et le troncus arteriosus.

1o La transposition de gros vaisseaux. Il s’agit d’une maladie fréquente et grave à l’origine, provoquant de nombreuses morts peu de temps après la naissance. Anatomiquement, l’aorte, en avant de l’artère pulmonaire, naît du ventricule droit, et l’artère pulmonaire du ventricule gauche. Une communication entre les deux oreillettes ou les deux ventricules est nécessaire pour assurer les échanges circulatoires. Devant l’évolution péjorative, on doit recourir à la chirurgie, soit par une opération palliative peu dangereuse et aux résultats transitoires, soit par une opération curative (méthode de Mustard) comportant un risque non négligeable.

2o Le troncus arteriosus. Anatomiquement, en raison de l’absence de cloisonnement, un seul vaisseau naît au-dessus des ventricules. L’évolution de cette maladie est grave.


Les maladies valvulaires acquises du cœur

• Dans le cadre des maladies du cœur, les maladies de l’endocarde et de l’appareil valvulaire sont fréquentes, souvent graves, touchant par ordre de fréquence décroissante la valvule mitrale, la valvule aortique, enfin la valvule tricuspide.

• Maladies de la valvule mitrale. Le rhumatisme articulaire aigu en est le pourvoyeur principal, quoique non exclusif. Ces maladies se répartissent en deux groupes : le rétrécissement mitral et l’insuffisance mitrale selon l’atteinte valvulaire.

1o Le rétrécissement mitral (R. M.) se caractérise par une réduction plus ou moins importante du calibre de l’orifice mitral, ce qui gêne le passage du sang de l’oreillette gauche dans le ventricule gauche.

C’est la plus fréquente et la plus typique des maladies valvulaires d’origine rhumatismale. Elle est connue de longue date (Corvisart, Laennec), et c’est Paul Louis Duroziez (1826-1897), vers 1870, qui décrivit l’auscultation particulière qui porte son nom et qui est toujours classique de nos jours (traduction tactile du roulement qui évoque le ronronnement d’un chat). Le rythme de Duroziez associe un frémissement cataire à un roulement diastolique à renforcement présystolique, un dédoublement du deuxième bruit (bruit de rappel), enfin un éclat du premier bruit.

La radiographie est très caractéristique : le ventricule gauche est normal, voire petit ; l’oreillette gauche est grosse, avec un débord droit et un double contour ; enfin, on observe une saillie des cavités droites sous forme d’une convexité de l’artère pulmonaire.

L’électrocardiographie précise le diagnostic en montrant une hypertrophie de l’oreillette gauche et des cavités du cœur droit.

Le cathétérisme confirme l’obstacle mitral et apprécie le degré de rétrécissement. Outre les complications habituelles de maladies valvulaires comme l’insuffisance cardiaque, le rétrécissement mitral expose à des accidents plus fréquents que dans toute affection : la maladie thrombo-embolique, les accidents pulmonaires aigus et les troubles du rythme.
a) La maladie thrombo-embolique. Elle est liée à la formation et à la migration d’un caillot sanguin dans le courant circulatoire. Il s’agit, soit d’embolies pulmonaires (v. plus loin), soit d’embolies artérielles (embolies cérébrale, rétinienne, fémorale par exemple).
b) Les accidents pulmonaires aigus. En plus du banal essoufflement, des accidents d’œdème pulmonaire (rétrécissement mitral oedémateux) éclatent brutalement. Les crachements de sang (hémoptysies) sont fréquents et témoignent souvent d’une embolie pulmonaire.
c) Les troubles du rythme. Le rétrécissement mitral est générateur de nombreux troubles du rythme de l’extrasystole jusqu’à l’arythmie complète par fibrillation auriculaire. Enfin, il faut rappeler le pronostic fâcheux du rétrécissement mitral lors des grossesses (accident gravidocardiaque).

2o L’insuffisance mitrale (I. M.). En raison de la fermeture incomplète de la valvule mitrale, le sang passe, à la systole, du ventricule gauche à l’oreillette gauche. Le principal symptôme de cette affection est un souffle systolique classique « en jet de vapeur » de la pointe (foyer mitral), qui irradie dans l’aisselle gauche.

La radioscopie montre l’oreillette gauche animée d’un mouvement d’expansion dû à la régurgitation sanguine.

L’évolution et le retentissement cardiaque sont fonction de l’importance de l’insuffisance mitrale.

L’I. M. relève de deux origines, qui, du reste, peuvent être associées : une lésion organique et l’insuffisance mitrale fonctionnelle.
a) Une lésion organique. Ce sont principalement le rhumatisme articulaire aigu (surtout fréquent chez les sujets jeunes) et la maladie d’Osler (qui se greffe sur une valve mitrale saine ou malade et entraîne très souvent une rupture de cordages mitraux ou une perforation valvulaire).
Parmi les autres causes, il y a l’infarctus du myocarde et l’athérome (fréquent chez le vieillard). Des cardiopathies congénitales peuvent également s’accompagner d’insuffisance mitrale.
b) L’insuffisance mitrale fonctionnelle. Elle se rencontre lors d’une dilatation du ventricule gauche, telle que la réalise l’insuffisance ventricuiaire gauche. Elle a comme particularité de suivre l’évolution de l’asystolie, c’est-à-dire d’augmenter ou de régresser avec elle.

Enfin le R. M. et l’I. M. peuvent souvent s’associer pour donner une maladie mitrale de pronostic réservé.

• Maladies de la valvule aortique. Elles se répartissent comme précédemment en deux groupes : le rétrécissement et l’insuffisance aortiques (v. aorte).