Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Clovis Ier (suite)

Le problème de la bataille de Tolbiac

Contrairement à une opinion largement répandue, la bataille dite « de Tolbiac » (Tolpiacum ou Tulpiacum) s’est déroulée non pas en Alsace mais en Rhénanie, à Zülpich, à l’ouest de Bonn. Elle opposa non les Francs Saliens mais les Francs Ripuaires aux Alamans, dont la progression vers le nord fut alors arrêtée, en 496, avant d’être définitivement brisée en Alsace par Clovis. L’identification de la bataille de Tolbiac avec la victoire remportée par le roi des Francs Saliens sur les Alamans est le résultat d’une confusion trop longtemps entretenue par le témoignage de Grégoire de Tours. Par contrecoup, il n’est plus possible de considérer le baptême de Clovis comme le résultat du vœu que ce dernier aurait fait au « dieu de Clotilde » de se convertir si celui-ci lui assurait une victoire décisive sur les Alamans à Tolbiac.

Le problème du baptême de Clovis

Fondée sur le témoignage unique de Grégoire de Tours, la croyance en l’existence d’un lien entre la victoire remportée par Clovis sur les Alamans et le baptême de ce souverain par saint Remi, évêque de Reims, est aujourd’hui contestée, à moins de croire que le roi des Francs a mené deux campagnes contre ce peuple, l’une en 495 et 496, attestée par Grégoire de Tours, et l’autre en 505-506, affirmée par Cassiodore.

Deux sources anciennes complètent notre documentation : une lettre par laquelle l’évêque de Vienne, saint Avit, félicite Clovis de sa conversion, qu’il situe le jour de Noël d’une année indéterminée ; une lettre de l’évêque de Trèves, saint Nizier, à la reine lombarde Clodosvinde, petite-fille de ce souverain, et dans laquelle son auteur rappelle que le baptême du roi des Francs aurait eu lieu après un voyage à Tours. Ce voyage ne peut avoir été effectué qu’à la faveur d’une campagne contre les Goths : celle de 506-7, qui aboutit à la conquête de l’Aquitaine, conquête qui est immédiatement postérieure à l’unique campagne menée par Clovis contre les Alamans en 506, selon André Van de Vyver ; celle de 495-496, au cours de laquelle les Alamans sont finalement battus par le roi des Francs Saliens, qui aurait été ainsi baptisé soit le 25 décembre 497 selon Ferdinand Lot, soit le 25 décembre 498 ou le 25 décembre 499 selon Levillain. Cette dernière hypothèse semble plus plausible que la précédente, car la conquête de l’Aquitaine n’aurait pu être aussi facile si Clovis avait été un chrétien trop fraîchement converti pour que lui soit assurée la confiance des populations locales, hostiles à l’arianisme des Goths. Mais si nous accordons encore quelque crédit au témoignage de Grégoire de Tours, il faut supposer que Clovis a mené deux campagnes contre les Goths en Aquitaine (498 et 506-7) et deux autres contre les Alamans (495-6 et 505-6). L’incertitude demeure et les historiens ne s’accordent en fait que pour reconnaître le caractère décisif des interventions de la reine Clotilde et de l’archevêque de Reims, Remi, dans la célébration de ce baptême dont le bénéficiaire a très bien pu comprendre l’intérêt politique. Car il est certain que cet événement joua un rôle déterminant dans l’hégémonie que Clovis finit par imposer à toute la Gaule.

P. T.

➙ France / Francs / Gaule / Mérovingiens.

 G. Kurth, Clovis (Mame, Tours, 1896 ; 3e éd., Dewit, Bruxelles, 1932 ; 2 vol.). / L. Halphen, Grégoire de Tours, historien de Clovis (Champion, 1925). / G. Tessier, le Baptême de Clovis (Gallimard, 1964). / G. Fournier, les Mérovingiens (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1966).

Cluny

Ch.-l. de cant. de Saône-et-Loire, en bordure des monts du Mâconnais ; 4 680 hab. ; célèbre dans l’histoire monastique par son abbaye, centre d’une des plus florissantes branches de l’ordre bénédictin.



Histoire et organisation

Par-delà près de cent ans de dévastations normandes et d’ingérences séculières dans le gouvernement des monastères, Cluny se relie à la réforme carolingienne de Benoît d’Aniane (v. 750-821), premier unificateur du monachisme d’Occident autour de la règle de saint Benoît (capitulaire monastique de 817, puis Concordia regularum). La filiation est même directe, puisque les premiers moines de Cluny et leur abbé Bernon, originaires de Baume-les-Messieurs, venaient de Saint-Martin d’Autun, restauré, par Saint-Savin-sur-Gartempe, fondation de Benoît d’Aniane.

Mais sortent du même fonds les autres mouvements réformateurs, qui ne manquent pas en ce xe s. : en Bourgogne, Saint-Bénigne de Dijon ; en Lotharingie, Brogne près de Namur, Gorze près de Metz, Saint-Vanne de Verdun et Stavelot ; dans l’Ouest, Jumièges, Saint-Evroult et Fleury, sur la Loire. Comme au surplus tous ces monastères, même s’ils ne sont pas liés juridiquement, ne sont pas sans se connaître et s’apprécier, le jeu mutuel des influences est fort complexe.

Si donc elle n’est pas isolée, d’où vient que la réforme clunisienne prédomine si massivement ? On a fait valoir certains atouts, réels sans doute, mais non décisifs : le lieu, la charte de fondation, une succession de grands abbés, l’organisation.


Le lieu

De fait, la paisible vallée de la Grosne est assez à l’écart de la grande voie de communication Saône-Rhône pour préserver la vie contemplative ; mais, en même temps, c’est une manière de centre géographique entre la France (des premiers Capétiens) et l’Empire germanique (venant alors jusqu’au bord de la Saône), entre la Bourgogne et les pays rhodaniens et italiens ; sans compter que, par l’Auvergne et l’Aquitaine, on communique avec l’Espagne (routes de pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle). Les relations et la propagation même du mouvement clunisien suivront ces grands axes.


La charte de fondation

Datée de septembre 910 (ou, suivant d’autres calculs, de 909 ou de 911), cette charte, octroyée aux moines bénédictins par le propriétaire du lieu, Guillaume d’Aquitaine, comporte une clause essentielle : que le monastère serait exempt, donc libre des ingérences épiscopales, seigneuriales ou royales, notamment dans l’élection de l’abbé. Ce n’est pas un petit privilège à l’époque où l’abus de la « commende », qui va se maintenir jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, fait des riches abbayes la proie des « clients » du pouvoir. Placer Cluny sous la seule dépendance du pontife romain, c’est lui assurer une juste liberté, le pape étant assez lointain et haut placé pour garantir plutôt qu’entraver son autonomie. Cluny s’engage en revanche à soutenir le gouvernement papal, et l’abbaye ne faillira point à ce devoir lors de la querelle des Investitures, comme plus tard, lors du schisme d’Anaclet, quand Cluny prendra parti pour Innocent II avant que saint Bernard ne s’y rallie.