Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Cleveland (Grover)

Homme d’État américain (Caldwell, New Jersey, 1837 - Princeton 1908).


Grover Cleveland s’établit à Buffalo en 1855 et s’inscrit au barreau en 1859. Démocrate unioniste, il est hostile à la sécession et au radicalisme de certains abolitionnistes. Élu shérif du comté de l’Érié en 1870, il manifeste son indépendance en luttant contre la concussion. Puis, grâce à son métier d’avocat, il mène dans l’aisance une vie partagée entre sa profession, les réunions du parti et la dégustation de la bière.

Sérieux et appliqué, il incarne l’image du démocrate dévoué à la cause du gouvernement juste et honnête. En 1881, il est élu maire de Buffalo. Son action énergique dans les affaires municipales le fait élire au poste de gouverneur de l’État (1882). Devenu une figure nationale, d’autant plus que son opposition à Tammany Hall lui attache les sympathies de nombreux indépendants, il rassemble les espoirs du parti lors des élections présidentielles de 1884.

Sa victoire met fin à vingt-cinq ans de suprématie républicaine. Battu en 1888 (bien qu’il ait obtenu plus de suffrages populaires que son adversaire), il prend sa revanche en 1892. Il est donc le 22e président des États-Unis (1885-1889) et le 24e (1893-1897).

Le président Cleveland poursuit la réforme du service public en augmentant le nombre des postes attribués selon le mérite et fait reculer le « spoils system ». Favorable à l’abaissement des droits de douane, il se heurte à une forte opposition qui est parvenue à accroître le protectionnisme. D’ailleurs, si les mêmes problèmes se posent au cours de ses deux mandats, le contexte change après 1890 avec l’explosion de la crise populiste. Cleveland ne saisit pas l’urgence du programme populiste : il s’emploie à sauver l’étalon-or et le monométallisme. L’agitation ouvrière l’inquiète au point qu’il fait intervenir les troupes fédérales en 1894 pour arrêter la grève des chemins de fer à Chicago. Sa politique extérieure est plus heureuse : il parvient à imposer son arbitrage à la Grande-Bretagne dans la question des frontières du Venezuela et ouvre la voie au « grand rapprochement » des deux nations anglo-saxonnes. Par contre, il refuse en 1893 l’annexion d’Hawaii et déçoit les forces favorables à l’impérialisme.

Aussi Cleveland est-il responsable de l’éclatement du parti démocrate en 1896 et du succès à la convention nationale de William Jennings Bryan, auquel les populistes se sont ralliés. Bryan est battu par le républicain William McKinley, mais au-delà des vieux partis traditionnels un nouveau clivage politique s’est produit. Préférant l’ordre au mouvement, les réformes de l’administration à celles de la société, Cleveland a manqué d’imagination. Mais son autorité et son énergie ont ouvert la voie au renforcement du pouvoir exécutif.

A. K.

➙ Démocrate (parti) / États-Unis.

 A. Nevins, Grover Cleveland, a Study in Courage (New York, 1933).

clicherie

Confection de duplicata des clichés typographiques obtenus par photogravure ou des textes composés avec des caractères en plomb.


Ses buts sont divers : conserver intacts les originaux, qui s’useraient pendant le tirage, obtenir des clichés cintrés pour les rotatives, multiplier le nombre des clichés pour imprimer plusieurs poses sur la même feuille et grouper sur un même cliché textes et illustrations d’une page entière.

Sur l’original ou sur la forme d’impression typographique, on prend une empreinte à partir de laquelle on peut obtenir :
— un stéréo en alliage d’imprimerie plomb-antimoine-étain, par coulée dans un moule (c’est la stéréotypie) ;
— un galvano en cuivre, par dépôt électrolytique (c’est la galvanotypie, appelée encore électrotypie) ;
— un cliché ou stéréo en caoutchouc ou en plastique.


Stéréotypie

La stéréotypie remonte aux essais de l’imprimeur parisien Guillaume Amable Valleyre († 1737), qui, vers 1700, coulait du cuivre dans une empreinte en argile et obtenait des clichés pour imprimer un livre d’heures. William Ged (1690-1749) d’Edimbourg, vers 1725, se servait d’un mélange à base de plâtre. Pendant la Révolution, on essaya la stéréotypie pour l’impression des assignats. À partir de 1798, Firmin Didot (1764-1836) l’utilisa pour ses éditions d’œuvres classiques. En 1829, Claude Genoux (1811-1874), à Lyon, imagina de prendre une empreinte sur des feuilles de carton mélangées à des couches d’argile. La stéréotypie avait trouvé à quelques détails près sa forme définitive : empreinte en carton, coulée de plomb dans un moule. Les premiers clichés cylindriques (coulées cintrées) ont été montés sur rotatives à Londres en 1856. C’est encore le procédé universellement employé par l’imprimerie de presse pour l’impression des quotidiens sur rotatives typo. L’imprimerie de labeur se sert de stéréos plans pour les livres et les travaux de qualité ordinaire à tirages moyens.

La matrice sur laquelle on prend l’empreinte de la forme d’impression à reproduire est le flan, carton suffisamment plastique pour pénétrer dans le détail des creux et capable de supporter ensuite le contact du métal en fusion à plus de 300 °C. La prise de l’empreinte à chaud est faite dans une presse hydraulique ou mécanique, sous une pression de l’ordre de 100 bars, à une température de 120 à 150 °C, pendant quelques minutes. Des précautions spéciales sont nécessaires pour compenser, pour diminuer et même pour supprimer le retrait du flan lors de son séchage. L’emploi de flans secs et de flans sans garnissage accentue l’un des avantages du procédé, sa rapidité d’exécution. Sur le flan, placé dans un moule chaud, on coule l’alliage plomb-antimoine-étain, un même flan pouvant servir à de nombreuses coulées. La finition du cliché comprend le débitage, la mise d’épaisseur, le biseautage des bords, l’approfondissement des parties qui ne doivent pas imprimer, au moyen de scie à ruban, de planeuse, de raboteuse, de fraiseuse. Cette finition est automatique dans la clicherie des quotidiens, où une machine à rectifier l’effectue tout en refroidissant le cliché. Pour augmenter la résistance de la surface imprimante du stéréo, c’est-à-dire pour assurer des tirages plus longs et plus réguliers, on y fait un dépôt électrolytique de nickel ou occasionnellement de chrome. Un stéréonickel imprime des images plus nettes et mieux encrées qu’un stéréo brut.