Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

classe sociale (suite)

 K. Marx et F. Engels, Manifest der kommunistischen Partei (Londres, 1848 ; trad. fr. Manifeste du parti communiste, Éd. sociales, 1948). / G. Lukács, Geschichte und Klassenbewusstsein (Berlin, 1923 ; trad. fr. Histoire et conscience de classe, Éd. de Minuit, 1960). / R. Bendix et S. M. Lipset (sous la dir. de), Class, Status and Power. A Reader in Social Classification (Chicago, 1953 ; nouv. éd., 1966). / R. Dahrendorf, Soziale Klassen und Klassenkonflit in der industriellen Gesellschaft (Stuttgart, 1957). / L. Reissman, Class in American Society (Glencoe, 1959 ; trad. fr. les Classes sociales aux États-Unis, P. U. F., 1963). / M. Bouvier-Ajam et G. Mury, les Classes sociales en France (Éd. sociales, 1963). / R. Aron, la Lutte de classes (Gallimard, 1964). / G. Gurvitch, Études sur les classes sociales (Gonthier, 1966). / N. Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales de l’État capitaliste (Maspero, 1968). / R. Cornu et J. Lagneau, Hiérarchies et classes sociales (A. Colin, 1969). / A. Touraine, la Société post-industrielle (Denoël-Gonthier, 1969) ; la Production de la société (P. U. F., 1974). / J. Delmarle, Classe et lutte des classes (Éd. ouvrières, 1973).

classicisme

Il en est de cette notion mal définie dans le temps et dans l’espace comme de tous les termes généraux qui sont d’autant plus vagues qu’ils nous sont familiers : il est malaisé d’élucider ce qu’elle recouvre. Pour l’opinion commune, serait classique toute œuvre grande et belle qui aurait subi l’épreuve des ans, toute œuvre qui présenterait un caractère esthétique manifeste et confirmé par le jugement des siècles. Mais, à ce compte, n’importe laquelle des plus admirables productions de l’esprit humain serait classique : à divers titres, les œuvres de Shakespeare, de Dante, de Dostoïevski en seraient les exemples les plus probants, tout comme celles des meilleurs écrivains dits « romantiques ». Accorder le brevet de classicisme à la seule beauté reconnue et éprouvée par le temps conduit ainsi vers des contradictions et des confusions. Si l’on cherche à serrer la notion de plus près, on s’aperçoit que, pour un bon nombre d’œuvres, il vaut mieux parler d’une « tradition classique » : c’est-à-dire qu’elles sont belles en soi, que l’histoire a ratifié le jugement des contemporains, mais que, cela posé, elles offrent aussi les signes évidents de la mesure, du goût de la discrétion, toutes qualités appuyées par la pureté de l’expression. En ce sens, le classicisme serait alors la traduction fine et nuancée de sentiments éternels transposés par la perfection d’un art. Ajoutons le sens de la rigueur et de l’ordonnance, ce qui implique un réflexe de méfiance à l’égard de tout ce qui est instinctif, primaire et non contrôlé.


Le classicisme littéraire


Un classicisme français

Il reste qu’il est nécessaire de compléter des définitions encore trop imprécises et de leur trouver un champ d’application dans l’histoire de notre littérature. Si l’on part de la signification première du mot, est « classique » l’auteur lu dans les classes, c’est-à-dire l’écrivain commenté dans les collèges. C’est ainsi que, pour le xviiie s. français tout entier, les auteurs classiques sont ceux qui apparaissent aux nouvelles générations littéraires comme des modèles à suivre. Voltaire sera le premier à affirmer son attachement à l’idéal du siècle de Louis XIV. Cette limitation dans le temps de la notion de classicisme sera confirmée un siècle plus tard, lorsque les romantiques, en soulignant les divergences entre les deux « écoles », mettront en évidence ce qui les oppose au Grand Siècle et à sa conception de l’œuvre d’art. En fait, ni le xviiie ni le xixe s. ne se trompent quand ils situent le classicisme sous le Roi-Soleil : au sens strict, le classicisme représente bien la période de la littérature et de l’art français qui s’étend de 1661 à 1685, correspondant ainsi à l’apogée du pouvoir absolu. Il n’est pas indifférent de remarquer que ce phénomène d’une pluralité d’écrivains — et d’artistes — partageant des convictions morales et esthétiques communes est simultané à un moment de l’histoire où le gouvernement est au faîte de sa puissance. À la limite, on pourrait penser qu’un régime fort, bien loin de stériliser les beaux-arts, entraîne au contraire une incroyable variété de talents. Disons que, de même que la gloire de Louis XIV est l’aboutissement de la lente maturation de la monarchie sous Henri IV, puis sous Louis XIII, le classicisme est le point d’arrivée et la conjonction de réflexions et d’hésitations de nombreux écrivains agités par de multiples courants de pensée. On ne saurait considérer son apparition comme un produit du hasard. Elle est le fruit de la nécessité, la manifestation de cette logique interne qui veut que du désordre et des incertitudes naisse une expression cohérente et dont la magnificence est la réplique de la force éclatante du gouvernement qui la voit naître. Nietzsche pensait que toute civilisation aristocratique a pour corollaire l’épanouissement d’un certain degré de classicisme. Sa présence est, selon lui, liée à une époque de pouvoir absolu : quand une civilisation est forte, elle va vers le classicisme à mesure qu’elle s’affirme ; en revanche, elle glisse vers le baroque lorsqu’elle est insatisfaite et cherche à se renouveler.

Le classicisme, phénomène français ? À vrai dire, ses incidences étrangères sont peu nombreuses. Il n’est pas question de parler d’un classicisme européen, mais plutôt d’un ajustement de l’idéal de la France aux aspirations nationales de quelques pays. L’influence française n’est pas négligeable en Italie et en Espagne : mais rares sont les chefs-d’œuvre qu’elle y a suscités. Si l’Angleterre a vu Dryden, puis Addison et Pope, si l’Allemagne a donné Wieland, il s’agit là d’auteurs originaux, sans doute, mais exceptionnels, qui ont plus ou moins assimilé les canons de l’esthétique française en fonction des exigences de leur sol natal. L’éclat de ces isolés est bien moins vif que celui des écrivains qui vécurent en France sous le plus grand des rois.