Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cirque (suite)

L’idée d’un chapiteau naquit d’un besoin. Les premières troupes de cirque modernes donnaient leurs représentations dans des lices, dans des carrières ou sur des places publiques et étaient naturellement victimes des intempéries, ce qui les amena à chercher un toit. Elles s’abritèrent tout d’abord dans des granges, des hangars ; puis des constructions plus appropriées furent édifiées, et des charpentiers locaux montèrent, sur commande, des cirques dont les structures étaient revendues aux habitants après le départ des troupes.

En Amérique, la recherche d’une solution pour parer au prix du bois inspira l’idée du chapiteau, longtemps appelé tente américaine en raison de son origine. Les premiers chapiteaux étaient très différents de ceux que nous connaissons ; ils étaient nommés parapluies, image juste puisqu’il s’agissait d’une bâche soutenue en son milieu par un mât unique, les pans de toile rejoignant directement le sol. Puis ces pans furent relevés par des mâts intérieurs, et plus tard prirent appui sur des mâts de côté, ce qui nécessita l’adjonction d’une toile de pourtour.

Peu à peu, les chapiteaux s’agrandirent. Au « parapluie » à un mât succédèrent la tente ovale à deux mâts, puis le « big top » à quatre, six, huit mâts en long. Cette forme de montage autorisa la multiplication des pistes. Certains établissements ambulants d’outre-Atlantique, tels Ringling-Barnum et Bailey, présentent ainsi le spectacle sur trois pistes, entre lesquelles s’intercalent deux plateaux.

Pour les cirques européens à piste unique, le montage le plus rationnel est celui dit « du 4 mâts au carré ». Là, les gradins cernent vraiment la piste, et la visibilité est donc la meilleure possible à toutes les places.

La piste a généralement treize mètres de diamètre, et cela dans presque tous les cirques du monde. Cette dimension a été adoptée pour autoriser les numéros équestres à se produire dans n’importe quel établissement sans adaptation spéciale ; elle a été choisie en référence à la longueur des chambrières (fouets) employées à l’origine dans les manèges.

La piste de cirque est habituellement faite de sable ou de sciure de bois, sauf dans quelques cirques fixes où elle est recouverte d’un tapis-brosse.

En France, les enseignes les plus populaires sont, depuis le début du siècle, celles qu’animaient ou animent encore les dynasties Loyal, Amédée, Plège, Fanni, Zanfretta, Bureau, Glasner, Figuier, Beautour, Prin, Gruss-Jeannet et toujours Rancy, Amar, Bouglione, Spiessert-Pinder, Jean Richard.

La plupart des cirques d’aujourd’hui sont des cirques-ménageries ; c’est une fusion qui se fit lorsque les fêtes foraines n’eurent plus la vogue qu’elles avaient avant la Première Guerre mondiale. En ce temps-là, il y avait des cirques et des ménageries, et ces dernières étaient parfois de très importants établissements travaillant même en « ville-morte », c’est-à-dire hors des fêtes ; maintenant, les ménageries solitaires n’existent pratiquement plus, et les programmes de cirque se sont enrichis de leurs exhibitions et du spectaculaire travail des fauves.


Le cirque à l’étranger

Dès qu’Astley eut remis le cirque à la mode, il fit rapidement école. En Angleterre, l’un des artistes de sa troupe, Hughes, fut son premier concurrent et créa un Royal Circus dont la popularité se maintint jusqu’en 1895. Cet établissement a sa place dans l’histoire du cirque contemporain, car il présentait une innovation : une scène jouxtant sa piste autorisait une meilleure présentation des tableaux nécessitant des décors.

Les grands noms du cirque anglais furent ou sont encore ceux de Ginett, Pinder, Sanger, Rosaire, Fossett, Mills, Billy Smart, Tom Arnold, Chipperfield, Robert bros., Wilkie. L’un des établissements le plus populaire est le Tower Circus de Blackpool, qui, installé entre les pieds d’une « tour Eiffel » en réduction (140 mètres), présente un même spectacle sept mois de l’année à raison de deux ou trois représentations par jour.

En Écosse, les jeux de la piste sont accueillis de longues semaines au Kelwin Hall de Glasgow et au Wewerley Market d’Édimbourg.

En Irlande, on estime beaucoup le cirque ambulant de Duffy.

En Amérique, le cirque, qui devait prendre des proportions gigantesques, fut, comme en France, une importation anglaise. La première bâtisse consacrée au cirque fut édifiée en 1785 à Philadelphie. Un certain monsieur Poole en était le directeur et le principal artiste ; il exécutait divers exercices sur trois chevaux avec un clown en intermède.

C’est en 1792 que John William Ricketts, écuyer célèbre du cirque anglais Hughes, donna vraiment aux Américains le coup d’envoi de la mode du cirque en s’installant avec sa compagnie, lui aussi, à Philadelphie.

La vraie popularité de ce spectacle ne commença qu’après 1820, lorsqu’un cordonnier nommé Aaron Turner eut l’idée de remplacer les constructions par une tente. Cette trouvaille fit que les routes américaines furent, de 1820 à 1880, sillonnées de cirques, ainsi que les rivières, car il y eut des « show boats » (des théâtres flottants) consacrés au cirque, notamment le Floating Palace de Gilbert Spaulding, auquel le cirque doit beaucoup.

Spaulding eut également le premier l’idée, en 1856, de faire circuler les voitures de son cirque sur la voie ferrée, et c’est lui aussi qui, en 1857, inventa les mâts secondaires, ou « quaderpoles », qui soulevaient la tente initiale d’Aaron Turner en l’agrandissant, ouvrant l’horizon à toutes les améliorations et extensions qui s’épanouirent dans les chapiteaux géants que devaient concevoir Phineas Taylor Barnum (1810-1891), ses associés (Coop-Castillo) et ses disciples et successeurs, les frères Ringling.

Un autre nom célèbre du cirque américain est celui de William Frederick Cody, dit Buffalo Bill (1846-1917). En vérité, l’exhibition qu’il présentait pour perpétuer ses exploits et ceux que la légende lui prêtait n’était pas un vrai spectacle de cirque ; toutefois, étant donné sa conception presque exclusivement équestre et son esprit militaire, elle retournait aux sources, rappelant ce qui se faisait, à l’origine, chez Astley (maniement d’armes, charges de cavalerie, figures de batailles).

De nos jours, la plupart des cirques américains sont paradoxalement infidèles à la « tente américaine » ; ils se présentent, selon leur importance, dans des coliséums ou dans des auditoriums.