Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

circulation (suite)

Les modifications physiologiques de la grande circulation sont d’une part des augmentations du débit global, d’autre part des modifications de la répartition du débit sanguin entre les différents territoires. Cependant, des territoires sont prioritaires. Ce sont, dans l’ordre hiérarchique : le cerveau, le cœur, le rein ; quels que soient par ailleurs les besoins en sang des autres organes, leurs besoins doivent être assurés et, s’il le faut, aux dépens des autres organes.

Le débit sanguin augmente dans les organes digestifs pendant la digestion, dans les muscles qui sont en travail, dans la peau quand la déperdition calorique augmente.

Dans l’ensemble des « circulations » locales branchées sur la grande circulation, il faut isoler : les systèmes portes du foie (v. veine porte*) et de l’anté-hypophyse, qui ont la particularité d’assurer la circulation entre deux lits capillaires ; le système circulatoire tubulorénal, qui fait suite à l’arborisation intraglomérulaire et qui participe aux échanges par contre-courant (v. rein) ; enfin, la vascularisation bronchique, qui est largement anastomosée avec la petite circulation, au point que les veines bronchiques ne ramènent que la moitié du sang apporté par les artères bronchiques (le reste passe dans les veines pulmonaires).


Les artères et la circulation artérielle

Les artères sont les vaisseaux partant du cœur et conduisant le sang sous pression aux organes.

La topographie du système artériel est très variable selon les groupes zoologiques. Chez l’Homme et les Mammifères, deux grosses artères partent du cœur. L’artère pulmonaire part du ventricule droit et conduit le sang carbonaté aux poumons (petite circulation). L’aorte part du ventricule gauche et distribue le sang oxygéné aux organes (grande circulation) par l’intermédiaire d’artères de moyen calibre : artères coronaires irriguant le muscle cardiaque lui-même ; artères carotides irriguant la tête ; artères sous-clavières, les bras ; artère cœliaque, la rate, l’estomac et le foie ; artère mésentérique, l’intestin ; artères rénales, les reins ; artères iliaques, les membres postérieurs ou inférieurs.


Les facteurs de la circulation artérielle

• La contraction cardiaque. Elle lance dans le système artériel une ondée sanguine saccadée d’environ 70 cm3 de sang, 70 fois par minute.

• L’élasticité des grosses et moyennes artères. Elle transforme ce débit intermittent en un débit continu en fusionnant les secousses imprimées à la masse sanguine par les contractions ventriculaires. En même temps, elle économise le travail du cœur en augmentant le débit pour une même dépense d’énergie.

• La contractilité des petites artères. Due aux fibres musculaires lisses circulaires, elle fait varier leur calibre, donc leur débit. Cette vaso-motricité est sous la dépendance du système nerveux végétatif : le sympathique est vaso-constricteur, le parasympathique est vaso-dilatateur. La double innervation de leurs fibres musculaires lisses permet donc à ces artères de régler le débit sanguin en adaptant leur calibre à l’activité et aux besoins des organes qu’elles irriguent.

• La pression artérielle. Le système artériel est caractérisé par sa faible contenance et sa haute pression. Cette pression artérielle élevée résulte de deux forces antagonistes : le débit cardiaque, qui propulse le sang dans les artères, et la résistance des artérioles et des capillaires au passage de ce sang. Sa valeur n’est pas constante en un point donné : le sang étant liquide, donc incompressible, cette pression, minimale pendant la diastole cardiaque, se traduit par une dilatation élastique des parois de l’aorte et des grosses artères, qui développent des forces de rappel ; elle augmente donc au moment de la poussée systolique, qui lance brusquement le sang dans le système artériel, pour atteindre bientôt sa valeur maximale. Pression maximale (pression systolique) et pression minimale (pression diastolique) varient selon les espèces, selon les individus d’une même espèce ; chez un même individu, selon la distance au cœur, la position du corps, l’état de veille ou de sommeil, le moment de la mesure par rapport aux repas, l’âge, enfin selon l’état fonctionnel du cœur et des artères. Les valeurs normales de la pression au niveau de l’artère humérale d’un Homme adulte sont de 14-15 cm de mercure (pression maximale) et 8-9 cm de mercure (pression minimale).

• Le pouls artériel (qu’il ne faut pas confondre avec l’écoulement sanguin). C’est une onde de choc due à la butée de l’ondée sanguine lancée par la contraction ventriculaire contre la masse sanguine déjà contenue dans l’aorte. Cette onde se propage le long des parois artérielles à la vitesse de 9 m/s (indépendante de celle du sang : 0,3 m/s).

La découverte de la circulation du sang

William Harvey, médecin anglais (Folkestone 1578 - Londres 1657), anatomiste et chirurgien, attaché aux rois Jacques Ier et Charles Ier, a tout le mérite de cette découverte. Dans son Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus (1628), il affirme, après ses nombreuses observations des blessés et ses expériences de vivisection, que c’est bien du sang, analogue à celui des veines, qui se trouve dans les artères (et non l’air des poumons). Il démontre le rôle des valvules mitrale, tricuspide et sigmoïdes dans l’orientation du flux sanguin. Surtout, il dit que les veines seraient vidées et les artères surchargées si le sang ne passait pas de celles-ci à celles-là dans les « porosités des tissus » (les capillaires). Après la petite circulation, pulmonaire, décrite par M. Servet (1511-1553), c’est tout le mouvement circulaire du sang qui se trouve établi avec la grande circulation. Très critiqué, notamment par J. Riolan (v. 1577-1657), et malgré de nombreuses vicissitudes liées à celles du roi en lutte contre le Parlement, Harvey verra, à la fin de sa vie, la victoire des « circulateurs » sur les « anticirculateurs ».