Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cinéma (suite)

La couleur

Dès les tout débuts du cinéma, les films furent couramment agrémentés de la couleur. On peignit tout d’abord les images à la main (Emile Reynaud), chaque image étant coloriée séparément. Peu de temps après (1903), on utilisa des procédés de coloriage au pochoir, ce qui rendit le travail de réalisation plus rapide.

Ensuite, la majorité des films muets furent « teintés » et même parfois comportèrent deux teintes superposées, une produite par la coloration du support, l’autre par le virage de l’émulsion. Ainsi, les scènes de nuit étaient-elles tirées en bleu, le manque de sensibilité des pellicules et la petite ouverture relative des optiques de prise de vues interdisant le tournage de scènes de nuit réelles ; les scènes de verdure ou aquatiques étaient tirées en vert, les scènes d’incendies en rouge, etc.

Dès 1897, on chercha à reproduire photographiquement la réalité des couleurs (inventions de l’Allemand H. Isensee et de l’Anglais William Friese-Greene) ; puis G. A. Smith inventa le Kinemacolor, qui utilisait la bichromie (le vert et le rouge se superposaient alternativement, les images défilant à une cadence doublant la vitesse).

Le procédé « Gaumont » (1911), qui suivait de peu le « Pathécolor », appliqua la trichromie. Pourtant, c’est seulement dans les années 20 qu’aux États-Unis Herbert T. Kalmus vulgarisa le premier procédé industriel de grande diffusion commerciale, le Technicolor.

Les différents procédés de cinématographie en couleurs peuvent être groupés en deux grandes familles : la méthode dite « additive » et la méthode dite « soustractive ».


Procédés additifs optiques

Suivant le principe de l’analyse trichromique (sur les trois couleurs de base), on tire trois bandes positives complémentaires, sélectionnées en projection au moyen de filtres colorés disposés sur trois objectifs différents. Les couleurs des trois sélections se superposent et s’additionnent sur l’écran (Rouxcolor). Le défaut principal de ce procédé est une superposition imparfaite ; d’où une netteté insuffisante, des bavures et des franges.


Procédés additifs photochimiques

On part de la môme synthèse que précédemment, mais la sélection des couleurs se fait par une couche spéciale déposée sur la pellicule entre le support et l’émulsion (grains très fins et très serrés de fécule de pomme de terre, colorés en vert, rouge et jaune). La restitution des couleurs se fait par transparence (Agfacolor 16 mm).


Procédés soustractifs

On utilise une émulsion à trois couches superposées, chaque couche étant sensibilisée à une des trois couleurs fondamentales ; les images pigmentaires sont sélectionnées à la prise de vues.

Pour le tirage des copies positives, on est obligé, en vue de conserver une transparence optimale au faisceau lumineux du projecteur, d’utiliser trois matrices monochromes de couleurs complémentaires (donc opposées) de celles qui ont été retenues à la prise de vues. Afin de parvenir à ce résultat, on emploie le plus souvent une sélection par filtres colorés, après un stade intermédiaire de traduction en matrices sélectives, dosées sur positifs noir et blanc.

Le tirage définitif est obtenu par transformation des données noires, grises et blanches en images colorées (par virages et développements chromogènes). Le correspondant du rouge est alors transformé en colorant transparent bleu-vert (complémentaire du rouge) ; le vert est transformé en magenta (complémentaire du vert), et le bleu en jaune (complémentaire du bleu). La superposition des trois données sur une même pellicule positive procure le résultat final. L’appareil de projection peut donc utiliser un film unique, passant devant un seul objectif. Les procédés suivants se rattachent à cette méthode : Eastmancolor (procédé très utilisé, dont le tirage positif s’effectue de plus en plus par report sur positif), Technicolor (qui semble se préserver plus longtemps), Agfacolor 35 mm (et ses dérivés : Anscocolor, Sovcolor, Ferraniacolor, Gevacolor), De Luxe Color, Metrocolor, Warnercolor. Un des ancêtres fut le Kinemacolor (1907-1915), de l’Anglais George Albert Smith.


Le Technicolor

Ce procédé fut inventé par l’ingénieur américain Herbert T. Kalmus (1881-1963), qui fonda avec sa femme et collaboratrice Nathalie Kalmus (1887-1965) la société Technicolor en 1915. Leurs premiers films datent de 1917. Les premiers longs métrages tournés avec le procédé Technicolor furent, en 1925 et 1926, le Pirate noir (avec Douglas Fairbanks senior) et la Reine vierge. Mais ce n’est qu’à partir de 1934, aux États-Unis, que commença l’essor du Technicolor, grâce à deux films : la Cucaracha (moyen métrage) et Becky Sharp (1935), long métrage réalisé par Rouben Mamoulian.

Le procédé fut perfectionné depuis grâce à une meilleure et plus exacte superposition des couleurs et à l’ajout d’une pellicule intermédiaire grise. Le Technicolor, qui reste très répandu, est un procédé soustractif. Il utilise une caméra déroulant simultanément trois bandes de pellicules (donc lourde et encombrante). Un système sélecteur à trois filtres permet d’enregistrer la couleur primaire sur chacune des bandes ; il n’y a qu’un seul objectif de prise de vues, mais il est complété par deux prismes renvoyant deux images supplémentaires semblables. Au tirage, on obtient trois positifs-matrices, qui, au développement, déchargent leur mince relief de gélatine colorée sur une copie positive finale trichrome.

Avant l’Ektachrome et l’Eastmancolor, la firme Kodak avait lancé le Kodacolor et surtout le Kodachrome, procédé qui est toujours utilisé et qui simplifie l’Eastmancolor (trois couches colorées sur une seule pellicule inversible). Sa fragilité et l’impossibilité de pouvoir tirer des copies directes rendent son emploi réservé aux cinéastes amateurs.


Autres procédés

Pour mémoire, il faut signaler d’autres systèmes de cinéma en couleurs, qui, pour la plupart, furent abandonnés après un temps d’utilisation plus ou moins long et heureux : citons Comi-Color (bi-chrome, États-Unis), Pathécolor (France et États-Unis), Keller-Dorian, Gasparcolor, Trucolor (dont le film le plus connu fut Johnny Guitare, de Nicholas Ray).

Presque tous les procédés en couleurs en usage actuellement peuvent être améliorés et équilibrés au tirage, et cela grâce à des corrections chromatiques en partant de sélectives (petits films positifs couleurs servant d’étalons de base pour corriger le négatif couleurs à l’aide d’une gamme de filtres colorés transparents).

Pour la prise de vues en couleurs, il n’est pas inutile que le directeur de la photographie se serve d’un thermo-colorimètre, appareil servant à mesurer la température des couleurs et de la lumière.