Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cinéma (suite)

Formats de l’image projetée

1o Format normal : rapport 1 × 1,33.
2o Formats « panoramiques ». Les rapports les plus courants sont 1 × 1,66, 1 × 1,75 et 1 × 1,85.
3o Formats « scope » (par anamorphose de l’image). Initialement, pour les films à son magnétique seul, le format était 1 × 2,55. Depuis leur normalisation par amputation (réemploi d’une piste sonore photographique « optique »), le format est 1 × 2,20.

Certains procédés « scope » eurent un rapport moins élargi, soit 1 × 2 environ.

On a pu remarquer que bien des salles se contentent d’avoir seulement deux jeux de formats : le format scope et un format panoramique. Cette pratique est mauvaise, puisque les films tournés en format image 1,33 (soit tous les films anciens et de nombreux films récents) voient leur image initiale réduite et mutilée dans le sens de la hauteur.


Les émulsions

L’émulsion est une couche plus ou moins sensible aux rayons lumineux, constituée en grande partie de bromure d’argent et déposée sur la surface d’un des côtés de la bande cellulosique (support).

Cette couche impressionnable fut tout d’abord orthochromatique (non sensible au rouge). Vers 1927 parut une nouvelle émulsion, sensible à toute la gamme des couleurs, avec cependant une faiblesse dans les verts : c’est celle qui est de loin la plus utilisée maintenant (panchromatique).

La sensibilité des émulsions est devenue de plus en plus rapide ; elle permet donc l’utilisation de sources lumineuses de plus en plus faibles. Désormais, il sera possible de capter la réalité la plus sombre sans palliatifs et éclairages d’appoint (et sans traitement spécial au développement).

Le grain des émulsions (les sels d’argent étant des cristaux) devient de plus en plus fin (ce qui augmente le pouvoir de « définition », donc la finesse et la netteté du rendu photographique). Jusqu’à présent, plus le grain était gros, plus, en principe, la rapidité du film était grande.

Les sociétés les plus connues dans la production des émulsions sont : le groupe Kodak-Eastman-Pathé (aux États-Unis et dans beaucoup de pays) ; le groupe Du Pont de Nemours, considéré comme donnant la meilleure qualité, mais difficilement disponible ailleurs qu’aux États-Unis ; le groupe Agfa (Allemagne) ; Gevaert (Belgique) ; le groupe Ferrania (Italie) ; Bauchet (France). Il convient d’y ajouter Ansco, Perutz, Lumière, etc.

Tous les travaux sur format 35 mm (et 70 mm) suivent le même processus : pellicule négative pour la prise de vues ; tirages sur pellicule positive pour la projection.

Cependant, le procédé le plus répandu pour les cinéastes amateurs (dans les formats réduits 8 mm, super 8, 9,5 mm et 16 mm) est le film « inversible », où la même pellicule sert à la prise de vues (négatif) et à la projection (positif, après traitement par inversion en laboratoire de tirage). Les films inversibles se prêtent moins favorablement au tirage postérieur de copies.

En laboratoire, des films de format réduit peuvent être agrandis (« gonflés ») par report sur pellicules de normes plus grandes (tout comme celles-ci peuvent être « réduites » sur pellicules de format inférieur).


Le développement

Le procédé de base est le même que pour la photographie. Devant la nécessité industrielle de traiter de grandes longueurs, les laboratoires spécialisés utilisent de très grandes machines perfectionnées qui développent les films en « continu » dans les différents bains de traitement, puis de lavage et de fixage ; la chaîne se termine par le passage dans un séchoir par courant d’air chaud, avec dépoussiérage, et enfin par un laquage protecteur de la pellicule.

Le même procédé pourrait servir aussi bien pour le développement des films négatifs que des copies positives. Toutefois, les tireuses se chargent de développer et de traiter les copies positives d’exploitation à un débit pouvant dépasser 1 000 m/h par machine. La tireuse rectifie l’intensité lumineuse du développement photographique, afin de donner un ensemble équilibré et de modifier éventuellement les écarts faits à la prise de vues (ou, au contraire, renforce certains contrastes entre séquences si le réalisateur désire cet effet). Cet équilibrage s’appelle étalonnage. (En laboratoire, on peut renforcer au développement des images trop sombres. Ce procédé s’appelle latensification.)

La même tireuse effectue le report, sur le film, du son à partir d’un enregistrement initial sur bande séparée qui a servi au cours du montage et du mixage.

Le Cinémascope et ses variantes

Le procédé du Cinémascope est dérivé de l’invention du Français Henri Chrétien ; il fut essayé en 1926-27 à des fins essentiellement militaires (champs de visée plus larges pour utilisations aériennes et élargissement de l’angle de visibilité dans les chars de combat). Le premier type d’objectif réalisé sous la direction du professeur Chrétien prit le nom d’Hypergonar. Le principe réside dans l’utilisation d’une lentille hémisphérique comprimant l’image par anamorphose (d’où, par la suite, le nom d’anamorphoseurs donné parfois à ces ensembles optiques qui servent à la « compression » des images à la prise de vues et, selon le principe inverse, à leur « extension » à la projection).

Un premier film expérimental, à l’intention du public (Construire un feu), fut réalisé par Claude Autant-Lara entre 1926 et 1928 : l’image y était « développée » non seulement dans le sens horizontal, mais également dans le sens vertical par simple rotation de l’objectif anamorphoseur.

Un autre film fut également tourné en France une dizaine d’années plus tard et projeté sur un écran horizontal géant, dressé en plein air, au fond des jardins du Champ-de-Mars, lors de l’Exposition universelle de Paris en 1937. Il fallut attendre 1953 pour que, inquiété par l’extension de la télévision, Spyros Skouras, alors « executive président » de la grande firme hollywoodienne Twentieth Century Fox, rachète le brevet et le commercialise sous le nom de Cinémascope. Il fit réaliser quelques courts métrages, puis un premier grand film, The Robe (la Tunique, 1953), qui eut un succès retentissant (avec son magnétique stéréophonique à pistes multiples). Après avoir hésité un moment entre la diffusion du procédé « scope » et celle du film en relief (3 D) qui était, à l’époque, soutenue par la firme Warner Bros, l’industrie cinématographique mondiale sacrifie le film 3 D (en grande partie en raison de la nécessité du port de lunettes spéciales). Concurremment au Cinémascope, différents procédés virent le jour, utilisant des variantes techniques : lentilles, prismes et même miroirs (ce dernier système, de rendement inférieur, fut assez rapidement abandonné). C’est ainsi qu’on peut citer les superscope, RKO-scope (dont le rapport en largeur était moins étendu, donc plus harmonieux), totalscope, mégatoscope, franscope, Dyaliscope, métroscope, panavision, sovscope, etc.