Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Churchill (sir Winston Leonard Spencer) (suite)

La bataille d’Angleterre : « l’heure la plus belle de leur histoire »

La Bataille de France a pris fin. La Bataille de Grande-Bretagne peut commencer d’un moment à l’autre. Du sort de cette bataille dépend la civilisation chrétienne. Nos mœurs et nos coutumes en dépendent, ainsi que la longue continuité de nos institutions et de l’Empire. Toute la furie, toute la puissance de l’ennemi s’abattront bientôt sur nous. Hitler sait bien que, s’il ne nous réduit pas à l’impuissance dans notre île, il perdra la guerre. Si nous pouvons lui tenir tête, toute l’Europe recouvrera un jour sa liberté, et les hommes pourront peut-être lever les yeux vers un avenir paisible, élevé et ensoleillé. Mais si nous tombons, alors le monde entier, y compris les États-Unis, et tout ce que nous avons connu et aimé, sombrera dans l’abîme d’une nouvelle barbarie, qu’une science pervertie rendra plus sinistre et peut-être plus longue que l’ancienne. Recueillons-nous donc et affermissons-nous dans le sentiment du devoir ; conduisons-nous de telle façon que même si l’Empire britannique et sa Communauté de Nations devaient durer mille ans encore, les hommes diront toujours : « Ce fut l’heure la plus belle de leur histoire. »
(Discours radiodiffusé, 18 juin 1940.)


Le chef du parti conservateur (1945-1955)

Dès les derniers mois de la guerre, et surtout depuis la conférence de Yalta (févr. 1945), des craquements sont apparus dans l’alliance avec la Russie stalinienne : Churchill a protesté contre « le rideau de fer » qui s’abat sur la moitié orientale de l’Europe ; il a sans hésiter fait tirer les troupes britanniques sur les communistes de la résistance grecque. D’autre part, à l’intérieur, une fois signée la capitulation de l’Allemagne, Churchill n’obtient pas de ses alliés travaillistes de continuer le gouvernement de coalition. Aussi des élections générales sont-elles organisées en juillet 1945. Au comble de son prestige, Churchill s’attend à un grand mouvement de reconnaissance de ses compatriotes. Or, les conservateurs subissent une défaite cuisante : 215 sièges seulement contre 399 aux travaillistes. Ulcéré d’être ainsi « congédié par le corps électoral britannique », le vieux lutteur doit quitter la scène politique en plein milieu de la conférence de Potsdam et laisser la place à son adversaire Attlee.

Devenu leader de l’opposition, Winston Churchill ronge son frein. Il se remet à la peinture, lance l’idée d’une union entre les pays européens avec la formation d’un conseil de l’Europe (discours de Zurich, 1946), insiste sur la nécessité de l’alliance anglo-américaine pour maintenir la paix face aux ambitions soviétiques (discours de Fulton, 1946). Tout en critiquant avec vivacité la gestion travailliste, en particulier l’indépendance accordée à l’Inde, il se met à la rédaction de ses Mémoires (le prix Nobel de littérature lui sera attribué en 1953).

Cependant, aux élections de 1951, le déclin travailliste aboutit à donner une petite majorité aux conservateurs. Aux applaudissements de la moitié du pays, Churchill redevient Premier ministre. Ce nouveau gouvernement conservateur, qui s’appuie sur l’aile libérale du parti menée par R. A. Butler et qui comprend Eden et Macmillan, pratique à l’intérieur une politique d’assouplissement prudente du dirigisme travailliste et à l’extérieur une alliance étroite avec les États-Unis. Toujours imaginatif, Churchill rêve de jouer un rôle de modérateur dans la guerre froide et, après la mort de Staline, il ambitionne d’être l’homme de la détente et de la paix. Mais ses forces déclinantes et les embarras britanniques dans le monde ne lui permettent pas de réaliser ces espoirs. Après une célébration émouvante de son quatre-vingtième anniversaire, qui lui vaut une multitude d’hommages (nov. 1954), Churchill se résigne à abandonner à jamais le pouvoir en confiant sa succession à Anthony Eden (avr. 1955).

En 1953, fait chevalier de la Jarretière, il est devenu « sir » Winston Churchill. Désormais, privé du stimulant de l’activité politique, accablé par l’âge et la maladie, Churchill passe les dix dernières années de son existence dans la retraite de sa maison de campagne du Kent, à Chartwell, ou dans le midi de la France. Ses obsèques, en présence de la reine, seront triomphales. Son mariage avec Clementine Hozier en 1908 lui a donné un fils, journaliste et écrivain, Randolph Churchill (1911-1968), et trois filles.

L’œuvre écrite de W. Churchill est considérable et très variée. Il faut en détacher : My African Journey (1908), The World Crisis, 1911-1918 (6 vol., 1923-1931), son journal politique (Step by Step 1936-1939, 1939), War Speeches (6 vol., 1941-1946), A History of the English-speaking Peoples (4 vol., 1956-1958) et surtout ses Mémoires de guerre (6 vol., 1948-1954).

F. B.

➙ Conservateur (parti) / Grande-Bretagne / Guerre mondiale (Seconde).


Une biographie « officielle » et monumentale sous le titre Winston Churchill fut commencée par Randolph Churchill (2 vol. parus ; t. I, 1874-1900, et t. II, 1900-1914 ; trad. fr., Stock, 1968) et continuée par Martin Gilbert (t. III, 1914-1918, 1971) ; le dernier volume (t. VI, 1941-1965) est prévu pour 1977 ; 14 volumes de documents et annexes (dont 3 sont parus) doivent s’y ajouter.

 V. Cowles, W. Churchill, the Era and the Man (Londres, 1953). / C. Eade, Churchill by his Contemporaries (Londres, 1953). / J. Chastenet, Winston Churchill et l’Angleterre du xxe siècle (Fayard, 1956 ; nouv. éd., Livre de poche, 1967). / F. Woods, Bibliography of the Works of Sir Winston Churchill (Londres, 1963 ; 2e éd., 1969). / V. Bonham Carter, Winston Churchill as I knew Him (Londres, 1965). / C. M. W. Moran, Winston Churchill, the Struggle for Survival, 1940-1965 (Londres, 1966 ; trad. fr. Mémoires. Vingt-cinq ans aux côtés de Churchill, Laffont, 1966). / A. J. P. Taylor, Four Faces and the Man (Londres, 1969). / R. Rhodes James, Churchill : a Study in Failure, 1900-1939 (Londres, 1970). / J. Matrat, Winston Churchill (Debresse, 1974).