Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

chromosome (suite)

La dysgénésie gonadique « pure », ou « vraie », est caractérisée par un phénotype féminin avec une grande taille, un aspect eunuchoïde et l’absence de développement des caractères sexuels secondaires, des seins en particulier, signes qui la différencient nettement du syndrome de féminisation testiculaire. Les organes génitaux externes et internes sont féminins. L’exploration chirurgicale met en évidence des gonades réduites à des bandelettes. Le caryotype est le plus souvent 46,XY.

La dysgénésie gonadique mixte est caractérisée par un phénotype féminin, souvent une brièveté de la taille, mais sans aucun signe de la série turnérienne, une ambiguïté des organes génitaux externes avec le plus souvent une masculinisation du tractus féminin. Une exploration chirurgicale montre la présence intra-abdominale, d’un côté, d’un testicule normal, ou dysgénésie, et, de l’autre, d’une bandelette fibreuse. Il existe le plus souvent un utérus normal. Le caryotype est parfois normal : 46,XY ; il est beaucoup plus fréquemment mosaïque : 46,XY/45,X.

• Les pseudo-hermaphrodismes féminins.
Les pseudo-hermaphrodismes féminins sont caractérisés par une ambiguïté des organes sexuels externes et la présence d’ovaires intra-abdominaux. Ils sont dus, dans la très grande majorité des cas, à une masculinisation in utero de la petite fille. Les causes de cette masculinisation sont les suivantes :
— la prise par la mère d’hormones masculinisantes durant sa grossesse (heureusement, cette forme de « thérapeutique » est maintenant abandonnée) ;
— une maladie héréditaire récessive appelée hyperplasie congénitale des surrénales (elle a pour effet de provoquer une augmentation de la synthèse des hormones masculinisantes chez la petite fille) ;
— enfin, de rares cas de tumeurs maternelles, des arrhénoblastomes, susceptibles de masculiniser ici encore la petite fille in utero.

Le résultat de cette masculinisation est une hypertrophie clitoridienne et une soudure des lèvres. Le diagnostic est souvent difficile, et il faudra toujours y penser car, ici, le chirurgien intervient facilement en réduisant la taille du clitoris et en ouvrant la soudure entre les grandes lèvres, libérant ainsi l’entrée du vagin.

• L’hermaphrodisme vrai.
Il est caractérisé par une ambiguïté des organes génitaux internes et externes et par la présence simultanée de tissus gonadiques mâle et femelle. L’ambiguïté des organes génitaux est très variable, depuis le type masculin jusqu’au type féminin. Les gonades sont intra-abdominales le plus souvent, et caractérisées par la présence soit d’un testicule d’un côté et d’un ovaire de l’autre, soit de glandes mixtes, ou ovariotestis. Le phénotype de ces malades est extrêmement variable, depuis un habitus féminin jusqu’à un habitus masculin. L’étude caryotypique montre le plus souvent un caryotype féminin normal 46,XX et pose alors le problème, non encore résolu, de savoir comment un individu ne possédant pas de chromosome Y peut fabriquer du tissu gonadique mâle. Dans d’autres cas, le malade est une mosaïque 46,XY/46,XX qui résulterait d’un phénomène très particulier, à savoir de la double fécondation d’un œuf à deux noyaux par deux spermatozoïdes.

• Remarques pratiques. Dans tous les cas d’intersexués, il est extrêmement important de faire un diagnostic précis le plus précocement possible. C’est seulement alors que l’on pourra décider de l’orientation que l’on donnera au malade, sachant que le chirurgien jouera le plus souvent un rôle prépondérant. De toute manière, il faut se souvenir que, lorsqu’un enfant vient de naître et que l’on ne peut décider de son sexe, il convient de le déclarer de sexe indécis, sinon les arcanes judiciaires et légaux deviennent pratiquement insurmontables si l’on désire changer le sexe d’un individu.


Aberrations chromosomiques et avortements

Il semble bien, à l’heure actuelle, que l’ensemble des aberrations chromosomiques qui viennent d’être décrites ne représente qu’un faible pourcentage des aberrations chromosomiques qui sont en réalité produites lors de la fécondation de l’œuf par le spermatozoïde. La grande majorité de ces aberrations ne semble en effet pas être compatible avec une survie prolongée de l’embryon et aboutit à des avortements spontanés. On estime que 30 p. 100 environ des avortements spontanés sont dus à une aberration chromosomique. Parmi ces aberrations, on retrouve essentiellement des trisomies de tous les chromosomes, quelques rares remaniements de structure et surtout un pourcentage élevé d’embryons 45,X, qui, s’ils avaient survécu, auraient donné naissance à des filles atteintes du syndrome de Turner.

L’étude de ces produits d’avortements semble donc démontrer qu’il existe un « filtrage » extrêmement important de toutes les aberrations chromosomiques qui surviennent dans l’espèce humaine. Seul un petit pourcentage passe la barrière de ce filtrage et aboutit à une naissance viable.


Aberrations chromosomiques et cancer

L’ensemble des aberrations qui viennent d’être décrites sont des aberrations congénitales, c’est-à-dire qu’elles sont apportées par l’enfant à sa naissance. On sait maintenant qu’il peut se produire des aberrations chromosomiques tout au long de la vie de l’individu, en fait chaque fois qu’une cellule se divise.

Il y a déjà bien longtemps, vers 1914, que T. Boveri avait suggéré que le cancer pourrait être dû à une anomalie chromosomique. Cette idée fut ensuite abandonnée, et ce n’est que récemment, lorsque des techniques nouvelles ont été mises au point, que la théorie de l’origine chromosomique de la carcinogenèse a de nouveau été défendue, particulièrement en France par J. Lejeune et J. de Grouchy. Cette théorie repose en grande partie sur l’observation que, dans la très grande majorité des cas, les cellules cancéreuses sont porteuses d’une aberration chromosomique.

La première observation précise d’une aberration chromosomique dans des cellules cancéreuses a été faite par Peter C. Nowell et David A. Hungerford en 1960. Ces auteurs ont décrit dans les cellules des individus atteints de leucémie myéloïde chronique l’existence d’un chromosome particulier, le chromosome Philadelphia (ou Ph1), caractérisé par la perte par délétion d’une partie du bras long d’un chromosome du groupe G. On considère maintenant que cette aberration est tout à fait caractéristique de la leucémie myéloïde chronique.

Quant aux autres types d’affections malignes, leucémies ou cancers solides (cancer de l’estomac, cancer du sein, etc.), on observe toujours une aberration chromosomique, mais celle-ci est le plus souvent complexe. On ne connaît pas encore d’aberration ayant le même caractère de spécificité que le chromosome Philadelphia.