Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

chromosome (suite)

Le risque génétique. Il est évident que les parents s’inquiètent toujours de la possibilité de naissance d’un autre enfant trisomique lorsqu’ils ont eu un premier enfant atteint de la maladie. Dans la grande majorité des cas (95 p. 100 des cas), la trisomie résulte d’une non-disjonction méiotique, c’est-à-dire d’un accident qui ne doit pas se reproduire. Le risque génétique n’est, dans ce cas, pas plus élevé que pour n’importe quelle femme prise au hasard dans la population et ayant le même âge. Dans 5 p. 100 des cas, la trisomie 21 est due à une translocation. Dans la moitié de ces cas, c’est-à-dire dans 2,5 p. 100 du total des cas, cette translocation est de novo, et ici encore les parents ont un caryotype normal et leur risque génétique n’est pas accru. Ce n’est que dans les 2,5 p. 100 des cas restants que l’un des parents est porteur d’une translocation équilibrée. On sait maintenant que, dans le cas d’une translocation équilibrée d’un 21 sur un D, par exemple, le risque d’avoir un enfant trisomique est de l’ordre de 10 à 20 p. 100 s’il s’agit d’une femme, et qu’il est de moins de 5 p. 100 s’il s’agit d’un homme.

• La trisomie 18. Cette trisomie a été décrite en Angleterre, en 1960, par John Edwards et ses collaborateurs. Elle se traduit par un ensemble malformatif rarement compatible avec la vie. Dans la grande majorité des cas, les enfants atteints de trisomie 18 décèdent au cours des premières semaines ou des premiers mois de la vie.

On est attiré dès la naissance par l’hypotrophie considérable de l’enfant, et surtout on est frappé par une dysmorphie faciale. Le crâne est petit et aplati transversalement, il est allongé dans le sens antéro-postérieur. La fermeture des fontanelles et de la suture sagittale se fait très tard. Le nez est petit et retroussé. Les oreilles ont une implantation basse ; elles ont une inclinaison en haut et en arrière ; leur bord supérieur est souvent pointu et leur confère un aspect « faunesque ». Enfin la mandibule, ou mâchoire inférieure, est petite. Le nourrisson tient ses mains relevées ; les poings sont fermés, les deuxième et cinquième doigts recouvrent les troisième et quatrième. Les pieds sont bots avec une saillie postérieure du talon. Le cœur est l’objet d’une malformation grave dans 95 p. 100 des cas.

La fréquence de la trisomie 18 est élevée, puisqu’il s’agit de l’anomalie chromosomique la plus fréquente après la trisomie 21. Cette fréquence est d’environ 0,3 pour 1 000 naissances.

• La trisomie 13. Il semble que ce syndrome malformatif ait été décrit pour la première fois en 1657 par le médecin danois Thomas Bartholin. Il n’a cependant été reconnu qu’en 1960, lorsque l’anomalie chromosomique fut décrite par Klaus Patau et ses collaborateurs.

L’incidence de la maladie est d’environ de 1 pour 5 000 naissances.

Il s’agit d’un syndrome malformatif extrêmement grave, entraînant la mort au cours des premières semaines de la vie. Les malformations portent sur le système nerveux central et sont caractérisées essentiellement par une absence du lobe olfactif. La dysmorphie faciale est caractéristique : on est immédiatement frappé par un bec-de-lièvre bilatéral entraînant des délabrements considérables et associé à une fissure palatine. Les oreilles sont souvent anormalement ourlées et bas situées. On note d’autre part des hémangiomes sur tout le corps. On remarque une polydactylie, c’est-à-dire la présence d’un sixième doigt surnuméraire, appendu au bord cubital de la main. Les pieds sont bots, avec ici encore une saillie postérieure du talon. Une anomalie cardiaque est présente dans 80 p. 100 des cas.

L’évolution de la maladie est grave : 45 p. 100 des enfants meurent au cours du premier mois ; 70 p. 100 au cours des six premiers mois, et seulement 20 p. 100 environ survivent au-delà de la première année. Ces derniers ont une déficience mentale profonde, souvent des crises épileptiques, et ne se développent que très mal.

Du point de vue étiologique, la trisomie 13 résulte, comme la trisomie 21, dans la grande majorité des cas, d’une trisomie libre. Ce n’est que dans un pourcentage faible de cas que l’enfant trisomique 13 est porteur d’une translocation d’un chromosome 13 sur un autre chromosome du groupe D.

• Les anomalies de structure.

• Le syndrome 18p—. La délétion du bras court du chromosome 18 est la première délétion qui ait été décrite chez l’Homme. Elle a été rapportée en 1963 par J. de Grouchy et ses collaborateurs. Elle est responsable d un syndrome qui comprend une déficience mentale constante, celle-ci variant d’une idiotie grave à une débilité mentale légère ; la dysmorphie faciale est caractérisée par des anomalies oculaires : ptôsis des paupières, strabisme, épicanthus bilatéral. On note un écrasement de la racine du nez. Les oreilles sont implantées bas ; elles sont larges, décollées et mal ourlées. Les mains sont courtes et trapues, le pouce est implanté haut.

Ce syndrome est parfaitement compatible avec la vie. En l’absence de malformation neurologique grave, les malades atteignent l’âge adulte.

• Le syndrome 18q—. La délétion partielle du bras long du chromosome 18 a été décrite en 1964 par Jean de Grouchy et ses collaborateurs, puis en 1966 par Jérôme Lejeune et ses collaborateurs. La débilité mentale est profonde, n’autorisant qu’une vie véritablement végétative. La dysmorphie faciale est remarquable. De profil, on note une rétraction de tout l’étage moyen de la face avec un enfoncement des orbites contrastant avec la saillie du maxillaire inférieur. Les oreilles sont implantées bas et profondément ourlées. La lèvre supérieure est dessinée « en chapeau de gendarme ». Le cri est rauque : voix de rogomme. L’enfant est hypotrophique et donne une impression d’encéphalopathie profonde. Le pronostic vital ne semble pas fatal, mais l’avenir est sombre en raison de l’importance du déficit mental.