Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

christianisme (suite)

« Tout au contraire, les attributs de chaque nature sont sauvegardés et subsistent en une seule personne et nous confessons non pas un Fils partagé ou divisé en plusieurs personnes, mais bien un seul et même Fils, Fils unique et Dieu Verbe, Notre-Seigneur Jésus-Christ, tel qu’il a été prédit jadis par les Prophètes, tel que lui-même il s’est révélé à nous, et tel que le symbole des Pères nous l’a fait connaître. »


Le christianisme médiéval et les premières ruptures

Dans l’Europe des invasions barbares, puis de l’avance musulmane, le temps est moins aux débats théologiques qu’au souci de maintenir une civilisation chrétienne et la pureté de la doctrine. Presque partout, les évêques représentent la seule force capable de surmonter le drame.

La chance de l’Église romaine fut de baptiser à l’extrême fin du ve s. la jeune dynastie franque en la personne de Clovis, les autres royaumes barbares étant ariens. Un siècle plus tard, le roi wisigoth d’Espagne se convertissait à son tour au catholicisme. La papauté, ne pouvant plus compter en Italie sur la puissance des empereurs byzantins, à la fois trop faibles dans la péninsule et trop tyranniques en matière religieuse, se tourna résolument sous Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, vers l’évangélisation de l’Occident.

Le renouveau monastique avec saint Colomban (v. 540 - 615) en Irlande et saint Benoît (v. 480 - v. 547) en Italie fournit les missionnaires (v. Bénédictins). Successivement, l’Angleterre, puis la Germanie, avec saint Boniface* (v. 680 - 754 ou 755), sont évangélisées. Au viiie s., Pépin le Bref, le fils de Charles Martel, le vainqueur des infidèles à Poitiers et le protecteur de saint Boniface, dote la papauté d’un État temporel en Italie, appui, à l’époque, indispensable pour assurer à l’Église une certaine liberté de manœuvre.

Au ixe s., en partie grâce à l’action de Charlemagne et de ses successeurs, l’évangélisation se poursuit en Saxe, en Frise, en Bavière. Vient ensuite la conversion des Slaves par Rome et Byzance avec Cyrille* (827 ou 828 - 869) et Méthode (v. 825 - 885). Au xe s., les invasions des Vikings, la faiblesse des derniers Carolingiens favorisent la naissance de la féodalité, qui, installée à Rome même, y avilit profondément le pouvoir pontifical : celui-ci, pendant longtemps, n’est plus qu’un pion dans le jeu des nobles romains. Il suffit de rappeler l’épouvantable procès macabre (897) du pape Formose après la mort de celui-ci.

À la fin du xe s. seulement, pour sortir de ce chaos, la papauté essaie de s’appuyer sur une dynastie saxonne, au profit de laquelle elle rétablit l’Empire en 962. Mais les Ottoniens, tout en protégeant Rome, interviennent en maîtres dans la vie de l’Église et contrôlent l’élection pontificale elle-même.

Aux viiie et ixe s., cependant, quelques querelles théologiques prolongent celles du passé. On assiste ainsi, à l’époque de Charlemagne, à une curieuse résurgence de la vieille hérésie adoptianiste. Celle-ci naît dans une Espagne qui se trouve sous domination musulmane, mais une domination tolérante aux chrétiens, qui pratiquent librement leur religion. Le pape Adrien Ier (772-795) et Charlemagne font condamner cette doctrine au concile de Francfort de 794.

Après Charlemagne, c’est la question de la grâce qui reparaît. Un moine saxon, Gottschalk (v. 805 - v. 868), interprète les positions de saint Augustin dans un sens voisin de celui qu’adopteront les jansénistes. De nombreux conciles prennent position sur ces thèmes. Le plus intéressant, celui de Quierzy (849), tenu sous la présidence du grand archevêque de Reims Hincmar (v. 806 - 882), proclame que le Christ est mort pour tous les hommes, même pour ceux qui seront damnés à cause de leurs péchés.

En outre, dans le domaine sacramentaire, des nouveautés aussi apparaissent durant ces siècles obscurs. Une question, qui aura plus tard les plus grandes conséquences, celle de la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, est affirmée par l’abbé de Corbie Paschase Radbert (v. 786 - v. 865) contre Ratramne († v. 868) et Raban Maur (v. 780 - 856). Radbert affirme ainsi dès le ixe s. ce qui sera défini sept siècles plus tard par le concile de Trente.

Pour la pratique religieuse de l’époque est peut-être plus importante encore l’habitude, introduite en Europe par les moines irlandais, de la réitération de la confession privée. Jusque-là, en effet, ceux qui avaient été absous une fois d’un péché grave préféraient, à cause des obligations auxquelles étaient soumis les fidèles, vivre en marge de la communauté et ne se réconcilier avec l’Église que sur leur lit de mort.

Mais la grande affaire demeure pourtant celle de l’iconoclasme. Elle est orientale et éclate à Byzance au viiie s., principalement sous les empereurs Léon III (716-740) et Constantin V (740-775). En Orient, le culte des images avait pris une très grande importance et y jouait un rôle quasi officiel. Cependant, ce culte avait des opposants et surtout il servit de prétexte au pouvoir civil pour imposer son « césaropapisme » à l’Église. Le peuple s’opposa par la force aux destructions d’icônes, et, en Orient, saint Jean Damascène († v. 749) s’en fit le champion pendant que le pape condamnait l’empereur Constantin V, qui martyrisait les partisans des images. L’impératrice Irène (797-802), au concile de Nicée en 787, rétablit l’orthodoxie ; les Pères y définirent ce culte comme une adoration d’honneur qui doit se rapporter à l’original.

La persécution devait reprendre au ixe s. sous Nicéphore Ier (802-811) et Théophile Ier (829-842). Une femme encore, la veuve de Théophile, Théodora, régente (842-856) au nom de son fils Michel III, rétablit, et cette fois définitivement, l’orthodoxie en matière de culte des images.

Cette querelle eut pour conséquence principale d’élargir le fossé entre chrétiens orientaux et occidentaux et de préparer ainsi le schisme religieux. Ce schisme trouve son origine dans les rivalités politiques et religieuses des sièges de Rome et de Constantinople. Dès 451, le pape saint Léon le Grand avait rejeté un canon du concile de Chalcédoine qui voulait faire du patriarche de Constantinople l’égal de celui de Rome.