Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

chœur (suite)

En Allemagne, J.-S. Bach ne disposa jamais que de petits ensembles, qui convenaient d’ailleurs mieux à l’exécution d’œuvres comme la Messe en si mineur et les Passions. Händel, par contre, bénéficia de chœurs plus étoffés, mais ne compromit jamais, pas plus que Bach, l’équilibre entre les parties instrumentales et les parties vocales. C’est tout à fait exceptionnellement qu’en 1737 il dirigea 100 musiciens et 80 choristes, lors de l’exécution, à l’abbaye de Westminster, du funeral anthem qu’il avait composé à l’occasion de la mort de la reine Caroline. Ce n’est guère qu’à la fin du xviiie s. que l’on prit l’habitude, à Londres, de donner les oratorios classiques avec des masses chorales importantes. En 1784, pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Händel, le Messie fut exécuté par 250 musiciens et 300 choristes sous la direction de J. Bates. Vers la même époque, la Révolution française suscita la fondation de grands chœurs populaires. Des auditeurs nouveaux prirent goût aux concerts publics réunissant de gros effectifs de voix et d’instruments.

Le xixe s. fut, pour une part, le siècle de la musique chorale. Il fut marqué par de grands événements. Citons notamment le festival de Vienne (novembre 1843) organisé par la Société des amis de la musique, où l’on entendit la Création de J. Haydn avec le concours de 988 musiciens, dont 660 choristes, et le festival préparé et dirigé par Berlioz au palais de l’Industrie, le 1er août 1844, qui réunissait 1 022 exécutants. Les grandes réalisations chorales se multiplièrent par la suite dans les festivals de Leeds et de Sheffield ainsi que dans le festival rhénan, célébré en alternance à Cologne, à Düsseldorf et à Aix-la-Chapelle. En France, la première audition de la Passion selon saint Matthieu de J.-S. Bach, organisée par la chorale Concordia, eut lieu en 1886, sous la direction de Ch.-M. Widor, et celle d’Israël en Égypte en 1891, sous la direction de Gabriel-Marie. Il faut aussi citer les exécutions du Messie dues à l’initiative de la Société Händel et dirigées en mai 1910 par Félix Raugel, la création à Vienne, la même année, de la huitième symphonie de Gustave Mahler pour grand orchestre et trois chœurs (Symphonie des Mille), sous la direction de l’auteur, enfin l’audition du Requiem de Berlioz à l’Opéra de Paris (26 novembre 1944), sous la baguette de Charles Munch.

Des compositeurs contemporains comme D. Milhaud et A. Honegger ont tenté de varier et d’enrichir la technique chorale en usant du chœur parlé, pratiqué déjà dans l’Antiquité grecque. L’opposition entre la déclamation parlée et rythmée et la déclamation chantée a été, en intervenant à bon escient, un facteur d’accroissement de l’intensité dramatique.

Depuis 1945, de nombreuses chorales d’amateurs, fondées par des animateurs dévoués et compétents, atteignent parfois à la qualité des chorales professionnelles. Jamais le chant collectif n’a connu une plus grande vogue dans les divers groupes sociaux, au concert et dans la chanson.

A. V.

 L. de Rillé, Du chant choral (Perrotin, 1856). / J. Samson, Grammaire du chant choral (Henn, Genève, 1947). / F. Raugel, le Chant choral (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1948 ; 3e éd., 1966) ; l’Oratorio (Larousse, 1950). / P. Kaelin, le Livre du chef de chœur (Kister, Genève, 1949).

Choiseul (Étienne François, duc de)

Homme d’État français (1719 - Paris 1785).


Petit, roux, le nez retroussé, les lèvres épaisses, le comte Étienne François de Stainville est un homme laid. Mais ce grand seigneur, qui, à quarante-deux ans, parviendra au faîte des honneurs et des responsabilités, a du charme. Il est un des personnages les plus représentatifs de l’époque de la douceur de vivre ; il sait être spirituel « au point même de parler des gens qu’il aime avec un dénigrement offensant » (Pierre de Besenval). Nul mieux que lui ne répond à l’idéal moral et esthétique du siècle, équilibrant « les préoccupations de l’État et les plaisirs d’une vie qu’il veut et sait rendre exquise ».

À Louis XV, qui lui donnera le portefeuille des Affaires étrangères (1758-1761), puis de la Guerre (1761-1770) et de la Marine (1761-1766), le duc de Choiseul promet d’« employer le peu de ressources qui sont en lui et toute sa fidélité », mais il avertit aussitôt : jamais il n’abandonnera le goût qu’il a pour le plaisir, goût qui est fort. Il est riche, il a une femme, selon ses dires, « de beaucoup d’esprit, une famille et une société agréable, des maîtresses délicieuses » ; parmi celles-ci, les mauvaises langues nomment la duchesse de Gramont, sa propre sœur. Mais Choiseul a aussi de sa charge une très haute idée. Il emploie toutes ses qualités d’homme d’État à travailler à la grandeur du royaume. Dans sa tâche, « nul homme n’est moins disposé que lui à endurer des contrariétés, il ne connaît que l’ordre et son exécution » (prince de Montbarrey). Il devra briser, notamment dans les bureaux de la Guerre, de multiples opposants. Il le fera avec énergie et grossira ainsi le nombre de ses ennemis.

Maréchal de camp devenu ambassadeur à Rome, il a travaillé avec Benoît XIV à une solution de l’affaire ouverte par la bulle Unigenitus (1754-1757). Mais c’est de son ambassade à Vienne (1757-58), et alors qu’il est fait duc de Choiseul, que date son grand dessein : allier la France à l’Autriche, empêcher l’Angleterre de parvenir à établir sa prépondérance.

Or, quand il s’installe aux Affaires étrangères, puis à la Guerre et à la Marine, il hérite d’une situation extérieure rendue désastreuse par une guerre mal conduite. Pour préparer la revanche et revenir sur le traité de Paris (1763), il donne à l’armée royale « une constitution uniforme plus militaire à tous les égards et plus solide que celle qui existait » (Mémoires).

Il s’attaque à la vénalité des offices et il permet aux jeunes nobles sans fortune de recevoir des places que les fils de la bourgeoisie leur disputaient ; mais, en même temps, il rend l’armée plus dépendante du pouvoir. La qualité de la troupe comme celle des cadres, pour lesquels sont créées les écoles militaires, est améliorée. Choiseul dote l’armée d’une artillerie* renouvelée dans ses armes par Gribeauval ; à l’heure des guerres de la Révolution, celle-ci fera merveille sur les champs de bataille de l’Europe.