Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chlorophycées (suite)

Chez beaucoup de Chlorophycées, on trouve aussi des cellules multinucléées et même des structures siphonées, sans aucune cloison séparant les cellules ; c’est le cas des Caulerpes, Algues des mers chaudes pouvant dépasser 30 cm de long. Inversement, on trouve un cas probablement unique dans le monde vivant : chez la majorité des Dasycladales, il n’existe qu’un seul gros noyau pour toute une plante de plusieurs centimètres de hauteur ; ce noyau ne se divisera qu’à l’époque de la reproduction. (Pour plus de détails sur la ramification, v. Algues.)


Reproduction

Il semble bien que, fondamentalement, la reproduction se fasse grâce à des cellules flagellées. La planogamie, par exemple, se produit par copulation de deux gamètes flagellés libres dans le milieu. L’oogamie est fréquente ; elle se définit par copulation entre un gamète femelle immobile et un gamète nageur, flagellé. C’est le cas, par exemple, chez Œdogonium, Algue verte filamenteuse d’eau douce ; les gamètes se forment dans des cellules du filament végétatif qui se divisent ; le gamète femelle, volumineux, reste sur place ; les gamètes mâles, dans certaines espèces, naissent dans des cellules comparables, sont disséminés et vont féconder les cellules femelles. Chez d’autres espèces, les cellules flagellées qui sortent des filaments du thalle ne peuvent pas féconder directement les cellules femelles, mais vont se fixer à proximité de celles-ci et se transformer en un tout petit thalle qui engendrera les vrais gamètes mâles.

L’exemple des Dasycladales, déjà cité (genre Acetabularia), est aussi curieux. Le noyau végétatif unique est à la base d’un stipe au sommet duquel, la seconde année, se développe une couronne de rayons. C’est alors que le noyau se divise ; les petits noyaux qui proviennent de cette division migrent vers ces rayons, s’entourent de cytoplasme et d’une membrane, et donnent ainsi des cystes ; ces cystes sont des organes de résistance qui donneront naissance ultérieurement, après division de leur noyau, à des cellules flagellées.


Affinités

Malgré leurs aspects multiples, les Chlorophycées constituent un groupe assez homogène. Beaucoup de botanistes les considèrent comme à l’origine des plantes supérieures, à cause surtout de l’identité des pigments rencontrés dans les deux cas. D’autres caractères sont communs ; c’est ainsi que, chez les Caulerpes, on trouve deux sortes de plastes, les uns verts, sans amidon ou presque, les autres dépourvus de chlorophylle et se transformant en grains d’amidon. Cette hétéroplastie se retrouve chez les plantes supérieures, mais les Caulerpes sont des Algues entièrement siphonées, ce qui ne se rencontre pas dans les groupes plus évolués ; on peut donc considérer que les Chlorophycées sont à la base des Chlorophytes, qui, au maximum d’évolution, aboutissent aux Angiospermes.


Écologie

Des Algues aussi diverses ne peuvent se rencontrer que dans des lieux très divers. C’est en effet, de toutes les Algues, le groupe le plus ubiquiste.

Dans les eaux douces, on trouve un très grand nombre de formes unicellulaires ou coloniales à cénobes. Elles constituent une part importante du plancton des lacs, alors qu’elles sont absentes du plancton marin, constitué essentiellement d’Algues brunes. On trouve également en eaux douces des formes pluricellulaires ou à articles multinucléés, mais peu de Siphonales vraies.

Toutes ces espèces sont très importantes pour l’équilibre biologique de tels milieux, pour lequel elles constituent le principal fournisseur d’oxygène.

Beaucoup de ces Algues sont susceptibles de quitter le milieu aquatique proprement dit et de proliférer en milieu subaérien. Il leur faut certes toujours une humidité suffisante, au moins pour assurer leur croissance végétative, mais certaines peuvent résister à des conditions très dures. Ce sont de telles Algues qui constituent notamment les enduits verts qui recouvrent troncs et branches des arbres, au moins du côté le plus exposé à l’humidité ; on trouve surtout les genres Trebouxia, Apatococcus et les inévitables Chlorelles. En soulevant les écorces, on découvre souvent des amas pulvérulents de telles Algues, protégées contre la dessiccation complète. Certaines, surtout du genre Trebouxia, sont parasitées par des Champignons et constituent donc des Lichens primitifs (voir ci-après). Il n’y a pas que les espèces unicellulaires qui puissent supporter ces conditions. Une Algue filamenteuse du genre Trentepohlia est commune sur les rochers suintants, mais il faut savoir, pour la reconnaître, qu’elle est le plus souvent si riche en carotène qu’elle a une couleur franchement orangée.

Dans des conditions subaériennes comparables, on trouve encore des Chlorophycées sur la neige, qu’elles colorent en vert ou en rouge. Il s’agit du phénomène commun d’enrichissement en carotène, phénomène connu aussi dans une Algue qui peut peupler les vasques emplies d’eau de pluie, mais, de manière plus évidente, occuper un tout autre milieu, constitué par les marais salants.

Au sein de ceux-ci pullule en effet Dunaliella salina, Chlorophycée unicellulaire de couleur verte lorsque la salinité est voisine de celle de la mer, mais qui se charge de carotène au fur et à mesure que le sel se concentre. C’est donc, paradoxalement, une Chlorophycée qui donne aux marais riches en sel leurs beaux reflets rouges ou, avec la réflexion du ciel, violacés.

Dans le milieu marin, on rencontre presque exclusivement de grandes formes, fixées au fond. Cependant, les roches calcaires sont souvent habitées par des Algues dites « perforantes », dont certaines sont des Chlorophycées. De telles Algues pénètrent aussi dans le calcaire des Algues incrustées.

Très peu d’Algues vertes sont parasites de plantes supérieures, mais beaucoup sont symbiotiques. On en trouve dans l’Hydre d’eau douce ainsi que dans Convoluta, marin. Elles constituent surtout, avec les Cyanophycées, la totalité des Algues des Lichens ; elles trouvent, dans la symbiose avec le Champignon, des conditions de vie possibles en milieu, en quelque sorte, subaérien.

Enfin, il faut insister sur l’intérêt des Chlorophycées dans les eaux marines polluées. Si, en effet, une région côtière devient polluée, on assiste à une disparition progressive de la flore originale, pendant que s’installent notamment Ulva et Enteromorpha, qui finissent par constituer une ceinture verte reconnaissable.