Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

chirurgie (suite)

La création en 1731 de l’Académie royale de chirurgie représente une deuxième étape sur le chemin tracé par La Peyronie. « Pour réhabiliter la chirurgie, dit Cuvier, il ne s’agissait de rien moins que de la faire pratiquer par des hommes éclairés ou d’éclairer ceux qui la pratiquaient. Engager les médecins à faire de la chirurgie eût été au-dessus du crédit de La Peyronie, il était plus simple de faire apprendre la médecine aux chirurgiens, c’est à quoi il se décida. »

La troisième étape se situe en 1749 : désormais, les candidats chirurgiens devront se préparer par l’étude des lettres et de la philosophie ; ils seront astreints à se faire recevoir maître ès arts.

Pierre Dionis, premier chirurgien de mesdames les dauphines, fait paraître au début du xviiie s. un Cours d’opérations de chirurgie démontrées au jardin du roi, qui allait être classique pendant un siècle, et J.-L. Petit compose un Traité des maladies des os. Dans un autre ouvrage traitant des opérations de chirurgie et qui ne verra le jour qu’après sa mort, J.-L. Petit pose les fondements de la méthode anatomo-clinique. À la même époque, la chirurgie est en véritable essor dans les autres pays d’Europe : Giambattista Morgagni (1682-1771) à Padoue, plus tard Antonio Scarpa (1752-1832) à Venise et John Hunter à Glasgow « établiront avant que finît le xviiie s. les grandes perspectives d’anatomie pathologique, la création de la chirurgie expérimentale et les soubassements vrais de la pathologie » (H. Mondor). À la fin du xviiie s., Joseph Desault jette les bases de l’enseignement clinique.


Au xixe siècle

Sous le premier Empire, la chirurgie est dominée par la personnalité de Guillaume Dupuytren. C’est aussi à cette époque que s’organise la chirurgie de guerre grâce à Larrey et à Percy : les guerres de la Révolution puis de l’Empire montrent la nécessité d’un service de santé aux armées et d’un corps de chirurgiens militaires.

La seconde moitié du xixe s. est marquée par les noms de Chassaignac, Maisonneuve, Nélaton, Malgaigne.

Édouard Chassaignac (v. abcès) classe les infections et invente le drainage. Jules Germain François Maisonneuve (1809-1897) décrit et met au point l’urétrotomie. Malgaigne étudie grâce à la statistique les résultats des amputations.

Au milieu du xixe s., l’anesthésie* générale est découverte. Grâce à celle-ci, les opérations se multiplient ; mais malheureusement, à cette époque, l’infection s’emparait de toutes les plaies, les plaies opératoires comme les autres, et cette augmentation des opérations ne fera que multiplier la mortalité par infection.

C’est alors qu’un grand chirurgien anglais, Joseph Lister (1827-1912), se fondant sur les recherches de Pasteur, invente, en 1867-1869, la méthode antiseptique, qui a pour but de détruire tous les microbes dans les plaies grâce à l’usage de l’eau phéniquée au vingtième. Cette méthode est adoptée en France par Just Lucas-Championnière (1843-1913), qui fait, en 1869, le voyage de Glasgow pour aller voir Lister.

Mais c’est vers 1886 qu’est appliquée par Louis Félix Terrier (1837-1908) la méthode qui va permettre la chirurgie moderne : l’asepsie* complète des instruments, du linge et des gants du chirurgien, par la stérilisation à l’autoclave, et celle de la peau, obtenue avec la teinture d’iode.


Le xxe siècle

Toutes les opérations deviennent possibles, et, lors des deux guerres mondiales, des progrès sont accomplis grâce au perfectionnement de l’anesthésie (l’anesthésie en circuit fermé va permettre la chirurgie pulmonaire et cardiaque) et au développement de meilleures conditions biologiques des opérés (avec l’aide de la transfusion sanguine pendant et après les opérations, et le souci d’hydrater convenablement les malades à l’aide de perfusion sanguine apportant l’eau, le sel, le sucre et même les acides aminés, qui sont nécessaires à la vie et qui manquent à l’opéré lorsqu’on est obligé de le laisser plusieurs jours en état de jeûne).

Il faut encore ajouter la découverte de la pénicilline par A. Fleming*, qui, ouvrant l’ère des antibiotiques*, permet de lutter avec succès contre la plupart des germes infectieux, soit à titre préventif, soit à titre thérapeutique lorsque l’infection est déclarée.


Pratique de la chirurgie

Une installation de chirurgie doit comprendre deux parties bien distinctes : un service aseptique et un service septique. Chacun de ces deux services doit avoir sa salle d’opération, son matériel opératoire, ses salles ou chambres d’hospitalisation, son personnel infirmier. Tout échange de matériel est formellement interdit entre l’un et l’autre de ces services, qui doivent être absolument distincts et nettement séparés l’un de l’autre.

L’exercice de la chirurgie

« Tout docteur en médecine inscrit au tableau de l’Ordre peut faire des actes chirurgicaux. » Mais ce droit, qui découle de l’omnivalence du titre de « docteur en médecine », est pratiquement limité par la notion que la chirurgie ne peut être exercée que sous le couvert de connaissances spéciales réelles.

Outre le motif de « conscience », qui constitue en permanence le plus puissant impératif professionnel, il existe un ensemble de responsabilités civiles et pénales aux lourdes conséquences, qui ne manqueraient pas de se manifester devant les juridictions de droit commun, civiles et pénales, ainsi que devant la juridiction ordinale à l’occasion d’incidents dus à un manque de compétence.

La qualité de « chirurgien » ne peut faire l’objet d’une inscription sur une plaque ou une feuille d’ordonnance que si un titre a été délivré régulièrement soit par le conseil départemental de l’Ordre des médecins où est inscrit l’intéressé, soit par le conseil national.