Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chine (suite)

• L’histoire de la musique de ces deux pays est marquée par des relations très étroites entre eux. Citons quelques faits marquants. Sous la dynastie des Song (xe au xiiie s.), un Chinois taoïste et, sous la dynastie des Yuan (xiiie s.), un acteur chinois, Li Yuanji (Li Yuan-ki), ont enseigné l’art théâtral aux Vietnamiens. En 1431, Luong Dang, chargé par le roi Ly Thai Tôn de fixer la musique de cour dans l’ancien pays Viêt, s’est largement inspiré de la musique des Ming. Pendant la seconde moitié du xviiie s., jusqu’au début du xixe, un orchestre vietnamien exécutait la musique vietnamienne pendant les banquets à la cour des Qing (Ts’ing).

Ces analogies ne doivent pas masquer les différences entre la musique chinoise et la musique vietnamienne.


Particularités

• Si plusieurs instruments sont semblables, leurs techniques ne sont pas les mêmes. Du reste, certains d’entre eux, comme le qin (k’in), cithare à 7 cordes de soie, instrument de prédilection de Confucius, le sheng (cheng), orgue à bouche à 17 tuyaux, sont inconnus des Vietnamiens, surtout pendant les trois derniers siècles. Par contre, les Vietnamiens ont inventé des instruments originaux, inconnus des Chinois, comme le dan dôc huyên, ou dan bâu, monocorde différent des autres monocordes (yixianqin [yi-hien-k’in] chinois, ichigenkin japonais, sadev cambodgien, gopi yantra indien), le dan day, luth des chanteuses à manche long, à caisse trapézoïdale et à 3 cordes en soie, le sinh tiên, cliquettes à sapèques qui réunissent en un seul instrument les caractéristiques des cliquettes, du racleur et du sistre. Les ensembles instrumentaux n’ont ni la même composition ni le même nombre d’instruments.

• Sur le plan des échelles, en dehors des différents types d’échelles pentatoniques connus dans la musique chinoise, grâce à leur contact avec les Thaïs, les Khmers et les Chams, les Vietnamiens utilisent des échelles pentatoniques particulières comme celle du Ho mai dây (chant de batelières de Huê) ou du Nam ai de Huê (do, ré, fa+, sol, la, do, etc.), celle du Vong cô du Viêt-nam du Sud (do, mi, fa+, sol, la, do, etc.), pour ne citer que celles-là. D’autres correspondent à un diêu (mode) ou à un hoi (nuance modale) donné.

• Le diêu vietnamien et le diao (tiao) chinois, quoique représentés par le même idéogramme, ne désignent pas le même concept. Le diao chinois n’est qu’une échelle modale, alors que le diêu vietnamien a tous les caractères d’un « mode » (échelle modale, hiérarchie des degrés, motifs mélodiques, tempo et ethos déterminés).

• Dans l’exécution musicale, les Chinois recherchent la virtuosité et la perfection technique, les Vietnamiens, le raffinement de l’ornementation et la richesse de l’improvisation.

• La tradition chinoise, très ancienne, remonte à la période légendaire. L’évolution de la musique chinoise s’effectue de dynastie en dynastie. D’anciennes traditions se perdent, conservées pourtant par d’autres peuples : la musique des Tang est encore jouée par les musiciens de cour du Japon (tōgaku). La tradition vietnamienne, relativement plus récente, est la résultante de la création originale des peuples autochtones et de plusieurs courants d’influence : influence chinoise pendant près de dix siècles de domination politique de la Chine, influence indienne par le contact avec le Champa, influence thai-khmère par le voisinage.

Les deux musiques ont des caractères de parenté sans se confondre. Les Chinois et les Vietnamiens opposent une plus grande résistance à l’influence de la musique occidentale que les Japonais et les Coréens. Mais, à partir de la révolution d’août 1945 au Viêt-nam, et après la révolution culturelle en Chine, un nouveau courant se dessine avec la restauration des traditions musicales, concurremment avec l’encouragement à de nouvelles créations au Viêt-nam et avec le principe de « servir du vin nouveau dans de vieux pots » en Chine, où l’on commence à emprunter certains procédés de composition à l’Occident. Puissent ces tentatives de « rénovation » donner naissance non pas à une musique bâtarde, acculturée, résultant d’un plagiat de la musique occidentale, mais à une musique nouvelle, originale, conservant — ou développant — les qualités essentielles des traditions ancestrales.

T. V. K.

 J. M. Amiot, Mémoire sur la musique des Chinois, tant anciens que modernes (Nyon l’aîné, 1779). / J. A. Van Aalst, Chinese Music (Chang-Hai, 1884 ; 2e éd., Pékin, 1933). / L. Laloy, la Musique chinoise (Laurens, 1909). / M. Courant, « Essai historique sur la musique classique des Chinois » in Encyclopédie de la musique, sous la dir. d’A. de Lavignac, t. I (Delagrave, 1913). / J. H. Levis, Foundations of Chinese Musical Art (Pékin, 1936). / K. Reinhard, Chinesische Musik (Cassel, 1956). / Trân Van Khê, la Musique vietnamienne traditionnelle (P. U. F., 1962) ; Viêt-nam. Les traditions musicales (Buchet-Chastel, 1967).


Les armées chinoises de 1911 à 1970


1911-1927. De l’armée de l’Étendard-Vert à l’armée nationale du Guomindang (Kouo-min-tang)

Avant l’écroulement de la dynastie mandchoue en 1911, les forces chinoises comprenaient deux catégories de troupes : l’armée mandchoue, appelée armée des Huit-Bannières, et les troupes chinoises proprement dites, ou armée de l’Étendard-Vert, qui avaient connu un début de modernisation lors de la rébellion Taiping (T’ai-p’ing, 1850-1864). L’anarchie politique consécutive à la révolution de 1911 entraîna une dualité de pouvoirs, le président de la République étant installé à Pékin avec l’appui de l’armée régulière alors que l’Assemblée siégeait à Canton sous la protection des troupes révolutionnaires du Guomindang (Kouo-min-tang). Ailleurs, le pouvoir appartenait aux gouverneurs locaux, les dujun (tou-kiun), ou « seigneurs de guerre », qui constituèrent des armées privées afin de garantir leur influence politique. Ces troupes, composées en majorité de forbans ou de paysans levés de force, n’avaient qu’une valeur médiocre ; les officiers, dont certains sortaient d’académies militaires alors que beaucoup d’autres n’étaient que des soldats de fortune, étaient plus soucieux de leurs intérêts que de ceux d’un État dont ils n’avaient pas la notion.