Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

agriculture (suite)

Certaines des idées indispensables à la compréhension de l’agriculture moderne, de sa diversité et de ses problèmes n’ont été précisées que récemment. Les écologistes et les économistes ont donné l’habitude de mener des enquêtes chiffrées ; celles-ci permettent de suivre l’ensemble des transformations que mènent les fermiers sur leurs terres ou dans leurs bâtiments, et une approche globale des problèmes agricoles est maintenant possible.


Contraintes écologiques et systèmes de culture

L’agriculture et l’élevage produisent des denrées alimentaires ou des matières premières industrielles. Les constituants en sont fournis par les éléments tirés du sol, par l’eau, par le gaz carbonique et l’azote puisés dans l’air. Les transformations qui aboutissent à la formation de la matière végétale sont possibles grâce à l’énergie fournie par le soleil. Les animaux dépendent, pour leur vie, de l’énergie mise en réserve par les plantes sous forme chimique. L’efficacité de l’agriculture peut dune se mesurer au moyen du rapport entre la quantité d’énergie solaire reçue par un territoire et le nombre de calories que ce dernier fournit en définitive à l’homme.

Les associations végétales naturelles sont faites d’espèces multiples qui ne sont pas toutes utiles. L’homme substitue au couvert naturel un couvert artificiel dont la composition floristique est plus simple, et qu’il peut ainsi mieux employer à ses fins. Il remplace de la même façon la faune prodigieusement diverse par quelques espèces sélectionnées, lorsqu’il se fait éleveur.

Lorsqu’on consomme des produits végétaux, on peut obtenir d’un espace donné un bien plus grand nombre de calories que lorsqu’on préfère un régime carné : en interposant entre les végétaux et l’utilisateur final le transformateur animal, on gaspille les sept huitièmes de l’énergie récupérable. Mais les végétaux ne permettent pas de satisfaire, en qualité, tous les besoins de l’homme, si bien qu’une certaine association des productions végétales et de l’élevage est presque toujours nécessaire. Cette association a d’autres mérites : elle facilite la conservation de la fertilité des sols et permet de mettre en valeur des surfaces plus grandes. Une partie de l’énergie fournie par les plantes sert alors à l’alimentation des bêtes de trait : d’une terre donnée, l’homme tire moins de calories utilisables par lui, mais il est capable de mettre en exploitation une plus grande superficie, ce qui accroît la masse des produits obtenus pour une même dépense de travail.

Les contrastes les plus importants en matière agricole, dans l’ensemble du globe, résultent de la manière dont culture et élevage se trouvent combinés pour constituer des systèmes complexes de mise en valeur. Il est des cas où on ne demande aucun travail aux animaux : c’est la règle dans toutes les régions qui ne pratiquent pas les labours. En pareil cas, le fermier ne peut guère s’occuper de plus de quelques dizaines d’ares, ou d’un hectare. Dans l’Amérique tropicale, en Afrique noire ainsi que dans les régions de collines et de montagnes de l’Asie méridionale, on ignore souvent l’emploi de la charrue, et l’élevage se trouve quelquefois absolument négligé. Ce n’est pas le cas dans les pays tempérés. Cependant, lorsque la pression démographique devient trop forte, on restreint au minimum l’emploi des attelages : la plus grande partie des travaux se font à la main, à l’exemple de ce qui se passe en Chine et dans certains pays méditerranéens, ou de ce qui s’affirmait dans les zones surpeuplées d’Europe occidentale avant la révolution industrielle.

On peut assurer la mise en valeur des sols sans utiliser la force des bœufs ou des chevaux, comme le montre l’exemple des pays tropicaux ; on doit, lorsque les hommes se multiplient trop, réduire la part faite dans l’alimentation au lait et à la viande pour mieux tirer parti du sol. On arrive ainsi à se passer des animaux, mais on se heurte alors à des difficultés accrues en ce qui touche à l’entretien des terres et au maintien de leur fertilité.


Contraintes écologiques et maintien de la fertilité

L’étude précise des relations qui se nouent au sein d’une pyramide écologique indique que la part d’énergie solaire qui peut être utilisée et emmagasinée par les plantes et, plus tard, par les animaux est toujours faible, mais qu’elle se trouve réduite lorsqu’un des éléments nécessaires à la synthèse de la matière vivante est absent ou trop rare. Le manque d’eau, la pénurie de principes minéraux — aussi bien de ceux qui sont utilisés en grande quantité que des oligo-éléments —, qui jouent souvent le rôle de catalyseurs, suffisent à compromettre les chances des cultures. La nature du sol intervient aussi : il ne suffit pas qu’un corps soit présent pour être utile, il faut qu’il soit assimilable, ce qui dépend en définitive des propriétés physiques et chimiques des terres.

Les sols sont généralement en équilibre avec le couvert naturel et la matière y décrit un cycle qui s’inscrit dans un espace limité : les produits minéraux sont empruntés au sol et y retournent lorsque les végétaux ou les animaux se décomposent. La situation change avec la mise en culture : le couvert artificiel créé par l’homme est souvent moins efficace que la végétation spontanée pour protéger la terre de l’érosion, éviter que les éléments fertilisants ne soient emportés au loin par les eaux et que les structures favorables à la vie végétale ne soient détruites par les variations trop brutales des conditions physiques. Tant que l’agriculture est tout entière tournée vers la satisfaction des besoins locaux, les éléments prélevés à la terre lui retournent pourtant. Le problème du maintien de la fertilité est alors celui de la conservation de certaines propriétés fondamentales des sols, liées dans la plupart des cas à la présence d’humus. Lorsque les produits sont vendus au loin, les restitutions cessent d’être possibles, si bien qu’il est nécessaire de compenser par des apports tout ce que la culture a exporté.