Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chine (suite)

Le Hubei, la « province des mille lacs », est sous la menace constante de l’inondation en dépit des travaux récents, mais les pluies qui y tombent sont insuffisantes et irrégulières. Cependant, c’est une grande région rizicole : on réussit ici encore à faire parfois deux récoltes annuelles, un riz hâtif d’avril à juillet, précédant la récolte normale d’août à octobre ; fèves, colza et pois sont cultivés en hiver. Dans les lits moyens des fleuves et rivières, le paysan cultive le blé en décrue. Sur les terres plus hautes, la culture principale est celle du coton, dont le Hubei est une des principales régions productrices.

Le delta du Yangzijiang, partie essentielle du Jiangsu, est aussi un « pays de l’eau » : lacs, fleuves, rivières, canaux. La pêche en eau douce est importante : pêche aux poissons sédentaires ou aux migrateurs venus des lacs Dongting et Poyang, dans le Yangzi ; pisciculture du lac Taihu (T’ai-hou). La région centrale pratique la double récolte : riz en été, blé ou orge en hiver. Au sud, la région du Taihu, aux confins du Jiangsu et du Zhejiang, pratique, outre la pisciculture, la culture du mûrier (celui-ci peut supporter une faible inondation) et l’élevage du ver à soie : elle est la première productrice de soie de la Chine. Au nord du fleuve, la culture dominante est le coton, qui tolère des terres légèrement salées ; les marais salants sont importants sur le littoral.

Le nord des provinces du Jiangsu et de l’Anhui présente un tout autre tableau agricole, celui de la Grande Plaine.


L’agriculture de la Chine septentrionale

Les vallées de la Wei et du Huanghe (Houang-ho), dans la région de Luoyang (Lo-yang), ont été le berceau de la civilisation chinoise. Mais, sur le plan matériel, la Chine du Nord a créé une civilisation très différente de celle que l’on considère comme typiquement chinoise (v. Asie de la mousson). La Chine du Nord est la terre des millets : sorgho (Sorghum ; kao-liang en chinois) et petit mil (Pennisetum) ; les poètes les plus anciens ont célébré le « dieu millet » ; parmi les héros divins figure Houji (Heou-tsi), le « prince millet ». Le sorgho bouilli, mangé au bol avec des bâtonnets, et la farine de millet additionnée d’une boulette de viande crue hachée étaient, il y a encore peu de temps, les aliments traditionnels de la population. Les tiges de sorgho fournissent un combustible ; avec les plus belles, on tisse des nattes. Les millets sont, ici, parfaitement adaptés à un climat à été chaud et humide, mais court et à pluies limitées (de 500 à 800 mm environ). S’y ajoutent d’autres cultures d’été (maïs, soja, coton, parfois riz) et aussi des cultures d’hiver, notamment le blé. Il est souvent dit de cette Chine du Nord qu’elle est la « Chine du blé », et il est de fait que le blé est dominant dans certaines régions (Henan) ; mais le blé, un blé dur, s’il est cultivé depuis longtemps, n’est pas ici la plante de civilisation ; il est, d’ailleurs, dans des conditions naturelles difficiles, puisque cette plante méditerranéenne de pays à pluies d’hiver pousse pendant un hiver parfaitement sec (de la mi-septembre à la mi-mai. Le blé est donc naturellement localisé dans des zones basses, inondées tout l’été et jusque très tard en hiver, où il est semé au retrait des eaux et moissonné avant leur retour ; ailleurs, il doit être irrigué. D’autre part, il doit être récolté assez tôt, avant les grandes chaleurs, avant le 5 juin (« double cinq »). L’agriculture de la Chine du Nord se présente ainsi comme une polyculture très variée, réussissant à produire souvent deux récoltes sur la même terre dans la même année, ce qui est exceptionnel au monde en dehors des zones rizicoles.

Cette agriculture n’était nullement un jardinage, contrairement à celle du Sud. Avant la mise en place d’une agriculture socialiste à grandes exploitations collectives dans le cadre des coopératives socialistes, puis des communes populaires, les exploitations étaient relativement grandes : d’après J. Lossing Buck, la moyenne était de près de 3 ha, atteignant 3,33 ha à Kaifeng (K’ai-fong) [Henan], 3,68 ha à Pingxiang (P’ing-hiang) [Jiangxi] et même 4,83 ha à Su (Anhui) ; elle était donc six fois plus élevée qu’en Chine méridionale (0,50 ha environ). Ce fait est lié à une densité de population plus faible et surtout à ce que, au moins dans les provinces de la Grande Plaine (Henan, Hebei, partie du Shandong), la superficie cultivée est, proportionnellement à la surface totale, beaucoup plus forte que dans les provinces méridionales : dans le Henan, 58 p. 100 des terres sont cultivées, alors que la moyenne est de 14 p. 100 dans la Chine du Sud-Est. Cette différence est fondamentale. Elle résulte d’abord de conditions de relief plus favorables : en Chine méridionale, il n’y a aucune plaine aussi vaste, à beaucoup près, et aussi aisément cultivable (une fois assurée la protection contre les inondations du Huanghe) que la Grande Plaine. Mais cette raison n’est pas, à elle seule, suffisante : le Shănxi, montagneux, avait 23,5 p. 100 de sa superficie cultivés. La culture des millets n’est pas cantonnée techniquement, comme celle du riz, aux zones basses et horizontales ; elle peut utiliser plus facilement les pentes. Des terrasses doivent souvent être aménagées (Shănxi), mais elles n’ont pas besoin d’être rigoureusement horizontales comme les rizières en terrasses. Dans ces conditions, la pression démographique au kilomètre carré cultivé est moins forte : 470 habitants au Honan contre 1 000 ou plus en Chine méridionale. Et les problèmes sont de nature différente et, généralement, plus faciles à résoudre.

Le paysage agraire est ainsi un openfield à champs allongés, nettement plus grands que dans le Sud : la parcelle moyenne était proche du demi-hectare (0,44 ha), alors que, bien souvent, les petites rizières carrées du Sud n’atteignent pas 10 ares.

Avant les progrès récents de la mécanisation, la Chine du Nord faisait un large appel à l’animal. On labourait à la charrue et, en même temps, on semait au semoir. Tube en bois auquel étaient fixées quelques petites branches pour empêcher que de trop grandes quantités de semences ne s’échappent en même temps, le semoir était pourvu à son extrémité d’un petit sac plein de semences, et, tout en marchant le long du sillon, le semeur frappait continuellement avec un petit bâton sur le tube pour laisser échapper les semences. Le hersage s’opérait par le passage d’un rouleau de pierre ou au moins d’une grosse pierre. Les transports étaient assurés par une charrette à deux roues et non au fléau d’épaule. Les ânes, mulets, chevaux, bœufs étaient utilisés attelés au collier d’épaule : en moyenne, 52 p. 100 des exploitations avaient un bœuf, et 54,5 p. 100 un âne. En Chine du Sud-Est, au contraire, le travail est aujourd’hui encore surtout fait par l’homme.