Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chine (suite)

Les voies ferrées

Le développement du réseau ferroviaire (22 000 km en 1949, dont 50 p. 100 en Mandchourie ; plus de 37 000 km actuellement) met particulièrement en évidence cette évolution vers un nouvel équilibre régional.

Une des plus riches et la plus peuplée des provinces chinoises, le Sichuan est relié en 1958 au réseau de la Chine orientale (Chongqing-Chengdu-Baoji [1 170 km]), tout comme le Fujian, jusque-là enclavé également. La même année, une ligne de 1 000 km relie Baotou (Pao-t’eou), en Mongolie-Intérieure, à Lanzhou (Lan-tcheou), qu’a atteint, en 1962, le prolongement de la grande voie est-ouest (le Longhai) depuis Xi’an (Si-ngan), et, en 1963, le Xinjiang est débloqué par le prolongement de cette ligne (3 000 km) jusqu’à Ouroumtsi. À partir de 1951, de nouvelles connexions internationales sont établies : Laipin (Lai-p’in) [Guizhou] - Hanoi (1951) ; Pékin-Oulan-Bator (1955) ; Kunming (K’ouen-ming) - Hanoi (1957) [reconstruction de l’ancienne voie construite par les Français] ; mais la liaison prévue entre Ouroumtsi et Alma-Ata n’est pas réalisée après la rupture sino-soviétique.

De nombreuses nouvelles lignes d’intérêt régional, desservant de nouveaux centres industriels ou débloquant des centres d’exploitation de matières premières, complètent cette infrastructure : voies forestières du Heilongjiang, Yantai (Yen-t’ai) - Jinan (Tsi-nan) au Shandong, Daye (Ta-ye) - Wuhan (Wou-han) au Hubei, etc.

De nombreux projets, établis au cours du second plan quinquennal, ont été interrompus à la suite du retrait de l’aide soviétique.

Récemment, on prévoyait de relier, à travers les hauts plateaux tibétains, Xining (Si-ning), capitale du Qinghai, à Lhassa.

P. T.


L’agriculture

En dépit des progrès récents de l’industrie et, en conséquence, de l’urbanisation, la Chine reste un pays essentiellement agricole et rural : 70 p. 100 de la population ou plus vivent de l’agriculture.

On peut distinguer trois grands domaines : celui de la Chine méridionale, celui de la Chine septentrionale, celui de la Chine occidentale, en Asie centrale et en haute Asie (pour cette dernière, v. Mongolie-Intérieure, Sin-kiang, Tibet).


L’agriculture de la Chine méridionale

• Caractères généraux. Les traits essentiels de l’agriculture de la Chine méridionale (au sud des Qinling [Ts’in-ling] et des monts de la Hui [Houei]) ont été définis ailleurs (v. Asie de la mousson). Trois plantes la caractérisent, le riz, le mûrier et le théier. Ces trois plantes (notamment le riz) sont cultivées de façon très intensive et presque continue ; les rizières portent normalement deux récoltes : une de riz en été, une de riz ou, plus souvent, de blé, d’orge, de maïs en hiver ; les rizières ont été, avec plus ou moins de bonheur, protégées des inondations dues à la violence des fleuves par des digues (mais l’endiguement du Yangzi n’était que partiel, puisqu’il n’était réalisé que sur la rive nord, en aval de Shao-shi [Cha-che], à travers le Hubei) ; de ce fait, elles ne peuvent guère bénéficier que d’une irrigation modeste, familiale ou villageoise, sauf exceptions (plaine de Chengdu [Tch’eng-tou], au Sichuan), irrigation qui n’est pas, cependant, dépourvue d’efficacité. Les rizières et aussi les jardins de mûriers et de théiers sont soigneusement fumés (engrais humain, engrais animal, boues des fleuves, des rivières ou des canaux, engrais vert) ; les exploitations sont de très petite taille (0,5 ha en moyenne avant 1949), et les rizières ne sont guère que des jardins (souvent à peine 0,1 ha). Le travail est plus celui du jardinier que du paysan ; il est effectué essentiellement par l’homme lui-même, l’animal attelé au collier d’épaule étant peu employé ; ce faible travail animal n’est pas un fait de civilisation, mais la conséquence à la fois de l’exiguïté des parcelles (qui ne justifierait pas l’emploi permanent d’un animal) et de la très forte densité des hommes (il y a concurrence de l’homme et de l’animal). L’élevage du gros bétail (bœufs et buffles) est donc très peu important ; par contre, celui du petit bétail (porcs, poulets et surtout canards) est effectué dans le cadre familial, de même qu’une habile et ancienne pisciculture. La pêche en mer est développée sur les côtes au sud du Yangzi : l’archipel des Zhoushan (Tcheou-chan) en est le centre principal, mais non le seul.

Ainsi définie, cette agriculture, qui a été le modèle de toute l’agriculture extrême-orientale, est très intensive. Elle exige un travail considérable et donne de forts rendements (30 q de riz à l’hectare en moyenne en 1937). Mais elle présente deux défauts. Tout d’abord, elle n’a pas été modernisée, contrairement à l’agriculture japonaise ; avant 1949, elle n’utilisait ni la pompe à moteur (ou électrique) pour l’irrigation, ni les engrais chimiques ; elle n’avait pas mis au point la sélection des variétés, ni la lutte contre les maladies, ni la standardisation des produits ; la pébrine ravageait les magnaneries, et la grande variété de goût des thés chinois décourageait les acheteurs anglais.

L’autre défaut est commun à toutes les agricultures extrême-orientales : l’agriculture chinoise n’utilise qu’une très faible partie du terrain. Elle est en effet une agriculture de zones plates : la rizière est un champ en eau qui doit être horizontal. Elle ne peut donc être installée sur les pentes, à moins d’exiger les travaux considérables et pas toujours réalisables de l’aménagement de terrasses. Ces dernières ne peuvent guère être construites sur des pentes trop raides, et les montagnes, même lorsqu’elles sont basses en Chine méridionale, ont souvent des pentes très raides. Par ailleurs, la Chine du Sud n’a pas une tradition pastorale qui lui aurait permis d’utiliser les hauteurs pour l’élevage du gros bétail : il convient d’ajouter qu’il n’y a rien de comparable dans les montagnes de la Chine méridionale à la prairie alpine. Lorsque la forêt a cédé la place à la savane (surtout du fait des déboisements humains), celle-ci est constituée de graminacées à rhizomes sans valeur nutritive. Enfin, au sud des Nanling, au moins, les montagnes sont impaludées au-dessous de 1 500 m. Or, la Chine méridionale est une région de relief agité, où les surfaces basses et plates sont d’étendue limitée, si l’on excepte les plaines du Yangzi en aval de Yichang (Yi-tch’ang). Par ailleurs, les sols des pentes sont le plus souvent très médiocres. Au sud des Nanling, ce sont des sols rouges ferralitiques, de véritables sols tropicaux qui, sur terrains cristallins pauvres en calcium, ont une mauvaise structure. Au nord des Nanling, les sols, rouges ou jaunes, « pseudo-ferralitiques », ne sont pas meilleurs. Font exception les bons sols rouges (« purple soils ») du Sichuan, sur grès rouges riches en calcium ; en dehors de ces sols, seules les terres alluviales sont favorables, sans être d’ailleurs, en général, d’une fertilité exceptionnelle.