Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chine (suite)

Les minorités nationales

Cette disparité dans le peuplement de l’espace chinois n’est pas seulement d’ordre quantitatif : la Chine orientale, la « Chine peuplée », est la Chine des Han (ou Chinois proprement dits), qui constituent 94 p. 100 de la population du pays, tandis que toute la partie occidentale est le domaine des minorités nationales — 35 millions en 1953, répartis entre plus de cinquante familles différentes. Seize de ces minorités occupent le nord et le nord-ouest du pays. Le groupe le plus nombreux est celui des Ouïgours, cultivateurs des oasis du Xinjiang, tandis que les autres groupes sont essentiellement des éleveurs nomades ou semi-nomades : Mongols en Mongolie-Intérieure, au Xinjiang et au Qinghai ; Kazakhs et Kirghiz au Xinjiang, Dongxiang (Tong-hiang) au Gansu...

Les Tibétains occupent la vallée du Cangpu (Ts’ang-p’ou), où ils sont agriculteurs, et les plateaux du Qinghai, où ils pratiquent essentiellement l’élevage, tout comme les Yi, ou Lolos, les Bai (Pai), les Tujia (T’ou-kia) sur les massifs de l’ouest du Sichuan, du Guizhou et du Yunnan.

Au sud-ouest, plus de vingt minorités composent une mosaïque ethnique très remarquable : le groupe le plus nombreux est celui des Zhuang (Tchouang) [la plus importante des « minorités nationales » de la Chine], qui sont riziculteurs et dont la plus grande partie occupe le Guangxi. Sur les montagnes du Hunan, du Guizhou et du Yunnan, entre 1 000 et 2 000 m d’altitude, les Miao pratiquent un système semi-pastoral, tandis que les Yao, entre 400 et 1 000 m d’altitude, au Hunan, au Guangxi et au Guangdong, pratiquent une agriculture itinérante sur brûlis. La seule province du Yunnan compte plus de quinze familles « minoritaires », qui constituent le tiers de la population de la province.

Selon les sociologues chinois, toutes ces minorités peuvent être classées en quatre grandes catégories selon leur organisation socio-économique traditionnelle : sociétés « semi-féodales » (Zhuang, Ouïgours, Mongols, etc.) ; sociétés « féodales » (Tibétains, Thaïs, etc.) ; sociétés « esclavagistes » (Yi) ; sociétés « primitives » (Orotchons, Kawa, Li, etc.).

Dans le premier type, le plus proche de la société chinoise traditionnelle, la transformation socialiste s’est opérée d’une manière peu différente (mais plus lentement) de celle qui fut entreprise en Chine orientale. Une réglementation d’exception, adaptée aux conditions des minorités, existe dans tous les autres types. Une autonomie régionale (essentiellement dans le domaine culturel) leur est reconnue et cette autonomie s’applique à trois niveaux différents :
— les « régions autonomes » (l’équivalent de la province chinoise), au nombre de cinq : R. A. ouïgoure du Xinjiang, R. A. de Mongolie-Intérieure, R. A. hui (Houei musulmans) de Ningxia (Ning-hia), R. A. du Tibet, R. A. zhuang du Guangxi ;
— les 29 « départements (zhou [tcheou]) autonomes » au sein des « régions autonomes » ou des provinces pour des communautés relativement importantes (Kazakhs au Xinjiang ou Coréens au Jilin, par exemple) ;
— les 54 « cantons (xian [hien]) autonomes ». C’est un niveau élémentaire correspondant au « canton rural » ou xiang (hiang) des provinces.


Les migrations intérieures

On est très mal informé des mouvements migratoires en Chine. Un examen des statistiques officielles de 1953 et de 1957 peut, toutefois, en donner une idée générale. La plupart des provinces de la « Chine peuplée » ont connu au cours de cette période un taux d’accroissement annuel moyen de 2 à 2,5 p. 100, tandis que la population des régions périphériques s’accroissait dans des proportions bien supérieures : Gansu-Ningxia (Kan-sou-Ning-hia), 2,8 p. 100 ; Shănxi (Chen-si), 3 p. 100 ; Xinjiang (Sin-kiang), 3,3 p. 100 ; Liaoning (Leao-ning), 3,6 p. 100 ; Qinghai (Ts’ing-hai), 4,6 p. 100 ; Heilongjiang (Hei-long-kiang), 5 p. 100 ; Mongolie-Intérieure, 5,2 p. 100.

On estime à plus de 4 millions de personnes la population déplacée entre 1953 et 1957 des foyers de peuplement de la Chine orientale vers les régions périphériques, dont 1 500 000 vers l’ouest et le nord-ouest, et 2 600 000 vers le nord et le nord-est. Tous ces mouvements répondent à une politique de mise en valeur des ressources agricoles et industrielles jusque-là négligées, notamment défrichement des terres vierges du Heilongjiang (Hei-long-kiang), exploitation des ressources forestières des Khingan, développement de l’agriculture dans les milieux arides de Mongolie-Intérieure et du Xinjiang (Sin-kiang) par l’ouverture et l’extension de périmètres d’irrigation, exploitation du pétrole du Qinghai (Ts’ing-hai) et du Xinjiang (Sin-kiang), etc.

Mais la population chinoise s’accroît chaque année de 15 à 20 millions de personnes, et de tels mouvements, pour importants qu’ils soient, restent très insuffisants pour entraîner une modification sensible de la répartition générale décrite.


La croissance urbaine

La population urbaine représentait 10,6 p. 100 de la population totale en 1949, 13,3 p. 100 en 1953, 14,3 p. 100 en 1957 (92 millions), et on l’évaluait à 18 p. 100 en 1960 (environ 130 millions soit, en valeur absolue, une des plus importantes populations urbaines du monde).

La population totale s’est accrue de 9 p. 100 entre 1953 et 1957, mais de 18 p. 100 pour la population urbaine et de 8 p. 100 pour la population rurale.

La croissance urbaine, liée au développement industriel entrepris depuis 1949, est alimentée par d’importants mouvements de populations rurales vers les villes (plus de 20 millions de personnes entre 1950 et 1956), qui constituent jusque-là, quantitativement, l’essentiel des mouvements migratoires intérieurs, surpassant de très loin les migrations interrégionales.

Parallèlement aux migrations organisées et répondant aux besoins du développement industriel urbain, on a assisté jusqu’en 1955-56 dans de nombreuses villes à des arrivées massives et incontrôlées qui ont posé de sérieux problèmes, notamment à Shanghai et à Pékin. De sévères mesures de contrôle ont été prises à partir de 1957, et plusieurs millions de personnes, non qualifiées ou sous-employées, ont été renvoyées à la campagne.