Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chine (suite)

Sur le plan culturel, c’est une époque de contacts et de cosmopolitisme comme la Chine n’en avait plus connu depuis les Tang. De nombreux musulmans venus de l’Ouest s’installent en Chine du Nord et jusqu’au Yunnan, tandis que le lamaïsme (une forme du bouddhisme) se répand à partir du Tibet. Vers 1264, Kūbīlāy donne au supérieur du couvent de Śākya la souveraineté du Tibet. La papauté délègue des missionnaires en Asie centrale et, en 1307, Giovanni da Montecorvino (1247-1328) est fait archevêque de Khānbalik. Le Vénitien Marco Polo séjourne en Chine pendant plusieurs années (y occupe même un poste dans l’Administration) et s’en revient par mer avec une ambassade se rendant en Perse. En sens inverse, le nestorien Rabban Çauma (v. 1225-1294), né à Khānbalik, parvient jusqu’à Paris. La Chine reçoit alors certaines techniques nouvelles (cloisonné, tapis au point noué), tandis que plusieurs inventions chinoises (poudre, imprimerie) se répandent vers l’ouest. Par fidélité à la dynastie déchue, les lettrés restent souvent à l’écart, et ce sont les milieux « bourgeois » qui développent alors une littérature originale (triomphe du théâtre en langue parlée).


Les Ming et les Qing (Ts’ing) [fin du xive-xixe s.]

Si les marchands et les villes profitent de l’ordre mongol, il semble que les campagnes aient à en pâtir. Les grands domaines continuent à se multiplier, augmentant la misère paysanne. Lorsqu’en 1351 le fleuve Jaune déborde, des régions entières sont inondées, et la famine sévit ; des jacqueries éclatent un peu partout, parfois suscitées par des chefs de sociétés secrètes. Pour finir, ce sont les « Turbans rouges » (les révoltés avaient comme signe de ralliement une étoffe rouge autour du front) qui portent le coup fatal à l’autorité mongole. Profitant des troubles, un paysan, Zhu Yuanzhang (Tchou Yuan-tchang), parvient à prendre le pouvoir et fonde une nouvelle dynastie, dont le nom Ming, signifiant « clarté », aurait peut-être été choisi en rapport avec des croyances manichéistes. Se présentant comme « national », face à l’occupant mongol, le nouvel ordre obtient le ralliement de la majorité.

Sous le règne de Zhu Yuanzhang (ère Hongwu [Hong-wou], 1368-1398) et sous celui de son fils cadet (ère Yongle [Yong-lo], 1403-1424), la Chine connaît de nouveau un grand essor. La Grande Muraille, tombée depuis longtemps en ruine, est restaurée, afin d’aider à contenir au nord les hommes de la steppe. D’origine paysanne, les nouveaux maîtres s’intéressent à l’agriculture et font établir un cadastre. On restaure les travaux d’irrigation, on distribue gratuitement des bœufs de labour et des outils, on organise un système de greniers publics (réserves en cas de mauvaises récoltes) ainsi qu’un système de « champs militaires » (tuntian) [t’ouen-t’ien], attribués à des soldats et susceptibles de subvenir ainsi à leurs propres besoins, on décrète en 1394 la culture obligatoire du coton. Toutes ces mesures amènent une reprise indéniable de l’agriculture, progrès qui explique en partie l’essor démographique qui va s’amorcer.

Le pouvoir central est renforcé par la création d’un Grand Conseil et d’une police secrète, instruments d’autocratie, ainsi que par la généralisation d’un système de surveillance, regroupant les familles sous l’autorité d’un « responsable », chargé du contrôle et du bon ordre. La capitale, reportée un temps dans le Sud, à Nankin (où se trouve la tombe de Zhu Yuanzhang), est définitivement installée à Pékin par Yongle. Mais cela ne signifie pas que la Cour se désintéresse du Sud et du commerce maritime ; le Grand Canal est de nouveau restauré et soigneusement entretenu, et de grandes expéditions maritimes sont envoyées, sous le commandement de l’eunuque Zheng He (Tcheng Ho), en direction des mers du Sud (Malacca, Java), de Ceylan, du Moyen-Orient et même de l’Afrique orientale (sept voyages entre 1405 et 1435) ; elles visent à raviver le commerce et à établir le prestige de la nouvelle dynastie dans ces régions lointaines.

Vers la fin du xve s., toutefois, plusieurs difficultés apparaissent. À la frontière du Nord, les Mongols reprennent l’offensive (en 1450, ils parviennent même à s’emparer de la personne de l’empereur Yingzong [Ying tsong]) ; les côtes sont l’objet de raids répétés de la part de pirates japonais, qui, en 1555, parviennent jusqu’à Nankin. Parallèlement, le développement de la grande propriété, qui avait été un temps ralenti par les mesures bénéfiques des premiers Ming, reprend peu à peu, compromettant dangereusement l’autorité du pouvoir central. Les dignitaires, les membres de la famille impériale constituent de vastes domaines aux dépens des petits paysans libres, qui cherchent à échapper à la fiscalité en quittant leurs terres et en fuyant vers les régions encore libres ; les sociétés secrètes trouvent dans ces paysans errants de nouvelles recrues, et les jacqueries se multiplient. Les empereurs ne parviennent point à garder le contrôle de la situation. Les eunuques, introduits à la Cour sous Yongle, arrivent à confisquer l’essentiel du pouvoir ; les fonctionnaires lettrés, qui se trouvent ainsi dépossédés de ce qui avait été un de leurs monopoles, tentent de résister en organisant une opposition semi-secrète ; d’autre part, la population des villes proteste à plusieurs reprises en organisant des émeutes contre les eunuques, collecteurs de taxe ou contrôleurs des ateliers impériaux.

Au cours des premières décennies du xviie s., la crise s’intensifie ; après le long règne de l’empereur Wanli (Wan-li, 1573-1620), les forces d’opposition deviennent les plus puissantes. Les Mandchous, lointains descendants de ces Djurtchets qui avaient fait parler d’eux au xiie s., s’affranchissent de la suzeraineté chinoise, et, en 1636, leur chef prend le titre dynastique de Qing (Ts’ing). Au Shănxi et au Henan, les paysans révoltés se groupent sous l’autorité de Li Zicheng (Li Tseu-tch’eng, v. 1605-1645), qui marche sur Pékin ; les eunuques acculent le dernier empereur Ming au suicide et ouvrent les portes de la ville aux armées populaires, mais ils intriguent avec le général loyaliste Wu Sangui (Wou San-kouei, 1612-1678), qui, lui-même, favorise le succès des Mandchous. En 1644, les Qing entrent à Pékin ; au cours des années suivantes, ils parviennent à conquérir peu à peu le reste de l’Empire, en dépit de nombreuses résistances (formation de petits États autonomes dans le Sud, désignés sous le nom de Nan Ming [Nan-Ming, ou « Ming du Sud »] ; opposition de Koxinga [Zheng Chenggong (Tcheng Tch’eng-kong), 1624-1662], dans l’île de Taiwan). Pour la deuxième fois (après les Yuan), la totalité du territoire chinois passe aux mains d’une dynastie étrangère.