Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chimpanzé (suite)

Le premier facteur de réussite semble être dans le choix de jeunes sujets. À l’heure actuelle, ces animaux peuvent très bien être importés dans nos pays sans aucun risque de mortalité et sans aucune fatigue, puisque les transports aériens fonctionnent régulièrement. Il faut, quand on a installé les animaux dans leur nouvel habitat, les confier à un personnel expérimenté qui pourra leur donner de petits soins. Il faut surtout distraire les jeunes. Ils sont remuants, gais et tapageurs, et leur gardien doit jouer avec eux pour leur éviter l’ennui. Les animaux jeunes ont besoin aussi d’une grande affection. Quand les animaux sont seuls, bien souvent leurs gardiens les prennent sur eux pour les distraire.

Le régime alimentaire est variable suivant l’âge. Dans le premier âge, ce sont surtout les farines lactées, comme pour les enfants, qui leur conviennent le mieux. Progressivement, on ajoute des jus de fruits et des fruits. Plus tard, on pourra leur donner des légumes, des biscuits, du pain.

Voici approximativement la ration alimentaire d’un adulte :

Un jour sur deux, on pourra donner un œuf dur ou un tout petit bifteck, ou une toute petite tranche de jambon.

À ce régime, on ajoute des vitamines A, D et B1.

Certains jardins zoologiques fabriquent pour leurs animaux des gâteaux spéciaux. Voici une de ces formules :


(Ajouter quelques sels minéraux et des vitamines A et D.) D’une façon générale, les Singes aiment beaucoup ces brioches. On peut y ajouter aussi quelques raisins secs. Ces brioches remplacent avantageusement le pain ordinaire.

Les maladies auxquelles les Chimpanzés sont exposés dans la nature sont surtout des maladies parasitaires. Ceux qui sont nouvellement importés en Europe peuvent être porteurs de parasites intestinaux : Ankylostomes, Oxyures, Ascaris, Amibes, Trichocéphales, Strongyloïdés, Œsophagostomes, etc. En captivité, la première chose à faire est naturellement d’étudier leur formule parasitaire, puis de les débarrasser de tous les parasites qu’ils hébergent. Parfois, ils sont aussi porteurs de Spirochètes, de Filaires, de Plasmodium ou de Trypanosomes.

En étroite captivité, les Chimpanzés contractent surtout le coryza, qui prend chez eux des proportions graves. En plus de cette maladie, bénigne chez l’Homme, ils attrapent aussi la grippe, qui chez eux prend une gravité exceptionnelle, se compliquant de pneumonie et de bronchopneumonie, maladies d’autant plus délicates qu’elles sont difficiles à soigner, car les adultes sont toujours très dangereux à approcher. Leur extrême sensibilité à la tuberculose a été signalée depuis longtemps. C’est pour éviter la contagion et préserver leurs animaux de ces maladies graves que les grands jardins zoologiques présentent leurs animaux au public dans de véritables vitrines et, à la belle saison, en pleine liberté dans des îles assez éloignées. Cette façon de faire a pour but d’empêcher le public d’envoyer des friandises pouvant contaminer les animaux.

Les avitaminoses sont relativement rares grâce aux rations équilibrées et vitaminées dont ils bénéficient. Mais certaines maladies du tube digestif sont encore assez fréquentes : gastrites, colibacillose, hépatites, virales ou non.

On voit donc que c’est grâce à une surveillance de tous les instants que l’on peut garder en captivité très étroite de pareils animaux. Tous ces soins ont permis d’obtenir des naissances. Les jeunes sont une belle attraction pour le public ; de plus, ils permettent aux biologistes et aux psychologues de faire des observations sur leur comportement à tous les âges de leur existence, puisque leur observation dans la nature est très délicate. En effet, les troupes qui vivent en brousse et en forêts nomadisent sans arrêt, et il est particulièrement difficile de les suivre et de faire sur eux une expérimentation suivie.


L’intelligence des Chimpanzés

De tout temps, les biologistes ont cherché à savoir quel était le niveau de l’intelligence du Chimpanzé par rapport à celui de l’Homme.


Sens

On a d’abord étudié l’acuité des organes des sens. Le toucher semble bien développé. Le sens de la gustation l’est particulièrement. Il suffit de donner à un animal un bol de lait contenant des traces d’un médicament pour qu’il refuse aussitôt de le boire et qu’il renverse ce bol.

Son odorat aussi est bien développé. C’est un sens qui paraît indispensable aux frugivores.

Sa vue est extraordinaire, sinon perçante. Il reconnaît dans la foule un visage ami, un ancien maître ou un gardien. Il a une bonne notion des couleurs. Son ouïe est très fine.


Résolution des problèmes

Le Chimpanzé a donc une vision de l’univers très proche de la nôtre. Pour apprécier son degré d’intelligence, il a fallu le soumettre à des tests plus ou moins compliqués, tous plus ingénieux les uns que les autres et variés à l’infini. Ce sont des problèmes d’abord simples, mais dont la complication augmente progressivement. Suivant la réponse, on peut apprécier le degré d’évolution de l’animal. On utilise par exemple le test du détour. On place l’animal dans une cage ; un appât est disposé devant lui de l’autre côté du grillage de sa cage. La porte étant ouverte, il doit sortir et faire le tour pour aller chercher les appâts. C’est un problème facilement résolu. On peut encore utiliser des instruments. Un bâton est mis à la disposition du sujet en expérience pour attraper au travers des barreaux de sa cage un appât se trouvant à l’extérieur. Il peut assez facilement entrer en possession de ce qu’il désire. Si le bâton est trop court, il doit à l’aide d’un matériel approprié (un autre bâton) prolonger le premier par emboîtement et s’emparer des appâts.

Un autre test est classique. Un appât est installé au plafond de la cage. On donne à l’animal des matériaux qu’il doit empiler d’une certaine façon pour pouvoir monter dessus et accéder aux appâts. Le Chimpanzé résout tous ces petits problèmes. Un test imaginé par un biologiste américain est le suivant : le Chimpanzé est mis en présence d’une machine distributrice qui délivre une friandise lorsqu’on met un jeton dans une fente de la machine. Un très court apprentissage permet à l’animal de se servir au gré de sa fantaisie ou de son appétit. Il ramasse alors les jetons qui lui sont nécessaires. Lorsqu’on ferme la machine, le Chimpanzé continue à essayer d’obtenir ce qu’il désire, mais, n’y parvenant pas, il s’approvisionne en jetons et attend patiemment la réouverture de l’appareil.