Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chili (suite)

Le Chili central

C’est le cœur économique et humain du Chili : de Santiago à Concepción, en effet, vivent près de 80 p. 100 de la population, qui assurent la presque totalité de la production de l’agriculture et des industries de transformation.

Les activités agricoles occupent la Vallée centrale de façon relativement continue, tandis que la vie urbaine se concentre sur deux pôles au nord et au sud de la région.

Santiago, qui est l’une des villes de l’Amérique du Sud dont la population s’accroît le plus rapidement, joue le rôle de capitale économique, politique et administrative pour l’ensemble du Chili. Elle offre d’ailleurs l’aspect de ces capitales hypertrophiées par rapport au reste du pays, puisque le Grand Santiago regroupe environ le tiers de la population totale du Chili, tandis que sa production industrielle représente 54 p. 100 de celle du pays et que ses revenus concentrent 64 p. 100 du revenu national.

Valparaíso (296 000 hab.) et toutes les petites villes périphériques qui forment une conurbation constituent le deuxième élément de ce grand pôle urbain de la partie septentrionale du Chili central. C’est un grand centre portuaire et industriel : 645 établissements y assurent 10 p. 100 du total de la production industrielle nationale.

La dépression, au sud de Santiago, ne renferme que des villes modestes, de moins de 50 000 habitants, mais, sur la côte, la ville de Concepción constitue, dans la partie méridionale du Chili central, le second pôle urbain important.

Avec 178 000 habitants, Concepción est une métropole régionale, un centre administratif, commercial et culturel, en même temps qu’un foyer industriel, notamment grâce au développement du grand centre sidérurgique voisin de Huachipato. On y trouve aussi une raffinerie de pétrole et un complexe industriel diversifié autour du port. L’ensemble de ces activités représente environ 8 p. 100 de la production industrielle chilienne. Avec Concepción, différents autres centres urbains périphériques forment une véritable conurbation, dont la population atteint 350 000 habitants.

Avec ces grandes villes, le Chili central ne cesse d’accroître son potentiel de production et symbolise l’essor et la modernisation de l’économie du pays ; le Nord et le Sud, au contraire, rappellent que, malgré ce développement récent, le Chili reste un pays fondé sur une économie de matières premières longtemps exploitées par des capitaux étrangers et exportées vers les grandes puissances.

M. R.

➙ Amérique latine / Amérique précolombienne / Andes / Santiago / Valparaiso.

 F. A. Encina, Historia de Chile (Santiago, 1940-1952 ; 20 vol.). / R. Avalos, le Chili (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1957 ; 3e éd., 1969). / G. Pendle, The Land and People of Chile (Londres, 1960). / J. E. Fagg, Latin America. A General History (New York, 1963 ; 2e éd., 1969). / F. B. Pike, Chile and the United States, 1880-1962 (Indianapolis, 1963). / Notes et Études documentaires, le Chili (la Documentation française, 1963). / D. W. Bray, Chile, the Dark Side of Stability (New York, 1964). / A. Pinto, Chile, una economia dificil (Mexico, 1964). / A. Olavarria Bravo, Chile entre dos Alessandri (Santiago, 1965). / R. N. Burr, By Reason or Force : Chile and the Balancing of Power in South America, 1830-1905 (Berkeley, Calif., 1965). / K. H. Silvert, Chile, Yesterday and Today (New York, 1965). / J. Borde, les Andes de Santiago et leur avant-pays. Étude de géomorphologie (Union fr. d’éd., Bordeaux, 1966). / P. Cunill, l’Amérique andine (P. U. F., coll. « Magellan », 1966). / A. Labrousse, l’Expérience chilienne, réformisme et révolution (Éd. du Seuil, 1972). / G. Arroyo, Coup d’État au Chili (Éd. du Cerf, 1974). / O. Duhamel, Chili ou la Tentative (Gallimard, 1974). / A. Joxe, le Chili sous Allende (Gallimard, coll. « Archives », 1974).


L’histoire


La période coloniale

Le Chili précolombien était habité par les Araucans, Indiens belliqueux, agriculteurs primitifs vivant en villages et regroupés en une fédération de tribus. Ce peuple, qui résista aux Incas puis aux Espagnols, a été comparé aux Barbares qui subjuguèrent l’Empire romain. Quatre-vingts ans avant l’arrivée des Espagnols, l’Inca Ypanqui envahit le nord du Chili, puis se heurta à la résistance des Araucans. La conquête espagnole se fit de la même manière, partiellement et difficilement.

• 1532 : conquête du Pérou.

• 1536 : expédition de Diego de Almagro dans le nord du Chili.

• 1541 : fondation de Santiago par Pedro de Valdivia.

• 1553 : Valdivia est vaincu à Tucapel par le chef araucan Lautaro, et exécuté. Puis Lautaro bat Francisco de Villagra, qui doit évacuer Concepción. Le chef araucan est tué en 1557. La lutte entre Espagnols et Araucans continuera trois siècles, si bien que le Chili coûtera plus à conquérir et à conserver que tout le reste du continent.

Cette lutte homérique entre deux races donna naissance à une épopée, La Araucana, dont l’auteur, Alonso de Ercilla y Zúñiga (1533-1594), combattit trois ans les Araucans.

Lorsque les Espagnols purent s’établir de façon stable au Chili (excepté au sud, où les Araucans résistèrent jusqu’à la fin du xixe s.), ils en firent une « gobernación » et une « real audiencia ». Région dépourvue de mines, cette marche frontière vivait de l’agriculture et exportait vers le Pérou du blé, des fruits secs, du chanvre. Cela ne suffisait pas à financer la guerre qui dévorait une partie des revenus du Pérou voisin. Dans la mise en valeur économique comme dans la pacification, les Jésuites jouèrent un grand rôle. Entrepreneurs et commerçants de génie, ils résolurent d’entreprendre la conquête pacifique de l’Araucanie et, pour ce faire, apprirent la langue des Indiens.


L’indépendance

En 1780, les créoles et les Espagnols du Chili réclamèrent une monarchie constitutionnelle, mais ce furent les événements de France et d’Espagne qui fournirent à la colonie l’occasion de proclamer son indépendance en détruisant la monarchie espagnole.

• 1811 : formation d’une junte patriotique à Santiago ; José Miguel Carrera, un jeune révolutionnaire de vingt ans, se proclame dictateur.

• 1811-1814 : luttes intestines et guerre contre les Espagnols.

• 1814 : victoire espagnole de Rancagua (1er oct.), malgré la résistance héroïque de Bernardo O’Higgins (1776-1842) ; rétablissement du pouvoir espagnol.

• 1817 : José de San Martín* escalade les Andes avec 5 000 hommes et met les Espagnols en déroute à Chacabuco (12 févr.) ; O’Higgins reçoit le titre de directeur suprême du Chili.

• 1818 : la victoire de Maipú (5 avr.) libère définitivement le Chili, tandis que l’amiral britannique lord Cochrane (1775-1860) contrôle les mers pour le compte des patriotes.

• 1820-1823 : les troupes chiliennes, dirigées par San Martín puis par Bolívar*, participent à la libération du Pérou. Dans le sud du Chili, Espagnols et Araucans mènent la guerre jusqu’en 1831.

O’Higgins exerce un pouvoir dictatorial de 1817 à 1823. En 1823, certaines troupes se soulèvent contre lui, et la guerre civile n’est évitée que par son départ pour l’étranger. Comme San Martín, ce « libertador » meurt en exil.