Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chicago (suite)

Le développement de la ville fit un bond spectaculaire entre 1848 et 1870 durant l’ère de construction des chemins de fer, qui fut aussi une période d’expansion commerciale et industrielle et d’immigration importante. La première voie ferrée fut construite en 1848 entre Chicago et Galena, près du Mississippi. L’Illinois Central tissa sa toile d’araignée sur tout l’État jusqu’à Cairo à partir de 1856. Ensuite s’organisèrent les réseaux du Chicago, Burlington and Quincy, au cœur du Corn Belt, du Chicago and North Western et du Chicago, Milwaukee and Saint Paul, qui desservent le nord du Midwest. Les relations avec l’Est sont assurées par le Pittsburgh, Fort Wayne and Chicago (la liaison Chicago - New York date de 1852), le Michigan Southern et le Pennsylvania. Vers 1860, une douzaine de compagnies utilisaient Chicago comme point de départ de leur ligne. Pendant la guerre de Sécession, la tête du transcontinental projeté fut fixée à Chicago ; la construction de l’Union Pacific s’acheva en 1869.

L’établissement du réseau ferroviaire fit sentir immédiatement ses effets économiques. Entre 1848 et 1860, Chicago devint le premier marché pour le blé, le maïs et le bois et concurrença Cincinnati pour l’abattage des porcs (construction des célèbres parcs à bestiaux de l’Union Stockyards en 1865). La grande industrie fit son apparition, principalement les branches dépendant de l’agriculture (préparation de la viande, charcuterie, minoterie) et celles qui la servent (machines agricoles, notamment les moissonneuses McCormick [aujourd’hui International Harvester], qui s’assurèrent rapidement la suprématie sur le marché mondial). L’ameublement et la confection devinrent aussi des industries très importantes. Les fournitures militaires de toutes sortes donnèrent une forte impulsion à l’industrie pendant la guerre de Sécession (confection d’uniformes, industries du cuir, métallurgie, industries alimentaires). La colonisation de la Prairie et l’industrialisation de Chicago firent de cette ville un point de passage obligé pour les uns, un point d’arrêt pour les autres. Les immigrants comprenaient, comme dans maintes régions pionnières, des Yankees possédant esprit d’entreprise et capitaux, mais aussi, à la faveur de la grande émigration européenne, des Irlandais, des Allemands et des Suédois, ces deux derniers éléments prenant une part active à la direction de la ville et des affaires. La population passa de 30 000 en 1850 à 300 000 en 1870, avec une majorité née hors des États-Unis.

Jusqu’en 1850, la ville occupait un espace compris entre la branche sud de la rivière de Chicago, le cours est-ouest commun aux deux branches et le lac, c’est-à-dire le centre administratif et financier d’aujourd’hui. L’établissement du réseau ferroviaire, l’arrivée des produits du Midwest et la venue de nombreux immigrants entraînent la prolifération des usines, entrepôts, gares et maisons en bordure de la rivière et du lac. Les constructions s’étendent en tache d’huile dans le North Side (entre lac, cours inférieur et branche nord de la rivière), le West Side (entre les deux branches) et le South Side (entre branche sud et lac, au sud du centre actuel). La bourgeoisie yankee et allemande habita d’abord des pavillons cossus dans le North Side (rues Dearborn et La Salle) et le West Side ; la population ouvrière, des maisons modestes dans le South Side (près des gares et parcs à bestiaux) et près de la rivière (manufactures, entrepôts). Après la guerre de Sécession, usines et taudis envahirent les quartiers bourgeois, dont les habitants s’installèrent plus loin dans le West Side (rue Madison, avenues de Milwaukee et d’Ogden) et dans un nouveau North Side. Dès cette époque, on ressent avec force les désagréments apportés par la rivière : les manœuvres incessantes des ponts levants, basculants ou tournants, par suite de l’activité de la navigation dans l’arrière-port, gênent les relations du North Side et du West Side avec le centre ; les quais, entrepôts, usines et embranchements ferroviaires entraînent laideur, bruit et poussière. Entre 1865 et 1871, l’occupation dense garnit un rectangle de 11 km de longueur du nord au sud (entre les avenues Fullerton et Pershing) et de 5 km de largeur. Les terrains situés hors de ce rectangle prennent une valeur considérable ; car la possibilité de relations avec le centre par trains et tramways à chevaux, la récente ceinture de parcs et boulevards limitant la zone des constructions serrées, des usines et des quartiers pauvres, l’expansion industrielle dans les faubourgs, les taxes plus basses et l’agrément des pavillons espacés stimulent le développement suburbain.

Une nouvelle période de développement urbain commence après l’incendie du 9 octobre 1871. Cette catastrophe, qui détruisit une grande partie de la ville (le centre et North Side), stimula les industries du bâtiment et engendra une période de prospérité. On comptait 60 000 emplois industriels en 1873. Les industries anciennes prirent une nouvelle dimension dans l’alimentation (apparition de grandes firmes comme Armour et Libby’s), la confection (entreprises créées par des Juifs d’Europe centrale) et l’ameublement, comme dans la fabrication du matériel agricole. L’activité des transports ferroviaires et le fait que Chicago soit située au centre de nombreux réseaux conférèrent à la construction et à la réparation du matériel roulant une place importante. La demande d’acier était considérable ; elle entraîna une expansion de la métallurgie primaire. Le commerce se développa sous toutes ses formes : transports, services financiers (Chicago devint la deuxième place bancaire et boursière des États-Unis), sociétés de vente à succursales multiples et par correspondance.

La population de Chicago atteint 1 100 000 habitants en 1890 et 2 185 000 en 1910, à la fois par annexion de localités suburbaines et accroissement de l’immigration. L’immigration anglo-saxonne et germanique s’amplifie, mais, à la fin du xixe s., elle est dépassée par l’afflux massif des Slaves et Latins (Polonais, Ukrainiens, Russes, Tchèques, Slovaques, Serbes, Italiens et Roumains), des Baltes et des Hongrois. Les derniers arrivés s’entassent dans les parties vétustés du North Side, du West Side et du South Side proches du centre, près du port, des usines et entrepôts qui bordent la rivière et les voies ferrées. Les maisons converties en rooming houses deviennent rapidement des taudis (slums), tandis que les Américains de souche et assimilés poursuivent leur fuite vers les quartiers extérieurs et de nouveaux faubourgs résidentiels. Le noyau primitif devient définitivement le centre des affaires (on y construit le premier gratte-ciel, en acier, en 1884-1885, avant ceux de New York). Vers 1890, l’espace construit dépasse Belmont Avenue au nord, Kedzie Avenue à l’ouest et la 63e Rue au sud.