Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

château (suite)

 F. Gebelin, les Châteaux de la Renaissance (Van Oest, 1927) ; les Châteaux de France (P. U. F., 1962). / R. Ritter, Châteaux, donjons et places fortes (Larousse, 1953). / C. Sarthou Carreres, Castillos de España (Madrid, 1963). / P. Barbier, la France féodale, t. I. : Châteaux forts et églises fortifiées (Presses bretonnes, Saint-Brieuc, 1968). / L. Gerö, Châteaux forts de Hongrie (Gyoma, 1969). / B. de Montgolfier, Dictionnaire des châteaux de France (Larousse, 1969). / H. P. Eydoux, Châteaux fantastiques (Flammarion, 1969-1972 ; 4 vol.). / F. Enaud, les Châteaux forts en France (Veyrier, 1974).

Chateaubriand (François René, vicomte de)

Écrivain français (Saint-Malo 1768 - Paris 1848).


En apparence, la vie et la carrière de Chateaubriand n’offrent plus grand mystère, tant son œuvre entière, de l’Essai sur les révolutions aux Mémoires d’outre-tombe, ressemble à une confession. Pourtant, une édition critique des Mémoires montrerait un décalage, un gauchissement souvent très conscient entre le portrait littéraire et la réalité. L’écrivain a simplifié à l’extrême son attitude politique, a jeté l’ombre ou la nuit sur bien des épisodes de son existence. Mais nous savons depuis longtemps à quel point « confessions » et « Mémoires » sont prétextes à subterfuges.


Le paradis de l’enfance

On nous assure qu’il naquit à Saint-Malo le 4 septembre 1768. Il serait plus exact de fixer cette naissance juste un an avant celle de Bonaparte, à la fois le rival et le héros qu’il s’est choisi. Il serait plus exact aussi de dire qu’il vit le jour en Armorique, au pays des Celtes et des fées, tout près de la forêt de Brocéliande qu’enchantait Merlin, presque à l’endroit où Eudore rencontrera la druidesse Velléda. Car il s’est voulu Breton à l’extrême, jusque dans ses ancêtres les plus reculés et dans sa plus profonde sensibilité. La mer, les forêts historiques et le château de Combourg, habité par le silence, les chouettes et les fantômes, formèrent le cadre de son enfance : « [...] nous autres Bretons attendons le retour [du roi Arthur] comme les Juifs attendent le Messie », écrira-t-il dans l’Essai sur la littérature anglaise. Dans ce coin reculé, cette enfance fut étrangement retardataire et mêlée. Son père, qui avait fait le commerce sur mer et même la traite des Nègres, régnait sur son comté de fraîche acquisition, sur son épouse et ses enfants. Le jeune François vécut une existence sauvage à travers les bois et les étangs, sur les rivages d’une mer sans cesse agitée, comme du Guesclin, mais aussi comme La Mennais et Renan, ses compatriotes. Les rêveries, une piété naïve où le culte de la Vierge tient une place importante, une famille étrange, une jeune sœur douce, à l’imagination désordonnée, forment l’ouverture étonnante des Mémoires d’outre-tombe et font de Chateaubriand, bien avant Renan, avant Proust, le premier de ces magiciens qui ressuscitent les paradis de l’enfance. Enfance et adolescence qui par ailleurs l’apparentent psychologiquement à Gide, puisque la crainte et le goût du péché s’y associent curieusement.

Au collège, en effet, il lit les élégiaques, Tibulle, Horace dans une édition non expurgée, mais aussi le Traité des confessions mal faites, et voit avec terreur arriver le jour de sa première communion. Du reste, la ferveur l’abandonne vite, dès le collège. Être de doute, il le restera toute sa vie. Il l’est déjà dans le choix de la carrière que lui impose sa condition de cadet, hésitant entre l’Église et les vaisseaux du roi. Finalement, il sera sous-lieutenant d’infanterie du régiment de Navarre, sans grand enthousiasme et pour peu de temps, car il préfère les congés au service. Il partagera sa liberté reconquise entre Fougères, où habitent deux de ses sœurs, et Paris, où habitent son frère aîné et une autre de ses sœurs, bien établis dans le monde. C’est dans ce Paris qui est encore du xviiie s. que va se former son esprit et s’éveiller une vocation d’écrivain. Il y recommence ses études, s’applique au grec, à l’histoire, lit les philosophes des lumières, en particulier découvre, avec l’Histoire des deux Indes, celui qui deviendra « son » Raynal. Par privilège spécial, c’est-à-dire avec l’appui de son frère, il est admis dans les carrosses du roi, participe à une chasse royale. Il gardera de Louis XVI un souvenir amusé. S’il ne recherche pas systématiquement les honneurs, du moins ils flattent sa vanité. Cependant, il préfère à Versailles la compagnie des gens de lettres, poètes comme Lebrun et Parny, bohèmes comme Flins, ou même esprits plus turbulents et francs libertins comme Delisle de Sales.


L’ailleurs : voyageur et émigré

Ainsi, dès le départ, tout conformisme lui déplaît. Sa vie durant, il restera d’excellente compagnie, certes, mais très libre de pensée et de langage, toujours accueillant aux nouveautés. Il regarde donc avec sympathie la Révolution naissante, comme une bonne part de la noblesse de province, de la noblesse bretonne surtout. Mais les excès qu’il voit à Rennes comme à Paris l’en détournent bientôt. Sur les conseils de Malesherbes, qui était apparenté à sa famille, il forme le projet de partir pour l’Amérique. Lui-même a raconté ce voyage de cinq mois à maintes reprises, dans l’Essai sur les révolutions et le Génie du christianisme, puis dans la préface d’Atala, dans son Voyage en Amérique, enfin dans les Mémoires d’outre-tombe, chaque fois l’enrichissant de variantes et de précisions. Il est clair maintenant qu’il n’a ni visité la Louisiane, ni vu le Meschacebé (le Mississippi), ni rencontré Washington. Il est certain que son grand projet de traverser tout le continent américain, puis de suivre la côte du Pacifique pour découvrir un passage par le nord entre les deux océans était une chimère. Plus modestement, il remonta le fleuve Hudson jusqu’à Albany, ville peuplée de Hollandais, alla jusqu’aux chutes du Niagara, longea une partie du lac Ontario et du lac Érié et revint à Philadelphie, d’où il était parti. L’objet de son voyage ne fut pas de découvrir des terres américaines pour redonner à la France le commerce des fourrures, comme il le déclare, mais plus probablement de trouver un emploi dans un pays prometteur. Disciple de Rousseau, il voulait voir de près l’homme sauvage, étudier la faune et la flore américaines ; il allait en même temps chercher des images pour un roman canadien qu’il avait entrepris, auquel il s’était préparé d’ailleurs par de nombreuses lectures. S’il revint de cette aventure encore plus désargenté qu’il n’était parti, elle marquera du moins sa vie et sa carrière littéraire. Il sera désormais l’exilé, le voyageur. Par ailleurs, une partie importante de son œuvre romanesque se rattache au Nouveau Monde : les Natchez, Atala, René ; les paysages et ses rêves américains s’imposeront toujours avec insistance à travers ses descriptions d’Italie et de Grèce, ou même de Bretagne.