Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Charles le Téméraire (suite)

L’ampleur de ces ambitions effraie. Formée dès mars 1473, la « Basse Union » (Bâle, Mulhouse, Colmar, Strasbourg) lui barre la route du Rhin ; un an plus tard, la révolte de la Haute-Alsace aboutit à la mise à mort de Pierre de Hagenbach (mai 1474), tandis que Louis XI finance la réconciliation des cantons suisses avec Sigismond de Tyrol (accord de Constance du 30 mars 1474) et leur alliance avec la Basse Union, devenue l’Union de Constance le 31 mars et à laquelle accèdent Sigismond le 4 avril et René de Lorraine le 15 août.

Ayant alors commis l’erreur d’assiéger la ville de Neuss sur le Rhin (juill. 1474 - juin 1475), Charles le Téméraire ne peut rejoindre son beau-frère Édouard IV d’York, qui s’est porté à son secours en débarquant à Calais le 4 juillet 1475, mais qui doit traiter à Picquigny avec Louis XI le 29 août. Il remporte un dernier succès en Lorraine, où il occupe Nancy le 30 novembre, mais il est vaincu à deux reprises par les Suisses, à Grandson le 2 mars 1476 et à Morat le 22 juin, avant de tomber sous leurs coups le 5 janvier 1477 devant les murs de Nancy, qu’il tente de reprendre au duc René II (qui avait réoccupé sa capitale le 7 octobre 1476). Retrouvé deux jours plus tard sur la glace, à demi dévoré par les loups, son cadavre est enterré à Nancy avant d’être transféré à Bruges sur ordre de Charles Quint. Avec la mort de ce prince courageux, mais qui manquait de sens du réel, s’éteint le rêve lotharingien des grands ducs Valois d’Occident, rêve que ne partageaient pas leurs sujets et que les Habsbourg se chargèrent de réaliser dans une autre perspective et pour leur propre compte.

P. T.

➙ Bourgogne / Louis XI / Pays-Bas / Philippe le Bon.

 J. Calmette, les Grands Ducs de Bourgogne (Van Œst, 1942). / J. Bartier, Charles le Téméraire (Dessart, Bruxelles, 1944 ; nouv. éd., Arcade, Bruxelles, 1970) ; Légistes et gens de finances au xve siècle. Les conseillers des ducs de Bourgogne Philippe le Bon et Charles le Téméraire (Palais des Académies, Bruxelles, 1955). / M. Brion, Charles le Téméraire, grand-duc d’Occident (Hachette, 1947). / K. Bittmann, Ludwig XI und Karl der Kühne (Göttingen, 1964 ; 2 vol.). / P. Frédérix, 5 janvier 1477. La mort de Charles le Téméraire (Gallimard, 1966).

Charles II

(Madrid 1661 - id. 1700), roi d’Espagne (1665-1700), roi (Charles V) de Sicile (1665-1700).


Fils de Philippe IV et de Marie-Anne d’Autriche, Charles II n’a que quatre ans à la mort de son père. La régence est confiée, conformément aux dispositions du testament de Philippe IV, à la reine mère et à un conseil dans lequel le confesseur de Marie-Anne d’Autriche, le jésuite allemand Juan Everardo Nithard (1607-1681), nommé conseiller d’État, occupe rapidement la première place.


Politique intérieure

La condition d’étranger de Nithard le rend impopulaire et lui vaut l’inimitié de don Juan d’Autriche (1629-1679), fils naturel de Philippe IV et de la comédienne María Calderón, (« la Calderona »), qui le fait éloigner en l’envoyant à Rome en qualité d’ambassadeur extraordinaire (1669). Le nouveau favori de la reine, Fernando Valenzuela (1636-1692), se heurte, dès la majorité de Charles II (1675), à l’aristocratie groupée autour de don Juan d’Autriche, qui réussit à envoyer Valenzuela en exil aux Philippines et à s’emparer de la charge de Premier ministre (1677). Le mariage du roi avec Marie-Louise d’Orléans (1679), nièce de Louis XIV, entraîne la chute et la mort de don Juan (1679). Le retour de la reine mère à la Cour contrebalance l’influence française, incarnée par l’épouse du roi. Au poste de Premier ministre se succèdent, de 1680 à 1685, le duc de Medinaceli, Juan Francisco Tomás de la Cerda Enríquez († 1691) et, de 1685 à 1691, le comte d’Oropesa Manuel Joaquín Álvarez de Toledo y Portugal († 1707).

À la mort de Marie-Louise d’Orléans (1689), le roi se remarie (1690) avec Marie-Anne de Neubourg (1667-1740). Cependant, il n’a pas davantage de descendants avec sa seconde femme qu’avec la première. Le bruit court alors que la stérilité du souverain est due à un sortilège, et Charles II est soumis à toute une série d’exorcismes qui lui vaudront le surnom de « l’Ensorcelé ».

Marie-Anne de Neubourg prend une part active à la politique espagnole, qu’elle oriente dans un sens favorable à l’Autriche.


Politique extérieure : le conflit avec la France

La prépondérance de la France en Europe sous le règne de Louis XIV pousse le monarque français à exiger la reconnaissance des droits de son épouse Marie-Thérèse, fille du premier mariage de Philippe IV d’Espagne, sur la Flandre et la Franche-Comté. Ces prétentions sont à l’origine de la guerre de Dévolution qui se termine par le traité d’Aix-la-Chapelle (1668). L’Espagne perd toute la Flandre gallicane et plusieurs places de la Flandre maritime. Cet accord sert de prétexte à la destitution de Nithard.

Louis XIV, insatisfait, réussit à démanteler la Triple-Alliance et à s’assurer l’aide de la Suède contre l’Espagne, la Hollande (gouvernée par Guillaume d’Orange), l’Empire et le Danemark. La paix de Nimègue (1678), qui met fin à la guerre de Hollande, est extrêmement préjudiciable à l’Espagne, qui doit abandonner la Franche-Comté ainsi que douze places belges contrôlant la frontière française.

À l’extinction de la branche directe du Palatinat (1685), c’est celle de Deux-Ponts-Neuburg qui hérite de l’électorat. Les ambitions de Louis XIV provoquent une troisième guerre entre la France et l’Espagne, membre de la ligue d’Augsbourg et l’alliée de l’Empire, de la Suède, de l’Angleterre, de la Hollande, de la Savoie et du pape. Les victoires sont partagées ; en 1692, les escadres anglaise et hollandaise l’emportent à La Hougue ; sur terre, les Français se rendent maîtres de plusieurs points, dont Barcelone (1697).

Par la paix de Ryswick qui intervient la même année, Louis XIV restitue ses conquêtes, espérant ainsi se concilier les bonnes grâces du souverain espagnol au moment où celui-ci devra désigner un successeur.