Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Charles II (suite)

Le roi a été personnellement populaire. C’était un homme affable et agréable, d’accès facile, d’une grande intelligence. En ce qui concerne la politique, ces dispositions étaient gâchées par le manque d’application, la paresse et le goût du plaisir. S’il passait beaucoup de temps à étudier l’architecture navale et les sciences en général (il avait un laboratoire personnel), Charles II en passait encore plus auprès de ses innombrables maîtresses, par l’intermédiaire desquelles il a littéralement repeuplé la noblesse anglaise (la reine était stérile). Parmi les plus célèbres, il faut citer : Lucy Walter, mère du duc de Monmouth, lady Castlemaine, duchesse de Cleveland, Nell Gwyn, une actrice d’ailleurs très populaire, Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth, Catherine Peg et Mary Davis.

J.-P. G.

➙ Angleterre / Anglicanisme / Charles Ier / Cromwell (O.) / Grande-Bretagne / Restauration / Révolution anglaise / Stuarts (les).

 A. W. M. Bryant, King Charles II (Londres, 1931 ; nouv. éd., 1955). / O. N. Clark, The Later Stuarts, 1660-1714 (Oxford, 1934 ; nouv. éd., 1956). / D. Ogg, England in the Reign of Charles II (Oxford, 1934 ; 2e éd., 1955 ; 2 vol.). / G. Davies, The Restoration of Charles II, 1658-1660 (Londres, 1955). / G. E. Aylmer, The Struggle for Constitution, 1603-1689 (Londres, 1963). / R. Ollard, The Escape of Charles II after the Battle of Worcester (Londres, 1966).

Charles le Téméraire

(Dijon 1433 - devant Nancy 1477), duc de Bourgogne (1467-1477).


Fils de Philippe le Bon et d’Isabelle de Portugal, comte de Charolais jusqu’en 1467, le jeune prince s’illustre d’abord lors du siège de Morbecque contre les Gantois en 1457. Compagnon du dauphin Louis au début de son séjour à la cour de Bourgogne (1456-1461), nommé par lui gouverneur sans gages de la Normandie en 1461, il se brouille à la fois avec son futur souverain et avec son père lorsque le premier réussit à persuader le second de lui laisser racheter les villes de la Somme pour 400 000 écus d’or en 1463. Réfugié en Hollande, il se réconcilie le 13 avril 1465 avec son père, qui lui cède alors la lieutenance générale de ses États.

Dès lors, il entreprend d’animer la guerre du Bien public contre Louis XI*. Resté maître du champ de bataille de Montlhéry le 16 juillet 1465, il ne peut s’emparer de Paris, mais obtient, en octobre, par les traités de Conflans et de Saint-Maur-les-Fossés, que les villes de la Somme lui soient restituées sans indemnité. Contraignant le souverain à abandonner ses alliés liégeois et à nommer connétable le comte de Saint-Pol, qui avait commandé l’avant-garde de l’armée de la ligue du Bien public en 1465, il domine dès lors totalement son père ; il oblige aussi les Liégeois à signer une paix coûteuse le 10 septembre 1465, avant de détruire Dinant.

Le 15 juin 1467, la mort de Philippe le Bon fait du maître réel des États bourguignons leur souverain de droit. Nourri d’histoire grecque et romaine, animé d’une foi sévère et rigide, qui l’aide à rester chaste et sobre, et à tenter d’être juste et généreux, Charles le Téméraire se donne pour tâche d’unifier ses États par l’absorption de la Lorraine ou (et) de la Champagne. Recherchant des alliés dans ce dessein, il épouse en troisièmes noces, le 3 juillet 1468, Marguerite d’York, sœur du roi Édouard IV.

Il accepte, néanmoins, d’accorder un sauf-conduit à Louis XI, désireux de le rencontrer à Péronne le 9 octobre pour retarder le déclenchement d’une dangereuse guerre de coalition. Mais, à l’annonce de la révolte de Liège, qui se fait au nom du roi de France le 11 octobre, il retient ce dernier prisonnier et ne le libère qu’après lui avoir imposé le 14, par le traité de Péronne, l’exemption des « quatre lois de Flandre » du ressort du parlement de Paris et, sans doute oralement, l’abandon de là Champagne et de la Brie à son propre frère Charles de France, ainsi que la promesse de participer à la sanglante (et humiliante) répression de Liège (15 oct. - 2 nov.).

Jouissant d’un prestige considérablement renforcé, Charles le Téméraire cherche, dès lors, à se faire élire roi des Romains, mais il se heurte à l’hostilité de Louis XI. Obtenant d’abord de son frère Charles de France qu’il échange la Champagne et la Brie contre la Guyenne le 29 avril 1469, le souverain français brise la continuité territoriale des États bourguigons ; en réconciliant en juillet 1470 Warwick et Marguerite d’Anjou, il rend possible en septembre la restauration d’Henri VI de Lancastre, au détriment d’Édouard IV d’York, l’allié du duc de Bourgogne ; enfin, ayant fait annuler par l’assemblée de Tours de novembre 1470 les engagements pris par lui à Conflans et à Péronne, il envahit brusquement la Picardie en janvier 1471 et occupe les villes de la Somme. Contre-attaquant aussitôt, Charles le Téméraire facilite le retour victorieux en Angleterre d’Édouard IV d’York le 14 mars 1471, tandis que lui-même s’empare d’Amiens dès le 10. S’étant alors doté de troupes permanentes (édits de 1471), il reprend l’offensive en juin 1472, mais échoue devant Beauvais, défendu du 27 juin au 22 juillet par Jeanne Laisné, dite Jeanne Hachette, devenue l’héroïne locale : aussi conclut-il le 3 novembre une trêve de cinq mois, bientôt prorogée pour un an.

Bientôt privé de tous ses alliés soit par la mort (Charles de Guyenne le 24 mars 1472), soit par l’habile politique de Louis XI, qui élimine en tant qu’adversaires les ducs de Bretagne et d’Alençon, ainsi que le comte d’Armagnac (1472-73), Charles le Téméraire se trouve isolé face à la dangereuse coalition de ses ennemis, qu’anime désormais le roi de France.

La politique du duc de Bourgogne inquiète en effet de nombreux princes. Non content d’unifier les institutions de ses États, qu’il veut soustraire à toute ingérence étrangère par la création du parlement et de la chambre des comptes de Malines en 1470, par celle des parlements de Dijon et de Dole, ayant respectivement juridiction sur les Pays-Bas, sur le duché et sur le comté de Bourgogne, enfin par celle de la chambre du conseil bourguignonne de Maastricht de 1473 à 1477, Charles le Téméraire les agrandit, annexant au nord la principauté de Liège en 1468 et le duché de Gueldre (30 déc. 1472), et à l’est la Haute-Alsace, qu’il achète en mai 1469 à Sigismond de Tyrol et qu’il fait administrer par un grand bailli. Pierre de Hagenbach ; enfin, par le traité de Nancy du 15 octobre 1473, il se fait livrer les principales places fortes de la Lorraine par le duc René II, qui garantit en outre le libre passage de ses troupes sur son territoire. Rencontrant alors l’empereur Frédéric III à Trêves il lui propose de marier son fils Maximilien d’Autriche avec sa propre fille Marie de Bourgogne en échange de son élection personnelle comme roi des Romains, dernière étape avant son accession à l’Empire.