Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Charles VII le Victorieux (suite)

Charles refuse de tenir compte du traité de Troyes et se proclame roi de France lorsqu’il apprend, le 24 octobre 1422, à Mehun-sur-Yèvre, que son père est décédé le 21. Mais il lui faut reconquérir son royaume. Il obtient l’appui de nombreux princes étrangers, dont le roi d’Écosse, celui des états de langue d’oïl et de Languedoc, qui, convoqués régulièrement, acceptent de voter les subsides nécessaires à la poursuite du combat, enfin celui de la reine Yolande d’Aragon, dont il a épousé la fille Marie d’Anjou en avril 1422. Il peut donc faire reconnaître aussitôt son autorité sur l’apanage d’Anjou et disposer des ressources angevines ainsi que d’une seconde tête de pont au nord de la Loire, dans la région de Tours et d’Angers, la première étant celle d’Orléans. Prenant prétexte des défaites que les Bourguignons et les Anglais ont infligées à Cravant et à Verneuil à l’armée royale (1423-24), Yolande d’Aragon impose à son gendre le renvoi des conseillers armagnacs au profit d’Arthur de Richemont, frère du duc de Bretagne Jean V et beau-frère du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Nommé connétable de France le 7 mars 1425, le nouveau conseiller de Charles VII assure aussitôt à celui-ci l’alliance de la Bretagne (mais non celle de la Bourgogne). Vaincu par les Anglais, faute de moyens, il doit d’abord éliminer par l’assassinat deux des favoris du souverain : le comte de Giac en février et Le Camus de Beaulieu en juin 1427. Mais il est à son tour écarté du pouvoir par un nouveau favori, Georges de La Trémoille (1382-1446), qu’il a lui-même mis en place et qui exploite contre lui le retour du duc de Bretagne Jean V à l’alliance anglaise (1427). Une guerre privée éclate alors dans le Poitou entre les deux hommes : elle durera jusqu’en 1432.

Les Anglais profitent de la faiblesse du « roi de Bourges » et décident alors de mettre définitivement un terme à sa résistance en occupant Orléans, dont ils entreprennent le siège le 7 octobre 1428. Vainqueurs d’une armée de secours qui tente de couper leur ravitaillement lors de la « journée des Harengs », le 12 février 1429, les assiégeants semblent sur le point de remporter un succès définitif lorsque Charles VII reçoit le secours d’une jeune Lorraine, Jeanne* d’Arc.

Sans doute convaincu du caractère divin de la mission de cette dernière, Charles VII lui confie la conduite de sa dernière armée. À la tête de celle-ci, Jeanne délivre Orléans le 8 mai 1429, bat une armée anglaise de secours à Patay le 18 juin et fait sacrer Charles VII à Reims le 17 juillet.

La légitimité de son pouvoir ayant été ainsi solennellement confirmée, le souverain ne soutient plus l’action de la jeune héroïne, qui est finalement capturée devant Compiègne le 23 mai 1430. Se refusant même à protester contre sa condamnation et son exécution, Charles VII se contentera d’exiger la révision du procès au lendemain de la reconquête de la Normandie en 1450.

Décisive sans doute en cette occurrence, l’influence exercée par Georges de La Trémoille sur le souverain prend fin en juin 1433. Arthur de Richemont rentre en grâce et reprend avec succès la lutte contre les Anglais. Après la signature du traité d’Arras, qui réconcilie, le 21 septembre 1435, le duc de Bourgogne avec le roi de France, le connétable réoccupe la Champagne, l’Île-de-France et finalement Paris (13 avr. 1436). Pressé d’agir, Charles VII prend enfin la tête de son armée, occupe Montereau (1437) et Pontoise (1441), et menace Bordeaux (1442) avant d’obtenir des Anglais la signature, le 28 mai 1444, des trêves de Tours. Prorogées jusqu’en 1449, celles-ci aboutissent en fait à la reconnaissance de facto de la souveraineté de Charles VII sur le royaume de France par Henri VI. Ce dernier accepte d’épouser la nièce de son compétiteur, Marguerite d’Anjou. Mettant à profit cette suspension des hostilités, le roi débarrasse la France des dangereux Écorcheurs (routiers) en les envoyant combattre victorieusement les Suisses près de Bâle (1444).

En même temps, par l’institution de vingt compagnies d’ordonnance de cent lances (quinze dans les pays de langue d’oïl en janvier 1445 et cinq dans ceux de Languedoc en 1446), Charles VII dote pour la première fois la France d’une armée permanente. Bientôt renforcée par la création, le 28 avril 1448, des francs archers, libres d’impôts, mais toujours immédiatement mobilisables, cette armée est ensuite dotée, par les frères Jean et Gaspard Bureau, d’une puissante artillerie*. Aussi, la reprise des hostilités par les Anglais le 24 mars 1449 (occupation de Fougères) se solde-t-elle par la défaite totale des assaillants en Normandie et en Guyenne (Formigny, 15 avr. 1450 ; Castillon, 17 juill. 1453).

Charles VII réinstalle à Paris les grandes cours souveraines dès 1436 ; mais il transfère en fait le siège de son gouvernement dans ses châteaux de Touraine, à l’abri des insurrections de la capitale. Pour soutenir son effort de guerre, son premier soin est d’entreprendre à partir de 1432 l’amélioration du système fiscal français, amélioration à laquelle contribue le collège des généraux des finances ; à la tête des quatre grandes généralités de langue d’oïl, de Languedoc, de Normandie et Outre-Seine et d’Yonne, celui-ci assure au roi des recettes plus régulières et plus abondantes (aides rétablies en 1436, taille des lances dites « de gens de guerre » instituée en 1445, gabelle toujours maintenue).

En même temps, l’élaboration d’une nouvelle législation (ordonnances de 1446 et de 1454) donne des armes supplémentaires aux officiers de justice pour faire reculer les juridictions privées, mais non pour atténuer la diversité administrative du royaume. La création de nouveaux parlements (Toulouse en 1443, Bordeaux en 1451, Grenoble en 1457), l’apparition de filiales de la Cour des aides à Montpellier en 1437, puis à Rouen, enfin la rédaction (mais non l’unification) des coutumes locales, rendue obligatoire en 1454, soulignent cette volonté du souverain de respecter les particularismes régionaux. Charles VII dispose en outre de l’appui de la bourgeoisie, dont certains membres vont faire une extraordinaire fortune à l’ombre de la monarchie (Jacques Cœur*). Par ailleurs, il tient bien en main le clergé depuis la rédaction de la pragmatique sanction de Bourges (7 juill. 1438), qui jette les bases d’une Église gallicane. Il inquiète par sa puissance retrouvée ses grands vassaux (Dunois, bâtard d’Orléans, René d’Anjou, Jean IV d’Armagnac), qui se révoltent d’abord sous l’autorité du dauphin Louis en 1440 (la Praguerie), puis sous celle du duc Charles d’Orléans (1441 et 1442).

La fin du règne est attristée par la crainte qu’éprouve le souverain d’être empoisonné par son fils le dauphin Louis, hostile au parti des Angevins, qui est au pouvoir, ainsi qu’à leur protégée, Agnès Sorel, maîtresse de son père depuis 1443 probablement. Le dauphin est en exil au Brabant lorsqu’il apprend la mort de Charles VII.

P. T.

➙ Cent Ans (guerre de) / Cœur (Jacques) / Jeanne d’Arc / Louis XI / Valois.