Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Charente-Maritime. 17 (suite)

Au sud de la Charente, la Saintonge boisée offre des paysages plus variés où alternent des champagnes et des bois. Les champagnes sont d’amples dépressions, modelées dans des calcaires tendres, tapissées d’un sol fertile dérivé du calcaire. Domaine de l’habitat groupé en gros villages et des fermes isolées, les « maines », elles donnent une impression d’une richesse certaine. Cultures de blé et prairies tapissent les fonds les plus humides, tandis que les vignes ont été plantées sur les pentes les mieux exposées. Entre ces champagnes, les lignes de hauteurs correspondent aux secteurs où le calcaire a été protégé par des épandages de sables tertiaires portant des boisements : de là le nom de bois donné à ce pays, même si une grande partie de ces bois sont troués de clairières de défrichement et si, sur de vastes espaces, ils ont été détruits au siècle dernier pour chauffer les alambics. La Saintonge boisée est, par ailleurs, moins homogène que les régions situées au nord de la Charente. La Double saintongeaise, au sud, est très boisée. Les champagnes de Mirambeau et surtout de Jonzac (4 580 hab.) donnent des eaux-de-vie réputées. Plus dégarnies sont les champagnes les plus occidentales autour de Pons (5 418 hab.) et de Saujon (4 431 hab.), centre commercial très actif sur la Charente. Saintes (28 403 hab.) est la principale ville de cette région.

Aunis et Saintonge se terminent par un littoral ensoleillé (les précipitations, moins abondantes que dans l’intérieur, sont légèrement inférieures à 700 mm) et doux, où viennent certaines espèces méditerranéennes (dont le chêne vert). Les découpures de la côte traduisent les grandes lignes structurales. L’anticlinal de Saintonge se suit jusqu’à la presqu’île de la Coubre et dans l’île d’Oléron, celui d’Aunis jusqu’à Ré. Tranchés par la mer, ces calcaires donnent de basses falaises vives, mais seulement sur de très courtes sections, tant a été vigoureux le colmatage au cours de la période historique : marais « gats » où se lit le renoncement des hommes (région de Rochefort), marais desséché aux horizons dégarnis (ouest du Marais poitevin), marais mouillé aux aspects bocagers (est du Marais poitevin). Ces marais ourlent la rive nord de la Gironde et s’insinuent en golfes profonds le long des cours inférieurs de la Seudre, de la Charente et de la Sèvre Niortaise.

L’humanisation est la moins forte sur le littoral d’Aunis, de part et d’autre de La Rochelle. Au nord, les villages de la baie de l’Aiguillon sont spécialisés dans l’élevage des moules ; au sud, la fonction balnéaire tend à l’emporter entre La Rochelle et Rochefort (Fouras, Châtelaillon). Le déclin de Brouage et de Rochefort, dont le rôle sous l’Ancien Régime se traduit par l’existence de nombreuses constructions militaires autour de la « mer des Pertuis », est la conséquence du colmatage littoral récent. Rochefort (32 884 hab.), vieille ville militaire, s’est industrialisée (constructions aéronautiques, travail des métaux non ferreux).

Plus découpé et plus varié est le littoral saintongeais. L’ostréiculture est la principale activité de la basse Seudre, autour de Marennes et de La Tremblade, où les huîtres sont verdies dans d’anciens marais salants. Au débouché de la Gironde, Royan (18 694 hab.), une des principales stations balnéaires françaises, compte aussi une nombreuse population de retraités. La Côte de Beauté s’étire de Saint-Georges-de-Didonne à la forêt de la Coubre, où apparaissent aussi les premiers lotissements. Fortement ensoleillées, les îles ont conservé de petits vignobles de qualité. L’élevage des huîtres y est pratiqué, notamment à Oléron, et quelques marais salants sont toujours exploités à Ré. Toutes deux tirent de gros revenus du tourisme, notamment du tourisme familial (camping).

S. L.

➙ Aunis / Poitou-Charentes / Rochelle (La) / Saintes.

charge spatiale

Particules électrisées libres dans l’espace.


Dans la plupart des phénomènes électriques, la matière, isolante ou conductrice, reste « neutre » dans la masse même lorsqu’elle est parcourue par des courants (chaque volume contenant autant de protons que d’électrons). La charge électrique, traduisant un déséquilibre entre particules élémentaires, n’existe qu’aux interfaces entre deux milieux différents.

Ainsi, quand on applique une différence de potentiel à deux électrodes métalliques, les lignes de force partent toutes de l’électrode positive et se terminent toutes sur la négative. Cela est vrai dans le vide, dans la plupart des isolants et dans un électrolyte, bien qu’il passe un courant dans ce dernier cas.

Il arrive cependant qu’une charge électrique non compensée (protons ou électrons excédentaires) existe dans le volume qui sépare les électrodes. Alors, une partie des lignes de force vient aboutir sur cette charge (« charge spatiale ») et non sur les électrodes. Cette situation se présente en particulier lorsqu’une électrode émet des charges qui séjournent plus ou moins longtemps dans son voisinage avant d’être captées par l’autre. Exemples :
a) émission électronique d’une cathode dans le vide : charge spatiale négative ;
b) effet couronne d’une pointe ou d’un fil fin dans un gaz : charge spatiale ayant le signe de l’électrode ionisante ;
c) injection d’électrons ou d’ions par une électrode dans un isolant (liquide ou solide).

La présence de charge spatiale modifie profondément le champ, car elle entre en concurrence avec les électrodes pour créer ou recevoir les lignes de force. Soit par exemple une diode à cathode chauffée et anode froide. Les lignes de force issues de l’anode se terminent pour partie sur les électrons qui voyagent dans le vide et pour partie seulement sur la cathode. Si le courant électronique est inférieur au courant de saturation, presque toutes les lignes s’arrêtent sur des électrons en vol, et le champ sur la cathode est presque nul. En revanche, celui sur l’anode est plus fort pour la même différence de potentiel (d. d. p.). De la même façon, lorsqu’une pointe ou un fil fin émettent des ions par effet couronne dans un gaz, le champ est affaibli à leur voisinage, renforcé sur l’autre électrode. On le comprend aisément en pensant que la charge spatiale est comme un prolongement de l’électrode émettrice. Par exemple, en présence d’effet couronne, le champ loin d’une pointe ionisante peut être dix ou cinquante fois plus grand. On a ainsi intérêt à dépenser un courant pour renforcer le champ à distance. Cet effet est très utile dans les projections électrostatiques.

Lorsqu’un faisceau de particules accélérées (électrons, ions) circule dans le vide, il représente aussi une charge spatiale. Le champ qu’elle crée tend à repousser les particules, et un faisceau parallèle s’ouvre de plus en plus. Cet effet limite l’intensité des faisceaux en optique corpusculaire (accélérateurs, séparateurs électromagnétiques d’isotopes).

Il est à remarquer que, lorsqu’un courant est associé à une charge spatiale (diode électronique à vide, effet couronne), il faut fournir une d. d. p. minimale due aux lignes de force qui résultent de la charge spatiale, indépendamment de la résistance du milieu, même si celle-ci est nulle (cas du vide). La présence de charge spatiale accroît donc, parfois de façon énorme, la chute de tension dans une portion de circuit.

N. F.