Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Afrique du Sud (république d’) (suite)

Les provinces, qui sont administrées par un gouverneur et représentées par une assemblée locale, disposent d’une autonomie restreinte aux problèmes scolaires et sociaux. Le pouvoir législatif, pour l’Union tout entière, est confié à un Parlement bicaméral, dont l’Assemblée est élue par le seul suffrage des Européens, tandis que les membres du Sénat sont nommés. Le pouvoir exécutif est assumé par un gouverneur général nommé par Londres ; par ailleurs, un cabinet, dont le Premier ministre — siégeant à Pretoria — est le leader de la majorité, est responsable devant le Parlement. Le Premier ministre désigné est un Afrikaander, Botha (1910-1919).

Dans l’Union demeurent deux enclaves : le Basutoland et le Swaziland ; il faut enfin noter la présence allemande dans le Sud-Ouest.

La Première Guerre mondiale pose de graves problèmes ; le gouvernement de l’Union déclare la guerre à l’Allemagne ; cela se traduit surtout par une expédition dans le Sud-Ouest, qui est occupé (reddition des Allemands le 9 juillet 1915). En 1916, l’Afrique-Orientale allemande tombe à son tour sous les coups de Jan Christiaan Smuts.

Un certain nombre d’anciens combattants boers et d’Afrikaners n’ont pas renoncé à reconquérir l’indépendance par les armes : c’est la révolte de 1914. Les rebelles publient une déclaration d’indépendance et proclament la restauration de la république d’Afrique du Sud. La rébellion est rapidement matée : elle se termine par l’emprisonnement des principaux leaders conjurés et par l’exécution de l’un d’eux.

Après la guerre, l’Union sud-africaine recevra de la S. D. N. le mandat d’administrer le Sud-Ouest.


Le développement du nationalisme afrikaner

En janvier 1913, le général James Hertzog fonde le parti nationaliste, antibritannique, issu d’une scission du parti sud-africain dirigé par Louis Botha († 1919) et par son successeur à la tête du gouvernement, le général Smuts (1914-1924). Celui-ci doit faire face à une coalition du parti travailliste et du parti nationaliste : le leader de ce dernier parti, Hertzog, devient Premier ministre (1924-1939) et obtient de la Conférence impériale de 1926 la reconnaissance de la souveraineté de son pays.

C’est dans ce contexte que le parti nationaliste se fait le champion de ce qu’il appelle eerbaare apartheid, « ségrégation honorable », selon laquelle les indigènes doivent être séparés des Blancs.

Le nationalisme afrikaner se traduit par l’annexion de fait du Sud-Ouest et par des visées sur d’autres territoires d’Afrique australe, principalement la Rhodésie. Sur le plan syndical, le racisme et le nationalisme font leur apparition lors de la grève des ouvriers européens de 1922. Cette grève a pour origine une décision de la Chambre des mines de 1921, qui modifie le système de recrutement des Noirs : ainsi, des mesures sont prises qui permettent d’engager des Africains pour un salaire qui est parfois le dixième de celui des Blancs.

La grève de 1922 entraîne des heurts très violents entre les mineurs et la police. En fait, les mineurs blancs luttent non seulement pour la défense de privilèges dont ils bénéficiaient par rapport aux indigènes, mais également pour la sauvegarde de leurs droits et contre la politique de main-d’œuvre à bon marché de la Chambre des mines.

La confusion dans les esprits est grande ; plusieurs observateurs ont noté que, lors de manifestations de soutien aux grévistes emprisonnés, certains orateurs célébrèrent la révolution russe et d’autres invitèrent l’assistance à crier « Vive une Afrique du Sud blanche ».

Pendant l’entre-deux-guerres, la législation hostile aux indigènes, comportant les premières mesures d’apartheid, est instaurée. C’est le docteur Daniel François Malan, leader d’un « parti nationaliste purifié », qui, entre 1933 et 1939, anime la minorité raciste et extrémiste au Parlement.

Le problème de l’apartheid

Origine de l’apartheid

Selon certains, la racine de l’apartheid réside dans le tabou le plus profond des Afrikaners, celui des relations sexuelles entre personnes de races différentes ; toutefois, il faut noter qu’autrefois ces relations existèrent, puisqu’un peuple de métis, appelés ici « Basters » et là « Griquas », témoigne de ces unions.

Les Afrikaners justifient parfois l’apartheid en déclarant que les Européens seraient arrivés en Afrique du Sud dans une terre vide d’hommes, les Bantous l’ayant envahie en même temps qu’ils débarquaient eux-mêmes. En fait, les guerres qui ont opposé les Boers aux Bochimans, aux Namas, puis aux Bantous se sont traduites par un refoulement progressif des Africains. L’apartheid est la continuation de cette politique, sous d’autres formes et par d’autres moyens.

Durant la période où l’Afrique du Sud était encore au sein du Commonwealth, les premières lois d’apartheid furent prises. La loi sur les terres indigènes, de 1913, limita les droits des Africains à 21 millions d’acres (un acre valant 40 ares). La loi sur la représentation des indigènes, de 1936, limita à quatre le nombre des sénateurs élus par les Africains.

L’apartheid institué en système

Avec l’accession au pouvoir, en 1948, du parti nationaliste, l’apartheid fut considérablement renforcé.

L’Immorality Act (loi sur l’immoralité) interdit en 1950 les mariages mixtes et les rapports sexuels entre personnes de races différentes.

Les Africains qui habitent en dehors des réserves sont considérés comme des étrangers en résidence temporaire ; ils ne sont autorisés à demeurer en dehors des réserves que s’ils sont au service des Blancs. Les Africains ne peuvent s’installer dans les zones réservées aux Blancs ; à partir de 1952, on a instauré le système des livrets de contrôle.

L’enseignement est strictement cloisonné ; l’obligation de suivre l’instruction primaire ne concerne que les Blancs. L’enseignement supérieur est très inégal selon les groupes ethniques. Ainsi, pour neuf universités européennes, groupant plus de 50 000 étudiants, il existe seulement trois collèges universitaires pour les Bantous (1 300 étudiants) et un seul collège universitaire pour les Indiens (1 400 étudiants) ; ces collèges, d’ailleurs, ne sont pas de véritables universités.

Le National Labour Regulation Act et d’autres lois précisent quels sont les emplois autorisés ou refusés aux Africains. La politique d’apartheid permet de réserver les emplois spécialisés et bien rémunérés aux Blancs, tandis que les Africains doivent se contenter des occupations non spécialisées et les moins bien payées.

Les syndicats africains sont interdits ; c’est ainsi que le Congress of Trade Unions, syndicat africain, est illégal. Le Trade Union Council of South Africa (T. U. C. S. A.), qui regroupe des syndicats métis et indiens, se proclame hostile au racisme : le ministre du Travail l’a sommé d’expulser les syndicats de Noirs qui lui sont affiliés.

Il existe des syndicats qui soutiennent l’apartheid : la Federation of Trade Unions et le Coordinating Council of Trade Unions. Les travailleurs africains n’ont pas le droit de se mettre en grève, sous peine d’une amende de 1 000 rands ou d’une peine de trois ans de prison, ou des deux à la fois. Les partis politiques africains sont interdits.