Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Champagne-Ardenne (suite)

La Région Champagne-Ardenne a pour originalité d’être en outre le foyer de sociétés à succursales multiples, qui y sont encore fort actives après plusieurs concentrations. Aussi, le commerce de détail indépendant est-il moins représenté que dans la plupart des autres régions françaises et a-t-il subi une grande contraction dans les agglomérations rurales. Dans l’ensemble, on compte moins de commerces par habitant qu’à l’échelon national. C’est aussi en partie l’indice d’un sous-équipement, dont la Région est redevable à la proximité de Paris.

Enfin, la Région est l’avant-dernière, avant le Limousin, pour la fréquentation touristique. Elle connaît cependant un passage d’étrangers en route vers le sud et des résidences secondaires de Parisiens au nord-ouest. Le massif ardennais, la vallée de la Marne en aval d’Épernay, le pays d’Othe et les plateaux du Nord-Est reçoivent des estivants. On attend beaucoup des aménagements mettant en valeur les plans d’eau qui régularisent le débit de la Seine : lac d’Orient dans l’Aube (2 300 ha), barrage Marne dans le Der (1972, 4 300 ha) et barrage Aube (projeté, 2 600 ha).


L’évolution récente

Ces progrès tendent à stabiliser la population. Celle-ci demeure d’une grande fécondité (taux de natalité, 18,8 p. 1 000), la Région appartenant au bloc nataliste de l’Est. L’Aube, cependant, a une vitalité amenuisée et un vieillissement marqué. L’hémorragie de population n’est pas encore tout à fait stoppée : certes, pour la première fois, le solde migratoire est devenu positif entre 1962 et 1968, mais uniquement grâce aux immigrants de l’étranger ou d’Afrique du Nord. Paris attire encore un bon tiers des partants, bien qu’il commence à rendre à la Région une part de son trop-plein.

Un glissement de la population régionale se fait au profit de la Marne, dans l’ensemble, et surtout des villes. Le taux de croissance de celles-ci est de l’ordre de la moyenne française, plus élevé pour les plus grandes. Reims, excentrée, rayonne sur l’Aisne et tend à réorganiser autour d’elle le réseau des Ardennes et de la Marne. Troyes a pour zone d’influence son département. Les structures urbaines de la Haute-Marne sont plus menues.

La Région souffre du morcellement communal (2 016 communes, dont 55 p. 100 de moins de 200 hab.), bien que fusions et associations y soient actives. Ces communes investissent plutôt moins que la moyenne nationale. Cela tient en partie au fait que les revenus des ménages sont également un peu au-dessous de la moyenne. Parallèlement, l’effort de construction des logements, qui suit un rythme voisin de la moyenne nationale, porte trop sur les logements aidés, de petite qualité : malgré les guerres, la part des très vieux logements demeure supérieure au taux français.

La Région apparaît donc profondément transformée, mais encore insuffisamment équipée, industrialisée et irriguée par la circulation. L’amélioration de ses structures agricoles et de ses voies de communication la met à la veille de nouveaux développements, qui accentueront sans doute des différences internes déjà vigoureuses.

R. B.

➙ Ardennes (départ. des) / Aube / Châlons-sur-Marne / Charleville-Mézières / Marne / Marne (Haute-) / Reims / Troyes.

Champaigne (Philippe de)

Peintre français originaire des Pays-Bas du Sud (Bruxelles 1602 - Paris 1674).


Après une première formation à Bruxelles, il travaille à Paris dès 1621 et obtient en 1629 ses « lettres de naturalité », n’ayant pas tardé à rallier les suffrages de la reine Marie de Médicis, puis ceux de Richelieu. Il exécutera avec des aides, parmi lesquels son neveu Jean-Baptiste (Bruxelles 1631 - Paris 1681), artiste qui suivit honorablement ses traces, d’importantes décorations monumentales, dont il ne subsiste que les quatre médaillons de l’église de la Sorbonne (1641-1644). Il est en 1648 l’un des fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Apprécié de ses contemporains pour ses grandes compositions religieuses, c’est plutôt grâce à ses portraits qu’il est parvenu jusqu’à nous.

Il marque dans l’évolution du portrait français une étape capitale, synthèse des différents apports de l’époque. Sa production, centrale dans le xviie s., recouvre cette période privilégiée où de multiples foyers de recherche tentent de définir un style. Trois courants sont en présence : italianisme, influence flamande, tradition nationale, avec lesquels la peinture française cherchera à composer jusqu’à ce que le classicisme accompli les fusionne dans un élan unique. Philippe de Champaigne, quant à lui, commence, dans ses nombreuses compositions religieuses pour les églises et couvents de Paris, tour à tour rubéniennes ou italianisantes, à refléter un type d’éclectisme international plus conventionnel mais moins théâtral que celui, par exemple, d’un Simon Vouet*. En partant de Bruxelles, son intention avait peut-être été, d’abord, de pousser jusqu’à Rome ; fixé en France, il y réalise une synthèse de son apprentissage flamand et de ce qu’il a pu voir à Paris, synthèse qui, progressivement, rejette illusion et imaginaire au nom de la morale pascalienne. Alors que le discours baroque contourne, se joue des formes, amplifie les effets, son langage, désormais, va droit à l’essentiel : la vie intérieure.

Le parti pris d’austérité qu’il se propose, sans concession à la mode, sans complaisance, lui attire très vite la clientèle de Port-Royal : il laissera l’effigie des plus grands représentants de la communauté, tel l’Abbé de Saint-Cyran (1643, musée de Grenoble). La quête de la dimension intérieure, poussée pour la première fois en peinture aussi loin qu’en littérature, s’orientait d’elle-même vers la forme privilégiée du portrait.