Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Ceylan (suite)

Dès le début du xixe s., l’Association nationale cinghalaise devient le lieu de regroupement de tous ceux qui désirent une réforme constitutionnelle. En 1917 se crée la Ceylon Reform League, et 1919 voit la constitution, sur le modèle indien, mais en plus modéré, du Congrès national cinghalais, dont les principales revendications sont : la « cinghalisation » des hauts emplois administratifs ; l’élargissement du Conseil législatif, dont la majorité devrait être composée de membres élus et non plus nommés par le gouvernement, et dont la présidence irait de droit à un membre élu et non plus au gouverneur.

L’agitation croissante contraint la Grande-Bretagne à accorder une nouvelle Constitution en 1924. Cette Constitution donne la majorité aux conseillers élus et élargit les compétences du Conseil.

Mais, par un processus inéluctable, les revendications se radicalisent vite. Le développement de la classe moyenne (favorisé par le boom sur le caoutchouc) aboutit à de nouvelles revendications politiques, car la Constitution de 1924 maintenait aux gouverneurs un pouvoir de décision en matière législative et financière ; la nouvelle Constitution de 1931 instaure un véritable suffrage universel (bien qu’avec quelques exceptions). Dans ce contexte, il devient possible de confier à des Cinghalais certaines responsabilités ministérielles : éducation, santé, agriculture (cf. l’action du ministre de l’Agriculture D. S. Senanayake).

Les années 30 marquent une coupure décisive dans les revendications politiques cinghalaises : c’est l’époque où les options virent franchement à gauche. 1934 voit l’intelligentsia cinghalaise lancer le slogan « Independence for Ceylon » (cf. le Pūrna Svarāj de Nehru), franchissant ainsi un degré décisif dans l’escalade politique et se réclamant de plus en plus de Marx, de Lénine ou de Trotski. En 1935, cette tendance se trouve officialisée par la fondation du L. S. S. P. (Lankā Sama Samāja Party) par Philip Gunavardena et N. M. Perera, entre autres : ce parti est plutôt représentatif des masses urbaines. En 1937, c’est la petite et moyenne bourgeoisie qui se regroupe au sein du Sinhala Maha Sabha, fondé par Solomon West Ridgeway Dias Bandaranaike.

Comme celle de 1914-1918, la Seconde Guerre mondiale est un remarquable accélérateur de l’évolution historique. Ceylan est déclarée en état de belligérance avec l’Allemagne. En compensation, le gouvernement britannique prosmet, en 1941, de procéder à de larges réformes après la fin de la guerre. Promesses renouvelées en 1943. Ainsi, d’échéance en échéance, on aboutit : à la Constitution de mai 1946 (très proche de la Constitution britannique) ; à l’Acte d’indépendance de Ceylan de décembre 1947 ; à l’ouverture solennelle, le 4 février 1948, par le duc de Gloucester, du premier Parlement de Ceylan indépendant.


Ceylan depuis l’indépendance

L’Acte d’indépendance donne à l’île un statut de dominion au sein du Commonwealth. Passé l’euphorie de l’indépendance, le jeune État se trouve vite confronté à une série de difficultés économiques, ethniques et politiques.

Les difficultés économiques tiennent à trois causes principales : des difficultés naturelles ; la généralisation, au xixe s., d’une économie de plantation à caractère spéculatif ; le contraste entre une agriculture commerciale capitaliste et une agriculture traditionnelle aux tenures exiguës et à peine intégrée à l’économie monétaire. Si l’on ajoute un potentiel de ressources exploitables assez faible, on comprend aisément les problèmes économiques auxquels Ceylan se trouve confrontée. C’est en 1950 qu’est adopté le plan de Colombo, qui tend à promouvoir le développement économique des pays du Commonwealth.

D’une grande importance, ces difficultés ne doivent, néanmoins, pas cacher celles qui découlent de la multiplicité ethnique et religieuse. L’un des problèmes essentiels de Ceylan réside dans la présence d’un fort contingent de Tamouls indiens. Avec moins d’intensité, ce problème ressemble à celui des Indiens du Natal, dont Gāndhī* s’était fait le défenseur. Les dirigeants cinghalais doivent s’efforcer d’établir un équilibre entre deux communautés se craignant mutuellement. Les griefs sont nombreux : crainte des Cinghalais devant le dynamisme démographique des Tamouls ; présence, dans le nord du pays (région de Jaffna), d’une zone à prépondérance dravidienne, qui, à certains Cinghalais, semble être une atteinte à l’intégrité territoriale du pays ; rivalité linguistique entre le cinghalais et le tamoul dans l’Administration, et surtout présence d’un million de travailleurs indiens des plantations. En 1964, un accord entre le Premier ministre indien L. B. Shastri et Mme Bandaranaike est conclu. Il prévoit que, sur ce million d’Indiens, 525 000 devront réintégrer l’Inde en quinze ans et que 300 000 se verront octroyer une pleine citoyenneté cinghalaise ; quant aux 175 000 restants, rien n’est envisagé. Mais cet accord ne règle rien en fait. Le problème de ces travailleurs tamouls reste entier, et c’est dans ce double contexte de difficultés économiques et d’antagonismes ethnico-religieux que s’est déroulée la vie politique de Ceylan depuis 1948.

• Gouvernement de l’U. N. P. (1948-1956). De 1948 à 1956, il y a véritablement identification du gouvernement cinghalais et de l’U. N. P. (Parti national uni), fondé en 1947. Ce dernier sera d’ailleurs souvent accusé de népotisme. À vrai dire, plus que dans ce reproche, la faiblesse essentielle du parti au pouvoir est d’être seulement un rassemblement de personnalités et non pas l’émanation d’une ou de plusieurs couches sociales. Dominé par la forte personnalité de Don Stephen Senanayake (1884-1952), l’U. N. P. se trouve confronté à des problèmes qui dépassent parfois sa représentativité : ainsi le problème des Tamouls indiens. Après l’indépendance, des rencontres ont lieu avec Nehru pour tenter de régler cette délicate question. Aucun résultat positif n’en découle. Pire, en 1948 et en 1949, le gouvernement cinghalais décide de trancher lui-même entre ceux des Tamouls indiens qui pourront obtenir la nationalité, donc le droit de vote, et les autres.

De plus, en 1949, les actes de citoyenneté indien et pakistanais font de la majorité des travailleurs de plantations de véritables apatrides, ce qui provoque une scission au sein du Tamil Congress, les éléments les plus intransigeants formant le Fédéral Party (ce titre constitue à lui seul tout un programme).

1951 est une année noire pour le gouvernement, qui enregistre la démission du ministre de la Santé S. W. R. D. Bandaranaike. Celui-ci, en désaccord avec la majorité, fonde le S. L. F. P. (Sri Lankā Freedom Party).