Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Cavour (Camillo Benso, comte de)

Homme d’État italien (Turin 1810 - id. 1861).



Les années obscures

Camillo Benso, fils de Michele Benso (1781-1850) et de la Genevoise Adèle de Sellon, naît dans une famille de très ancienne noblesse, originaire de Chieri.

Élève médiocre, mais doué pour les mathématiques, adolescent vigoureux, page à quatorze ans de l’héritier du trône, mais heureux deux ans plus tard de quitter cette « livrée » pour devenir officier, il est attaché à la direction du génie militaire de Turin, nommé ensuite à Vintimille, puis aux forts d’Exilles et de l’Esseillon, et enfin à Gênes, où il fait écho, de mars à décembre 1830, avec un enthousiasme quelque peu imprudent, aux nouvelles de France qui ponctuent l’établissement et la consolidation de la monarchie constitutionnelle. Son transfert au fort de Bard, en 1831, ressemble à une mise aux arrêts. Bien que cadet de famille noble, à qui toutes les carrières bourgeoises sont fermées et qui n’a aucun droit strict, même à l’héritage paternel, réservé à son frère Gustavo, il donne sa démission d’officier et se résigne à vivre sans emploi dans la maison paternelle. Le marquis Michèle lui confie la gestion d’un domaine familial à Grinzane, près d’Alba, dont il deviendra maire. Il fréquente les salons et plus particulièrement l’ambassade de France, gérée jusqu’en 1835 par le baron de Barante, assisté, comme secrétaire, du jeune comte d’Hausson-ville, avec qui Cavour se lie d’une étroite amitié. Tous deux l’éloignent de ses premières velléités révolutionnaires et l’aident à fonder pratiquement ses convictions libérales.

Auprès d’eux, il s’informe sur les hommes et les choses de France et, après un séjour à Genève en 1834, monte à Paris en février 1835. Il y demeure deux mois et demi, puis séjourne en Angleterre, où il rencontre Tocqueville, et en Belgique, où il voit Gioberti. Au retour il traverse les provinces rhénanes. Entre-temps, son père a été nommé par Charles-Albert vicaire de la ville de Turin, charge équivalente à celle de maire et de préfet de police. À Turin, Camillo retrouve ses occupations coutumières, mais son père les amplifie considérablement en lui confiant notamment, dans la province de Verceil, la gestion du vaste domaine rizicole de Leri. Le jeune homme va y mettre en œuvre ses compétences nouvelles.

Le comte de Pralormo, depuis peu ministre de l’Intérieur, est disposé à lui confier certaines fonctions publiques. Mais Charles-Albert s’y oppose résolument. Il juge son ancien page un « carbonaro impertinent » et s’estime déjà magnanime en lui permettant de devenir syndic de Grinzane. En juillet et en décembre 1837, Cavour retourne en France. À Paris, il retrouve, autour du prince de la Cisterna, les exilés italiens qui ont pris part au mouvement insurrectionnel de 1821, mais surtout il rencontre tout l’état-major politique de la Restauration et de la monarchie de Juillet. En Italie, il déploie un zèle infatigable à visiter les écoles et les asiles de redressement pour y faire appliquer les méthodes qu’il a appréciées en Angleterre. Après une première étude anonyme, Sur la taxe des pauvres en Angleterre (1834), qui attire l’attention louangeuse du comte de Pralormo et de Cesare Balbo, il écrit dans les années 40 plusieurs articles sur l’Irlande, sur la législation des céréales et sur les chemins de fer en Italie. En 1842, il fonde l’Association agraire.

Mal vu du roi et de la noblesse, qu’effraie son libéralisme, jalousé même de nombreux libéraux par suite de sa naissance, détesté du peuple, il se renferme dans le sentiment de sa valeur incomprise et vit retiré à Leri.


L’entrée dans la vie politique

Durant l’hiver de 1842-43, Cavour retourne à Genève, puis à Paris. Il a désormais de nombreuses relations dans l’aristocratie française, mais il s’en crée de nouvelles, et surtout il prend un intérêt très vif à la vie intellectuelle et sociale.

En octobre 1847, après bien des hésitations, Charles-Albert se décide à renvoyer le plus attaché de ses ministres à un absolutisme rigide et à l’amitié autrichienne, le comte Solaro della Margarita. Un train de réformes nombreuses, quoique minimes, est publié le 30 octobre. Cavour revient aussitôt à Turin et, d’accord avec le comte Cesare Balbo, conseiller habituel du roi, décide de fonder un journal appelé à être l’organe des modérés de droite, Il Risorgimento, qui vivra trois ans et dont il deviendra le directeur. En dehors de ses amis de toujours, des hommes qui l’avaient combattu se rangent à ses côtés le 7 janvier 1848 : ce jour-là, à l’occasion d’une réunion des rédacteurs du journal destinée à appuyer une demande des Génois en faveur de l’expulsion des Jésuites de l’État sarde et de l’institution d’une garde nationale, Cavour lance l’idée de réclamer surtout une Constitution. La défiance envers celui que les démocrates surnomment « Milord Risorgimento » et surtout l’audace de sa proposition font que ses amis libéraux, formant la majorité de l’assemblée, hésitent à l’adopter d’emblée. Bien que le roi ait refusé de recevoir la délégation génoise, les amis de Cavour, dans une seconde réunion, signent à Charles-Albert une adresse que doit se charger de lui présenter un libéral très bien en cour, le marquis Massimo d’Azeglio. Charles-Albert lit le document, mais répond que, pour la libération de l’Italie, but suprême de sa vie, il faut des soldats et non des avocats et qu’il n’accordera jamais une Constitution (car il se croit lié par le serment qu’il a prêté aux puissances de la Sainte-Alliance réunies au congrès de Vérone).

Mais, lorsqu’on sait à Turin qu’après la révolution de Palerme le plus réactionnaire des souverains italiens, le roi de Naples, a promis lui-même une Constitution, les manifestations populaires s’amplifient, et la municipalité, par la voix de Pietro di Santarosa, ami intime de Cavour, renouvelle la demande repoussée un mois avant par le roi.

Charles-Albert prend alors le conseil de l’archevêque de Verceil, Mgr d’Angennes, qui réussit à vaincre ses scrupules, et, le 8 février, le roi promet le statut, dont il fixe aussitôt les grandes lignes et qui est promulgué le 4 mars ; ce statut restera en vigueur jusqu’à la chute de la monarchie de Savoie en 1946.