Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

catholicisme social (suite)

➙ Action catholique / Catholicisme libéral / Démocratie chrétienne / Église catholique / Gallicanisme / Lacordaire / Léon XIII / Ouvrière (question) / Saint-Vincent-de-Paul (société de) / Sillon / Socialisme / Syndicalisme.


Quelques pionniers du catholicisme social


Philippe Joseph Buchez

(Matagne-la-Petite, Ardennes, 1796 - Rodez 1865). Petit fonctionnaire, il est, avec Bazard, le fondateur de la Charbonnerie en France. Docteur en médecine (1825), membre de la loge « Amis de la vérité », il soutient le saint-simonisme. Il abandonne ses idées matérialistes en 1829 et adhère peu après au catholicisme. Dès lors, il apparaît comme le théoricien du socialisme chrétien. Ses idées sont développées dans deux journaux, l’Européen (1831-1832 et 1835-1838) et la Revue nationale (1847-1848), et dans plusieurs ouvrages : Histoire parlementaire de la Révolution française (1833-1838) ; Introduction à la science de l’Histoire (1833) ; Essai d’un traité complet de philosophie au point de vue du catholicisme et du progrès (1838-1840). Buchez a fondé sa doctrine sur la conviction que la Révolution française est la conséquence dernière et la plus avancée de la civilisation moderne, elle-même sortie tout entière de l’Evangile. Il a été le partisan acharné de l’association ouvrière de production, seule capable, à ses yeux, de permettre aux ouvriers de devenir leurs propres employeurs.

Quelques-uns de ses disciples créèrent le journal l’Atelier (1840-1850), seule expérience connue d’un journal rédigé exclusivement par des ouvriers.

Combattant de février 1848, adjoint au maire de Paris, représentant du peuple pour la Seine, Buchez préside l’Assemblée constituante du 5 mai au 6 juin 1848. Adversaire de la lutte des classes, il perd toute audience après les journées de Juin. Dès lors, le courant buchézien s’amenuise, pour disparaître durant le second Empire.


Joseph Cardijn

(Schaerbeek 1882 - Louvain 1967). Issu d’une famille modeste, il entre au petit séminaire de Malines. Après son ordination (1906) et cinq années passées comme professeur au petit séminaire de Basse-Wavre, l’abbé Cardijn est nommé vicaire dans une paroisse populeuse de la banlieue bruxelloise, Notre-Dame de Laeken. En 1915, le cardinal Mercier lui confie la direction des œuvres sociales de Bruxelles et le nomme aumônier des syndicats chrétiens de cette ville. C’est alors qu’il jette, avec Fernand Tonnet, Paul Garcet et Jacques Meert, les bases d’un mouvement d’action catholique spécialisé pour la classe ouvrière : la Jeunesse ouvrière chrétienne (J. O. C.), prototype de l’Action catholique spécialisée, est créée en 1925. Joseph Cardijn, chanoine en 1931, prélat de Sa Sainteté en 1950, devient cardinal en 1965.


Léon Harmel

(La Neuville-lès-Wasigny, Ardennes, 1829 - Nice 1915). Il succède à son père à la tête de la filature du Val-des-Bois, près de Reims, et décide d’en faire le modèle des usines chrétiennes. Il y applique son idéal de corporation chrétienne en faisant appel à l’initiative de l’ouvrier. Au Conseil corporatif, fondé au sein de son entreprise en 1875, Harmel substitue des organismes plus larges et plus vivants : le Conseil professionnel (1885), puis le Conseil d’usine (1893) ; une foule d’œuvres corporatives (mutuelle scolaire, caisses de famille...) viennent consolider l’édifice. Cependant, l’action et l’influence de Léon Harmel débordent rapidement le cadre de son usine. En 1875, il prend contact avec l’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, mais, dès 1882, ce réalisateur, ennemi de tout byzantinisme, se retire du Conseil de l’œuvre, dont il juge le travail trop théorique. À partir de 1885, il organise les pèlerinages à Rome de groupes d’industriels et d’ouvriers français.

De 1880 à 1894, les patrons du Nord sollicitent souvent ses directives dans la formation de leurs œuvres d’usines : mais il finit par être en désaccord avec eux, qu’il juge trop timorés, d’autant plus qu’il est un démocrate convaincu. Léon Harmel se fait le propagandiste de la doctrine de Rerum novarum dans les milieux populaires et agricoles ; malgré les oppositions, il réussit à organiser à Reims, en 1893, le premier Congrès ouvrier.

Les deux écrits essentiels de Léon Harmel sont le Manuel d’une corporation chrétienne (1877) et le Catéchisme du patron (1889).


Wilhelm Emmanuel, baron von Ketteler

(Harkotten, Westphalie, 1811 - Burghausen, Bavière, 1877). Issu d’une famille noble, officier dans un régiment de hussards, il quitte l’armée pour la magistrature. Lors de l’emprisonnement de l’évêque de Cologne à la suite de persécutions religieuses (1837), Ketteler est tellement indigné qu’il démissionne et entre au séminaire. Ordonné prêtre en 1844, il exerce comme curé à Beckum, puis à Hopsten. Dès cette époque, il s’intéresse aux problèmes sociaux, combattant à la fois les doctrines du capitalisme libéral et celles du socialisme ; il se réfère constamment à l’enseignement de saint Thomas d’Aquin.

Élu au Parlement de Francfort par le district de Tecklenburg, il prêche ensuite au congrès de Mayence, devant d’immenses auditoires, prenant comme thème la doctrine sociale de l’Église. Curé de Sainte-Hedwige à Berlin, il est nommé, en 1850, évêque de Mayence. Dans son diocèse, il lutte à la fois contre les restes de joséphisme, contre l’égoïsme capitaliste et contre le socialisme de Ferdinand Lassalle.

Les solutions que Mgr Ketteler préconise pour résoudre le problème social sont : la création d’établissements pour les ouvriers incapables de travailler ; la restauration de la famille chrétienne ; l’enseignement de la doctrine chrétienne ; la création d’associations de production avec les ressources dont dispose le christianisme.

En effet, refusant l’intervention de l’État, mais refusant aussi de croire que les ouvriers puissent, sans des secours extérieurs, édifier ces associations, il fait appel à la charité chrétienne des classes aisées pour que, en vertu d’un devoir social, elles aident les ouvriers à rassembler les capitaux nécessaires à la fondation de coopératives. L’évêque de Mayence en arrive ainsi à préconiser tout un système corporatif. Léon XIII s’inspirera de ses conceptions dans l’encyclique Rerum novarum (1891). Député au Reichstag en 1871-72, Ketteler y combat la politique anticléricale (Kulturkampf) de Bismarck et y présente un programme social progressiste. Ses principaux ouvrages sociaux sont : la Question sociale (1849), la Question ouvrière et le christianisme (1864), Libéralisme, socialisme et christianisme (1871).


René de La Tour du Pin Chambly, marquis de La Charce