Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

catholicisme (suite)

Il semble que l’homme a péché en désirant s’égaler à Dieu. Il a voulu être Dieu, c’est-à-dire autonome, ne dépendre que de soi : c’est la même démarche que celle des anges rebelles. La faute du premier homme et de la première femme a introduit dans le monde les misères qui pèsent sur l’humanité, qui se trouve ainsi déchue, et cet état de déchéance affirmé par l’Église, c’est le règne du péché, de l’inclination au mal, de la mort ; telles sont pour tous leurs descendants les conséquences du péché d’Adam et d’Eve. « Par un seul homme, dit saint Paul, le péché est entré dans le monde. »

Mais ce péché originel n’est pas une faute personnelle à chaque homme : c’est un péché habituel, ou mieux un état de péché. Il faut remarquer que, même après la suppression du péché originel par le baptême, la tendance au mal que ce péché a établie en nous subsiste ; c’est elle qui est à l’origine de tous les désordres que nous nommons péchés. Ceux-ci créent dans l’homme un état d’instabilité intérieur décrit par saint Paul : « Je ne sais pas ce que je fais. Je ne fais pas ce que je veux ; je fais, au contraire, ce que je hais. Vouloir le bien est à ma portée, mais non de l’accomplir. Car, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le commets. Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort ? »

Le péché n’est pas seulement individuel, il peut être aussi collectif. Il y a des aspirations communes à des groupes d’hommes qui sont d’autant plus néfastes que multipliées, ces convoitises égoïstes provoquant des luttes où s’affrontent familles, nations, races, aussi bien que les adeptes de religions différentes. C’est la mort qui est le pire châtiment du péché. Après leur faute, nos premiers parents y ont été assujettis suivant l’avertissement qui avait été donné à Adam : « Du jour où tu mangerais de ce fruit, tu mourrais. » N’étant plus immortel, l’homme est redevenu sujet à la fatigue et à la peine, auxquelles sa nature propre le soumettait. « C’est par un travail pénible, dit la Genèse, que tu tireras ta nourriture de la terre, et tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Pour la femme, il est dit : « Je multiplierai tes souffrances et principalement celles de ta grossesse, tu enfanteras dans la douleur. »

Mort, souffrance, sont donc les conséquences et les châtiments infligés à l’humanité pour le péché d’Adam. Mais il est une autre conséquence du péché originel, et non moins importante : la perte de la prise de possession absolue de l’homme sur l’univers tout entier. C’est saint Paul qui l’exprime : « La création tout entière a été soumise à la crainte, non pas librement mais à cause de celui qui l’y a soumise », c’est-à-dire l’homme pécheur.

La Création a été détournée de sa destination originelle : au lieu de servir la gloire du Créateur, elle a été forcée de servir les ambitions démesurées, les désirs corrompus et les passions désordonnées de l’humanité. L’homme a reçu le pouvoir de dominer tout le créé, d’aménager l’univers, de le parfaire et de l’utiliser pour sa propre perfection. Mais par sa chute il a dégradé la nature, il s’y est installé en égoïste et l’a fait servir à des buts mauvais.

Ainsi donc le péché a introduit un désordre dans les relations de l’homme avec le Créateur et avec le créé. Il reste à voir comment la doctrine catholique explique pourquoi Dieu a créé l’homme faillible. La possibilité de pécher donnée à la volonté humaine découle du fait qu’il est de la nature de cette dernière d’être libre, donc de pouvoir choisir. Le premier homme ayant été créé non comme ayant déjà acquis son achèvement parfait mais comme en marche vers lui, il pouvait s’en éloigner et le refuser. La faute d’Adam a consisté dans le rejet de la vision béatifique à laquelle Dieu le destinait, par préférence de la béatitude naturelle considérée comme fin suprême. Comme les mauvais anges, nos premiers parents ont refusé de croire à la parole de Dieu, ils ont choisi de suivre leur jugement propre.

Un autre mystère reste à élucider : la solidarité de l’humanité avec Adam. La réponse est à chercher dans l’idée de communauté : c’est la famille humaine en tant qu’ensemble qui a été pénalisée plus que chaque homme en particulier.


Le mystère de l’Incarnation

Mais de même qu’existe cette solidarité dans le péché du premier homme, l’Église croit que la solidarité avec le Christ, le nouvel Adam, répare dans l’humanité les désordres provoqués par le péché originel. Pour l’Église, la figure du Christ, deuxième personne de la Trinité, est légitimement au centre de l’histoire humaine. « Quand vint la plénitude des temps, dit saint Paul, Dieu envoya son Fils né d’une femme afin de nous accorder l’adoption filiale. »

Mais le Christ a été préparé. Tout l’Ancien Testament manifeste cette attente, cet « Avent ». Dieu a préparé l’humanité par une sorte de lente pédagogie à recevoir la Révélation plénière de son dessein par l’intermédiaire de son Fils. De ce point de vue, on peut dire que la sagesse biblique comme la sagesse païenne, la philosophie ont été autant de jalons et d’approches à tâtons de la vérité ultime. Mais toutes ces sagesses, comme la loi naturelle, étaient insuffisantes pour arriver à la véritable connaissance. Il ne fallait rien de moins que la venue du Fils de Dieu sur la terre ; c’est là tout le mystère qu’on a appelé l’Incarnation.

Mais de même qu’Eve avait refusé son consentement au dessein divin. Dieu demande à la créature sa coopération volontaire ; c’est tout le sens de la libre acceptation de la Vierge Marie, de son fiat ! à l’Ange lui demandant si elle voulait être la mère du Sauveur.

À propos du mystère de l’Incarnation, le Credo enseigne que Jésus-Christ est vraiment le Fils de Dieu, qu’il est Dieu lui-même, qu’il possède pleinement la nature divine. Tout le Nouveau Testament est plein de cette affirmation. « Jésus posa à ses disciples cette question : « Au dire des gens qu’est le Fils de l’homme ? » Ils dirent : « Pour les uns Jean-Baptiste, pour d’autres Elie, pour d’autres encore Jérémie ou quelqu’un des prophètes. — Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » Prenant alors la parole, Simon-Pierre répondit ; « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse Jésus lui déclara : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. »