Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

cataracte

Opacification du cristallin, qui perd sa transparence et devient blanc ou brun lorsque l’opacification est totale. Il en résulte une perte très importante de la vision, mais le malade n’est jamais aveugle et conserve la faculté de percevoir la lumière.



Généralités

La cataracte sénile est la forme la plus banale ; elle débute à partir de la soixantaine, ou plus tard. L’opacification du cristallin peut commencer par la périphérie, laissant pour un temps le noyau transparent ; le malade est alors plus gêné à la semi-obscurité qu’à la lumière vive, car, dans ce cas, la pupille en myosis fait écran et masque les opacités, supprimant ainsi des phénomènes de diffraction très gênants et responsables souvent d’une diplopie. L’opacification peut commencer par le centre (cataracte nucléaire), laissant libre la périphérie ; le malade est beaucoup plus gêné à la lumière du jour que dans la pénombre. Enfin, la cataracte peut débuter au niveau de la capsule postérieure du cristallin (cataracte sous-capsulaire), entraînant assez rapidement une baisse importante de la vision.

La cataracte se rencontre assez fréquemment au cours de certaines maladies endocriniennes (diabète, tétanie), de certaines affections cutanées et après l’absorption de certains toxiques comme le dinitrophénol, autrefois utilisé comme amaigrissant. Elle peut compliquer des maladies oculaires graves (irido-cyclites, glaucome, myopie élevée, tumeurs intra-oculaires, décollement de rétine) ; il s’agit alors de cataractes pathologiques, en général unilatérales.

La cataracte peut apparaître encore après un traumatisme oculaire, contusion ou plaie du globe. Toute plaie du cristallin entraîne d’ailleurs presque toujours une cataracte d’évolution rapide, en quelques heures ou quelques jours ; les masses cristalliniennes peuvent, à la faveur de cette plaie, se répandre dans la chambre antérieure de l’œil, entraîner une réaction inflammatoire et nécessiter leur évacuation chirurgicale en urgence.

Il existe aussi des cataractes congénitales, survenant dès la naissance ou dans l’enfance. Elles se présentent sous différents aspects : cataracte centrale ou nucléaire, cataracte zonulaire ou périnucléaire. Cette dernière forme est la plus habituelle. L’enfant voit mal, mais les parents n’ont rien remarqué d’anormal. Ils ne commencent à s’inquiéter que lorsque, vers l’âge de 5 ans, l’enfant doit apprendre à lire. Après dilatation de la pupille, on aperçoit la cataracte, qui forme un « globe » opaque autour du noyau, laissant indemne les couches corticales antérieures et postérieures du cristallin.

La cataracte congénitale est héréditaire dans 25 p. 100 des cas et se transmet selon un mode dominant. En l’absence d’une hérédité, la rubéole contractée par la mère lors des trois premiers mois de la grossesse constitue l’une des principales causes. Les autres étiologies sont : la toxoplasmose, la syphilis, les radiations (lorsque la mère a subi des irradiations pendant la grossesse).

La cataracte doit être opérée et extraite lorsque l’acuité visuelle est suffisamment faible pour gêner le patient dans la vie courante ou dans ses activités professionnelles, tant dans la vision de loin que dans la vision de près. Avant d’opérer, il faut tenir compte de l’état général du malade et de celui de la rétine sous-jacente. Si la rétine ou les voies de conduction sont mauvaises (décollement, dégénérescence maculaire, amblyopie, névrite optique), la récupération visuelle sera faible, même si l’intervention s’est déroulée parfaitement. Il est parfois cependant difficile, voire impossible, d’apprécier l’état de la rétine à l’ophtalmoscopie en présence d’un cristallin opacifié. On pourra s’aider d’examens complémentaires, tels un électrorétinogramme ou une échographie.


L’opération de la cataracte

Elle peut être effectuée sous anesthésie générale ou sous anesthésie locale. Si l’on extrait le cristallin enveloppé de sa capsule, on dit que l’extraction est totale. La manœuvre essentielle de l’intervention consiste à libérer les adhérences que contracte la capsule du cristallin avec la zonule en périphérie et avec la membrane hyloïde la séparant du vitré en arrière.

Le cristallin peut être pris et extrait à la pince, à la ventouse, à l’érésiphake (ventouse plus perfectionnée où le vide est formé par un appareil à moteur) ou encore au cryo-extracteur, technique toute récente qui consiste à coaguler la capsule cristallinienne à l’aide d’un manche métallique refroidi à – 30º C, et à créer ainsi une adhérence très forte permettant une prise solide et une extraction aisée. Lorsque, pour des raisons précises (sujets jeunes), on ne fait qu’une extraction partielle, on ouvre la capsule du cristallin, et le noyau est extrait par pression douce et lavage. Chez le nourrisson, dans les cataractes congénitales, l’intervention prend le nom de discision et consiste à ouvrir largement la capsule à l’aide de deux aiguilles tranchantes et à fragmenter le cristallin.

Le malade opéré de cataracte n’a plus de cristallin : il est aphake. Il ne peut voir correctement qu’à l’aide d’une lentille de même puissance que le cristallin extrait, environ 10 à 12 dioptries pour la vision éloignée, de valeur moindre chez le myope.

Après l’intervention, l’œil aphake a souvent un fort astigmatisme, qui diminue progressivement dans les trois mois, tandis que la vision s’améliore. C’est pourquoi on ne peut immédiatement prescrire des verres dont la formule soit définitive. Lorsqu’un seul œil est opéré, il est nécessaire de mettre un verre opaque pour ne pas provoquer une diplopie due à la différence importante de réfraction entre les deux yeux (aniséiconie). Cette gêne peut cependant être supprimée par le port d’un verre de contact.

Ph. D.

 J. François, les Cataractes congénitales (Masson, 1959). / S. Lerman, Cataracts : Chemistery, Mechanisms and Therapy (Springfield, Illinois, 1964).